Un moto-club c’est un peu comme une place de village : un espace de rencontre, de partage et d’échange ! Mais c’est aussi un formidable moyen d’afficher sa différence ou de vivre autrement sa passion. Tous les mois, motomag.com vous offre une rencontre avec un moto-club. Ce mois-ci : le moto-club les Barjos.
Le week-end du 8 et 9 mai, dans le petit village de Maresquel, c’est jour de fête. Nous sommes dans le Pas-de-Calais, à seulement quelques kilomètres de la côte d’Opale, et le moto-club les Barjos organise sa concentre annuelle. Tous les membres s’affairent aux préparatifs, on attend plus de 150 personnes…
La main à la pâte
Chacun des membres du moto-club a un travail précis à faire. Martine, la secrétaire, est aux inscriptions (18 euros pour le week-end, avec trois repas et plein d’autres choses), Maïté, Laurence et Céline sont aux fourneaux, Charles, David, Raymond et Yannick au bar et les autres, un peu partout ailleurs.
Le maire du village, M. Decaudin, a prêté le terrain municipal qui longe la rivière, un semi-remorque est en place pour accueillir le groupe rock qui animera concert du soir et les deux grandes tentes qui font office de restaurant et de bar/refuge en cas de pluie sont en place.
On a ajouté quelques photos de la concentre sur le site des Barjos. Merci à MotoMag pour ce reportage

Nénette, Laurent de son vrai nom, est le président du club les Barjos. Ouvrier à la sucrerie locale, Nénette roule avec sa femme Martine en side-car, un Kawasaki 1100 ZZR attelé à un EML. Il nous parle de son club et de sa passion pour les rencontres avec d’autres motards.
motomag.com : Nénette, pourquoi ce nom « les Barjos » ?
Nénette : Je pourrais te raconter pas mal d’histoires autour de cette appellation, mais la réalité est que c’est un nom qui résume bien notre état d’esprit. Le terme « barjos » est impossible à renfermer dans une case bien établie et au moto-club, on aime bien l’indépendance.
motomag.com : Parle-nous du club et de ses membres…
Nénette : C’est un petit moto-club local qui est né en 1996, qui compte une vingtaine de membres et qui n’est affilié à rien du tout.
On dispose d’un petit local, et notre principale activité, ce sont les concentres, les rallyes touristiques et parfois, des sorties sur les événements sportifs. Mais ces dernières sont de plus en plus rares.
Avant par exemple on allait à la concentre des 24h du Mans, mais il y a trop de gars qui viennent en voiture, et l’ambiance n’est plus comme avant. On préfère de loin les rassemblements organisés par d’autres petits moto-clubs. C’est plus convivial !
motomag.com : Quelle est ta définition d’une concentre ?
Nénette : C’est avant toute chose l’occasion de rouler ensemble, entre nous.
Dans l’année, on fait une quinzaine de concentres. Parcourir plus de 800 km pendant le week-end, parfois sous la flotte, n’est pas toujours drôle, mais je t’assure que ça crée de liens, car tout le monde vit la même galère.
Et puis, il y a les amis que l’on retrouve, d’autres gens, parfois à l’autre bout de la France, avec qui l’on partage les mêmes valeurs.
motomag.com : Quelles sont justement ces valeurs ?
Nénette : Des valeurs simples comme l’amitié et l’entraide. Tu sais par exemple, avec le moto-club des D’Verruckte Hend, des Alsaciens, il existe entre nous une sorte de jumelage. Ils viennent à notre concentre depuis la première édition, il y a 14 ans, et nous on va chez eux.
Mais en dehors de ça, quand je vais à titre personnel en Alsace, je ne vais pas dormir dans un hôtel : il y a toujours des amis qui m’attendent chez eux pour passer une bonne soirée ensemble !
Il se forme à la longue, tout au long des rencontres, un vrai réseau d’entraide qui est une alternative à la société individualiste.
motomag.com : C’est quoi pour toi « l’entraide » entre motards ?
Nénette : La solidarité avant tout ! Il ne s’agit pas uniquement de dépanner l’autre au bord de la route, mais bien d’être présent avec un vrai sens du partage. Tout le temps !
Nanard, l’un des membres de notre club, est récemment décédé suite à sa maladie : les nombreux témoignages de soutien, nous ont beaucoup aidé à faire passer la pilule !
motomag.com : Tu ne conçois donc pas la moto comme un plaisir individuel ?
Nénette : Bien sûr que si. Quand je roule sur une belle route, au milieu d’un beau paysage, je suis tout seul dans mon casque. Je suis heureux car je fais ce que j’aime : de la moto !
Mais j’ai aussi tout autant plaisir à partager ma passion avec celle des autres, c’est l’essence même de la vie. Je ne crois pas que l’on puisse vivre heureux dans un monde où l’individualisme serait à la base de tout.
« Pour préparer le sauté de veau du soir, on a épluché plus de 40 kg de carottes et autant de pomme de terre », nous confie une des filles. La remorque derrière le bar est, quant à elle, remplie de bière…
Les premiers motards arrivent dans l’après-midi. Certains viennent d’Alsace, d’autres de Vendée ou de Belgique, d’autres encore du Nord ou de la Picardie voisine.
Rouler vers les autres…
L’ambiance est aux retrouvailles et, pendant que certains montent les tentes, d’autres discutent autour du verre de l’amitié offert par club.
On parle certes mécanique, du pneu qui va bien et qui dure longtemps, ou encore des petites modifications que l’on apporte à sa bécane, mais aussi et surtout des concentres que l’on a déjà faites ou à venir.
Tous, hommes, femmes et enfants portent un gilet avec l’écusson de leur club et d’autres qui rappellent les concentres du passé.
Des Barjos bonnards
René, un vieux routard du Gord-Naid MC, explique qu’il n’a que le permis moto, pendant que son voisin de table dit des Pinguinos en Espagne, qu’ils sont la « vraie » concentre hivernale.
Selon lui, « les Eléphants sont devenus un truc trop commercial » ! Brigitte, une motarde belge, souligne quant à elle le rôle fondamental de ses amis les Barjos lors de son grave accident. Avec son ami Luc, cela fait 14 ans qu’ils viennent ici. Tout comme René, Henry, Charles et tant d’autres.
L’ambiance est sympa, décontractée et l’on se sent bien dans la concentre des Barjos. On écoute de la musique hard, on fait la fête, et les autocollants du Che côtoient ceux des aigles…
Finalement ce que l’on perçoit le plus tout au long du week-end, c’est un style de vie, une autre façon de voir le monde, avec la moto vécue comme vecteur d’amitié, de solidarité ou d’échange… Et l’on se dit : ça existe encore ?
Francesco Scuderi - 11/05/2010
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