Troisième partie : écarts de conduite

Finalement à la frontière turkmène, ça passe sans amende. Nous retraversons le Turkménistan en deux jours. Le visa de transit est de cinq jours, nous avons de la marge.

Mais, dans une interminable ligne droite au milieu de nulle part, surprise, un policier sort de derrière une dune avec un grand sourire en brandissant un cinémomètre qui indique 106 km/h.

La discussion est très réduite vu la barrière de la langue et notre mauvaise foi. En fin de compte, il nous laisse repartir avec toujours ce sourire qui découvre ses dents en or.

Vidange
De nouveau en Iran, nous faisons la vidange des motos à Saraks dans un petit garage pour deux-roues. Là non plus, pas question de régler l’addition. Nous payons donc une tournée de Coca-Cola, l’alcool étant interdit, puis je fais faire un tour de moto au jeune qui s’est occupé de la mienne.

Nous partons vers Yazd, avec une étape à Torbat. Notre hébergement est à côté de la mosquée Jameh dans les vieux quartiers, constellés de tours à vent qui sont les ancêtres du climatiseur.

Le vent entre par les fentes d’aération qui sont placées sur chaque côté de la tour. Le courant d’air passe sur un réservoir d’eau, lui transmet sa fraîcheur puis le liquide circule dans la maison. Il paraît que c’est efficace. Les anciens étaient inventifs.

Nous sommes en période de fête religieuse et dans toutes les rues, il y a des « stands » aux tentures noires imprimées diffusant de la musique et des chants religieux avec des gens qui offrent du thé aux passants.

Nous quittons Yazd pour Shiraz, traversons des paysages grandioses, des plateaux désertiques entourés de montagnes, c’est magnifique. La température est clémente mais on imagine la fournaise en été. Les habitations y sont rares.

À Shiraz, nous arrivons au moment le plus important des fêtes. Manque de chance, tout est fermé, même les parcs. Nous avons quelques difficultés pour trouver de quoi nous sustenter.

Auto-flagellations
La fête célèbre l’Imam Hussein, personnage important et respecté en Iran, mort en Irak en l’an 680. Nous assistons aux processions nombreuses qui viennent des quatre coins de la ville, avec musique et auto-flagellations des participants, uniquement des hommes et quelques enfants. Je prends des photos et des films sans ostentation mais sans me cacher. Je ne vois pas d’étranger, tout se passe sans problème.

2e plus grande place du monde
Nous prenons la route pour Ispahan, ses ponts et sa place de l’Imam. Déception, la rivière est à sec. Mais les ponts sont d’une architecture remarquable.

Nous cherchons un gîte. Une auto s’arrête, en sort le directeur d’un hôtel qui nous propose la chambre à un tarif intéressant. Nos motos sont à l’abri au sous-sol et nous avons droit à un véritable appartement avec deux chambres, cuisine et salle de bain le tout à proximité de la place de l’Imam.

La voilà, cette fameuse place, la deuxième la plus grande du monde après Tian’ Anmen à Pékin : 500 mètres de long sur 160 de large, et autour des arcades, mosquées, palais, jets d’eau... tout est majestueux.

Le bazar est immense. Il contient des kilomètres d’allées dans lesquelles on se perd aisément. Nous apprenons que le barrage va être ouvert et que la rivière va couler. La foule qui se promène sur les trois ponts et les berges est nombreuse, c’est l’attraction du jour.

Retour à l’hôtel après un passage dans le quartier arménien. Nous restons deux jours à Ispahan, c’est court mais nous avons vu l’essentiel. Cela fait un mois que nous sommes partis et il faut songer au retour, qui se fait par Tabriz.

Le coup de gueule du motard !
Je commence à en avoir assez de cette façon de conduire des Iraniens ! Ils ignorent totalement le code de la route, à se demander s’il y en a un. C’est le plus gros qui gagne, en moto c’est notre fête !

Quant aux passants, c’est sauve qui peut : le conducteur qui s’arrête pour laisser traverser un piéton se fait klaxonner. À pied il faut de bons réflexes, anticiper et avoir une bonne pointe de vitesse. C’est paradoxal, cette conduite anarchique sans aucune règle de courtoisie, alors que l’accueil et l’amabilité dont nous avons bénéficié tout au long de notre périple nous ont marqué.

Retour
Notre retour nous mène vers la Turquie, la Bulgarie et ses villages tristes sous un ciel gris et pluvieux, la Serbie, la Croatie, la Slovénie, l’Italie avec la belle vallée d’Aoste qui s’arrête au tunnel du Mont-Blanc... et enfin Saint-Brieuc. J’ai parcouru avec ma Transalp environ 18.000 km en sept semaines, c’est à la fois court et long.

Cette balade à la découverte d’autres pays, d’autres civilisations et la rencontre de gens différents est une expérience enrichissante. Déjà, une envie de repartir, d’autres projets dans les valises commencent à poindre.

Bilan mécanique
Côté mécanique, je n’ai eu à déplorer aucune réparation sur la Transalp pendant le voyage, juste une vidange. Comme pièces de rechange, j’avais deux chambres à air, un régulateur, un boîtier CDI plus une paire de bougies.

J’ai changé le kit-chaîne sur la route du retour, à Chambéry en Savoie, et j’ai fait les derniers cent kilomètres entre Rennes et Saint-Brieuc avec le roulement de roue arrière hors-service.

Un nouveau périple est prévu !
Je prévois de partir en 2016 en direction de l’Arménie, voire du massif du Pamir (hautes montagnes à l’Est du Tadjikistan), selon le budget et les éventuels contretemps géopolitiques. Mais j’ai aussi un Cap-Nord par Saint-Pétersbourg (en Russie) qui me titille !

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