Le Moto Tour est une épreuve unique au monde. C’est un rallye routier qui se déroule une semaine durant, sur un trajet traversant l’Hexagone du nord au sud. Cette épreuve rassemble les pilotes de renom (issu du rallye routier et des circuits) mais la grande majorité du plateau est composée de pilotes amateurs. Portrait croisé d’un « poireau » et d’un confirmé.
Dans le rôle du « new-comer », Christophe Terrade ; dans celui du confirmé, Cédric Parmentier. À travers un portrait croisé de ces deux pilotes, nous revenons sur les moments clés de leur course, moment ou la tension (ou l’absence de pression) a fait des miracles. Ou, à l’inverse, elle est malheureusement devenue un vrai handicap.
Si nos deux pilotes ont terminé sur leurs roues, l’ultime spéciale se déroulant au Mont-Faron a été marquée par la violente chute du jeune Mathieu Cayrol, alors 4e au général (après avoir été un temps second).
À une petite poignée de secondes de Cédric Parmentier (3e) et acculé par le temps qui passe (après le Mont-Faron, la course prend fin), Mathieu a tenté un coup de guidon audacieux (désespéré ?) pour monter sur le podium… Un incident qui a mis en lumière une facette de la course trop souvent occulté : la gestion du stress.
Tendu, il nous confit ... de canard ? :-)) Remplacer le "t" par un "e", ça serait pas du luxe...

Christophe Terrade est en revanche un parfait novice. Le Moto Tour est sa première expérience de compétition route (il a fait un peu de cross auparavant) et ce manque d’expérience se ressent d’emblée. Il a acheté sa Kawasaki ER 6n trois semaines avant le départ et souligne lui-même une préparation « à l’arrache ». Il tente l’aventure avec une bande de potes (le Team Dordogne Périgord) pour réduire les coûts et optimiser l’assistance. Son objectif : finir…
Après deux secondes de réflexion, il avoue tout de même : « J’aurais été fier de terminer en milieu de classement ! » Car sa course tourne vite au chemin de croix et si sa détermination et son sens de la débrouille n’avaient pas été au rendez-vous, il aurait été contraint à l’abandon.
Durant les trois premiers jours, Christophe apprend sur le tas (les cartons de pointage, la base chrono…) et tient ses objectifs avec une 73e place au général. Mais l’épreuve marathon du mercredi 5 octobre fait des dégâts : en pleine liaison, il chute lourdement sur une couche anormalement élevée de gravillons, et son ER 6n « prend cher ». Guidon en huit, durit de frein avant arrachée, Christophe prend le temps pour réparer les points vitaux sur place (3 heures de mécanique) grâce à la mise à disposition de l’atelier dans un petit garage Renault.
Cette chute lui fait louper les deux spéciales du jour et il prend 5 heures de pénalité. Résultat, il pointe 130e au général, laissant seulement deux malheureux pilotes derrière lui.
Dos au mur et débarrassé de tout stress lié au classement, Christophe aborde désormais la course avec une philosophie nouvelle résumée par un limpide « se faire plaisir ! » Et cette recette paye. Spéciale après spéciale, ses temps s’améliorent doucement et lors de l’ultime étape du Mont-Faron, il se paye même une belle 59e place, signe d’un potentiel de pilote à découvrir.
Au final, Christophe est heureux d’avoir satisfait son souhait initial en ralliant Toulon. Certes, sa 118e place ne le contente pas pleinement mais, promis, il se préparera mieux pour l’an prochain.

Cédric Parmentier n’est pas un nouveau-venu dans le milieu. Ces dernières années, il a successivement terminé 14e, 6e et 4e (en 2010) du Moto Tour et comptait bien squatter le podium cette année, à défaut de ravir la plus haute marche du podium. Au guidon de sa belle MV Agusta Brutale, préparée avec minutie au sein du team chapeauté par J-M Deletang, concessionnaire (et ancien pilote) dynamique, Cédric n’est pas passé inaperçu, la préparation étant aussi un élément pour impressionner les rivaux.
Fort de son expérience, Cédric aborde ce Moto Tour avec détermination : « Je voulais partir vite dès la première spéciale, car je savais que cette première épreuve pouvait être déterminante sur le classement à venir. » Mais ce choix et la pression qui va avec lui jouent des tours dès la première chicane. Cédric chute à basse vitesse et perd 15 secondes pour remettre en route sa monture. Au soir de la première journée, il se retrouve 103e au général. Un vrai coup dur.
Très vite, Cédric passe de l’abattement à l’esprit de reconquête, toujours réconforté et soutenu par son équipe. Le troisième jour, alors que la course aborde les routes du Périgord, il signe le 4e temps à la spéciale du « Buis » et se retrouve déjà 22e au provisoire. Lors de la quatrième journée, il fait parler l’expérience sur l’étape marathon, évite les pénalités et signe d’excellents chronos en spéciale (2e à Alès). Une hargne qui le fait remonter tout droit à la quatrième place du général. Au soir du cinquième jour, alors que le parc fermé prend place sur les plages toulonnaises à l’aube de l’étape corse, Cédric s’est installé à la seconde place du classement général, son adversaire direct (Julien Toniotti) étant à seulement six secondes derrière lui.
Tendu, il nous confie : « Pour moi, la plus haute marche du podium est hors de portée, j’ai trop de retard sur Denis Bouan, mais je vais tout faire pour rester second ! » La courte nuit dans le bateau n’arrange rien, Cédric souffre de décevoir le team sur des terres bien connues de son rival direct. Le stress et la fatigue finissent par entamer les fondamentaux du pilote (toujours s’économiser physiquement). Malgré un temps canon sur le premier chrono, il aborde la deuxième spéciale fatigué par une liaison de 140 km très usante. Il se loupe, perdant sa deuxième place au général.
Pilote d’expérience, il avait prévenu l’équipe qu’il n’attaquerait pas sur la dernière spéciale du rallye pour combler son retard, afin de ne pas aller à la faute. C’est donc en troisième position que Cédric termine son quatrième Moto Tour, la dernière journée ne lui ayant pas donné l’occasion de contrer son rival, mais content d’avoir toujours progressé au fil des épreuves.
Un grand merci à Yamaha France pour nous avoir permis d’intégrer, le temps de deux étapes-clés, la grande caravane du Moto Tour à bord d’une FZ8 SP-R préparée pour l’occasion
Etienne Garcin-Marrou - 12/10/2011
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