Yamaha Motor France a organisé la visite de MBK Industrie dont il est propriétaire. L’occasion d’officialiser la fin du transfert de la production, commencée en février, de son ex-usine espagnole. Une visite qui fait écho au dossier que MotoMag consacre à l’industrie moto "made in France" dans son numéro de juin. Suivez le guide.
Yamaha Motor France a organisé, le vendredi 25 mai, la visite de MBK Industrie, situé à Saint-Quentin (Aisne) et dont il est propriétaire. Cette visite était pour Yamaha l’occasion d’officialiser la fin du transfert de la production, commencée en février, de son ex-usine espagnole.
Il y était produit, notamment, les X-Max (Yamaha) et les Skycruiser (MBK), 125 et 250 cm3, soit entre 25 et 30.000 exemplaires par an. Ce transfert de production va s’ajouter aux 50.000 scooters et motos et 30 000 moteurs hors-bord que fabriqué MBK Industrie.
En 2011, le groupe japonais décidait de fermer son usine de fabrication de deux-roues, située à I Solita, près de Barcelone en Espagne (400 salariés), qui fabriquait notamment les X-Max et Skycruiser 125 et 250cm3 (30.000 exemplaires par an), pour relocaliser la production sur le site de MBK (ex-Motobécane).
Le texte a certainement dû être traduit du nippon par Reverso, je cite : " Et dernier atout, le coup du transfert était plus rentable... " Je doute qu’un professionnel du journalisme eut pu commettre une telle faute d’orthographe... Comme disait Pierre Dac : " L’ artiste créé sous le coup de (...)
Une bonne nouvelle aussi pour les employés espagnols. L’usine a depuis été reprise par le groupe Sésé, sous-traitant de Seat-Volksawagen. L’accord de fermeture impose à Yamaha de continuer la sous-traitance des pièces plastiques durant les trois prochaines années.
Ce choix était avant tout stratégique pour le groupe japonais puisqu’il permettait de réajuster ses capacités de production. En gardant les deux sites la firme se retrouvait en surcapacité, par rapport à l’actuelle demande du marché, il fallait prendre une décision.
Le choix de Saint-Quentin a été fait dans un premier temps en rapport avec le potentiel de développement et de production de l’usine. À I Solita, il était possible d’atteindre une capacité de 130 000 véhicules par an alors qu’à Saint-Quentin ce chiffre pourrait flirter avec les 200 000 véhicules par an.
Situé au beau milieu des champs de maïs, le site de MBK Industrie est la fierté de la ville de Saint-Quentin. C’est dans cette usine qu’était produite, autrefois, la célèbre Motobécane « bleue ». Implantés sur un terrain de 34 hectares, avec seulement 14 hectares de surface bâtit actuellement, il présente de bonnes perspectives de développement.
Il offre plus de polyvalence des lignes de production (capacité à fabriquer différents modèles), moins de « déchets » en bout du chaîne (6 à 12% de retour), des salariés mieux expérimenté (18 ans en moyenne), avec moins de turn-over. Il est également bien situé, à une centaine de kilomètre du stock central de la plate-forme logistique de Yamaha, à Dourges, près de Lille, donc une réduction du coup lié au transport.
Et dernier atout, le coût du transfert était plus rentable de l’Espagne à la France du fait que seules les machines servant aux tests d’ABS, en fin de chaîne, ont été rapatriées.
Le choix du site d’MBK Industrie est donc une aubaine les 610 salariés y travaillant. Cette bouffé d’oxygène Ibérique va éviter des semaines de chômage partielle (programmées), permettre de pérenniser les emplois et favoriser l’embauche. À noter que Yamaha n’a bénéficié d’aucune aide de l’Etat pour ce transfert, tout a été financé par la firme.
L’intégralité des machines Yamaha et MBK, à l’exception des moteurs Minarelli produits en Italie (filiale à 100 % Yamaha), sont fabriquées et assemblées sur place.
Tout le matériel électronique, compteurs, faisceaux, réservoir en plastique, pompes à essence, selles sont achetées. Les cadres (acier), les silencieux, les catalyseurs, les jantes ainsi que l’ensemble des peintures sont faits sur place. Cela représente 70 % de produits qui sont achetés pour 30 % de produits fabriqué sur place.
80 % des tâches difficiles sont effectuées par des robots. Mais pour les tâches compliquées (certaines peintures ou des soudures précises), la main de l’homme reste le meilleur atout. Comme par exemple sur les réservoirs en aciers des motos XT 660 et WR 125, dont les pièces sont embouties puis soudées.
Ensuite un ouvrier, comme Jean-Paul, 42 ans d’ancienneté (il a commencé à l’usine à 16 ans) se charge de la soudure dite « à la molette », puisqu’elle étanchéifie le réservoir. Pour effectuer cette opération, Jean-Paul a été directement formé par Yamaha, au Japon.
À noter que l’usine de Saint-Quentin dispose aussi d’une fonderie pour les moteurs de hors-bord, intégralement fabriqués sur le site. Elle permet de mouler des pièces d’aluminium par un système d’injection sous pression.
MBK Industrie possède 3 lignes (chaînes) de montages, longues de 50 mètres, pouvant produire chacune 200 véhicules par jour.
La première pour les scooters 50 cm3 MBK/Yamaha (Booster/BW’S50, Ovetto/Neos, Stunt/Slider, MachG/Jog, Nitro/Aerox), soit 30.000 exemplaires par an.
La seconde pour les gros scooters Xmax/Skycruiser 125 cm3 et 250 cm3, soit 3000 unités. Depuis le 1er avril 2012 s’ajoutent les 28.000 exemplaires anciennement produit en Espagne.
Une dernière ligne pour les motos Yamaha YZF 125R, WR 125 R, WR 125 Z, XT 660 R, XT 660 X, XTZ 660, soit 13000 exemplaires par an.
Et en plus de la production des 2-roues, il faut ajouter les 30.000 moteurs de hors-bord, évoqués plus haut.
Dès la reprise par Yamaha, MBK Industrie a appliqué la philosophie « Kaizen ». Cette méthode place l’employé au cœur de son poste de travail. Kaizen, fusion du mots japonais kai (changement) et zen (bon), demande à chaque opérateur de réfléchir sur son poste de travail afin de proposer des améliorations qu’il juge nécessaires. Elles sont ensuite soumises à une évaluation (gain, productivité, sécurité…) qui récompense l’employé sous la forme d’une prime.
Cette relocalisation pourrait sans nul doute servir d’exemple pour les industriels français, même si cette victoire reste liée à la reprise du marché du deux-roues. Car pour rappel, la production du site de Saint-Quentin, avec 80.000 deux-roues annuels, reste encore inférieure aux 100.000 véhicules produits en 2007... avant la crise économique.
Frédéric Brozdziak - 11/06/2012
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