Sillonner le cœur du continent noir à moto n’est pas une sinécure. À défaut de s’y rendre au guidon de sa propre monture, point de salut. À quelques – très secrètes – exceptions près, cependant. Au détour d’une piste zambienne, « Ptiluc l’Africain » en a déniché une. Avec, en prime, l’extrême privilège de profiter des beautés sauvages des parcs animaliers. Récit, rencontre, découverte…
Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude d’user mes hivers à travers l’Afrique. Je me laisse dériver au gré des envies soudaines, de l’état des pistes et de la politique locale et puis, évidemment, des caprices météorologiques. Quand j’en ai marre ou que j’ai cassé la moto, je l’abandonne lâchement… Mais je reviens toujours quelques mois plus tard pour la remettre en état et poursuivre mes divagations africaines. C’est devenu une sorte de rituel hivernal, rendu possible par le boulot que je fais, transportable au bout du monde.
Mais quand on n’a pas le temps de traîner comme un artiste, comment faire ? Faut-il se résigner à se taper un voyage organisé au Kenya en famille pour assouvir ses envies de grands espaces ? Tous ceux qui l’ont fait l’avouent toujours sans hésiter : qu’est ce qu’ils auraient voulu être au même endroit, le cul sur une bécane !
De la vraie aventure découverte, pas comme celles qu’on trouvent dans les PA d’Enduro Mag ou de Moto Verte et qui sont fabriquées par des "marchands de sables" !!!
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En France, on connaît peu l’Afrique anglophone, Kenya et Afrique du Sud mis à part. Pourtant, la Zambie n’est pas un mouchoir de poche. Cernée par le Congo ex-Zaïre au nord, l’Angola à l’ouest, la Tanzanie et le Malawi à l’est et le Zimbabwe au sud, la Zambie, grande comme deux fois la France, est, c’est vrai, un pays très discret. Ancienne Rhodésie du Nord, elle a vécu sa période post-coloniale du début des sixties, sans violence, tout en souplesse. Pourtant, comme son voisin le Zimbabwe (ex-Rhodésie du Sud), la Zambie possède un sous-sol riche, une terre fertile et des fermiers blancs, mais ici pas de chaos comme à côté. Burkard justifie cette différence par un faible taux de population (15 personnes au km2, avec 12 millions d’habitants), et comme il y a de la place pour tout le monde, il n’y a aucune raison de se foutre sur la gueule. On trouve aussi, ici, les célèbres chutes Victoria et des réserves d’animaux en pagaille, mais beaucoup moins de touristes qu’ailleurs, ce qui est une sacrée chance pour les motards. La monnaie s’appelle le Kwacha, il y a des tas de billets qui se ressemblent, ça va du bifton de 50 qui vaut un centime d’euro à celui de 50 000 qui vaut 100 E. On a intérêt à bien regarder quand on va au bistrot ! Un visa à 25 dollars est nécessaire, mais c’est Burkard qui s’en occupe. Quant aux vaccins, il n’y en a aucun d’obligatoire, il faut juste ne pas oublier son traitement anti-paludisme comme dans tous les pays chauds.
UN SAFARI AVEC BURKAD
Tarifs
2 200 € par personne pour deux semaines ou 2 700 € pour trois semaines, auxquels il faut ajouter à peu près 900 € pour le trajet en avion. Chacun choisit sa compagnie. Leurs prix varient assez peu. KLM, British Airways et Ethiopian desservent Lusaka.
Groupes
Minimum quatre personnes et maximum sept . comme il y a un gros 4x4 qui suit avec le matériel, tout le monde n’est pas obligé d’être motard. Deux personnes, voire trois, peuvent y prendre place.
Carburant
Évidemment, chacun paye son essence, mais pas celle de la voiture d’accompagnement.
Période
Ce genre de virée s’envisage obligatoirement entre mai et novembre. Après, c’est la saison des pluies et la plupart des pistes deviennent impraticables.
Formule raid
Par ailleurs, Bukard est en train de mettre au point une formule plus extrême dans le sud de la Tanzanie et le nord du Mozambique. Il convoie les motos à Dar El Salaam, capitale de la Tanzanie et tout le monde part pour une virée de 2 300 km sur trois semaines sans véhicule d’accompagnement. Il a mis tout ça bien au point : les candidats débarquent, ils récupèrent les motos à l’aéroport et partent vers le Mozambique en longeant la côte. Ensuite, on explore le nord du Mozambique entre l’océan Indien et le lac Malawi puis on retourne vers Dar El Salaam en longeant le parc de Selous.
Ce raid se veut une virée d’exploration et il faut évidemment avoir une bonne expérience de la bécane. il n’y a ni matériel ni cuisine de campagne. Pour se nourrir, on se débrouille comme un vrai explorateur, on mange dans les villages et on roupille sous la moustiquaire. Quant à l’itinéraire, il est calé sur l’autonomie des bécanes. C’est un peu ce qu’aurait dû être le Paris-Dakar avant d’être vérolé par la loi du pognon. Il en coûte 1 900 € par personne pour un maximum de quatre personnes, tarif qui ne comprend que la fourniture des bécanes amenées presque à la descente de l’avion. De la vraie aventure pour ceux qui n’ont pas le temps d’amener leur propre moto et préfèrent quand même voyager avec un gars du pays qui a une solide expérience.
Le site
Pour se renseigner, c’est www.sambia-safari.de. Pour le moment, il n’est qu’en allemand, mais la version en anglais ne devait pas tarder. Burkard parle deux langues, mais sa copine zambienne Anny est prof de français. Sans doute pas à la fac, parce que j’ai eu des fois du mal à la comprendre, mais pour de la discussion de base ça va très bien. Et puis elle a promis de faire des progrès !
Contact :
info@sambia-safari.de
Burkard Will p.o. box 80026
8 Godetia Luangwa Town Ship Kabwe Zambia
(0026) 0 215 225 130
Portable : (0026) 0 977 601 818







Qu’il traverse le continent régulièrement ou qu’il en rêve secrètement dans son fauteuil, tout motard avide d’Afrique sait depuis longtemps que sur ce continent, on ne peut louer des motos qu’à Madagascar et en Afrique du Sud. Ce n’est donc pas demain la veille qu’il pourra courser le phacochère et c’est bien dommage parce que c’est rigolo de se tirer la bourre avec ce cochon sauvage ridicule. L’entrée très réglementée des parcs animaliers laissera toujours cette idée folle au rayon des fantasmes, surtout en Afrique du Sud où la circulation dans les parcs est réglementée presque à l’excès. Pourtant il y a toujours, planqué quelque part, celui auquel on ne croyait plus depuis longtemps, le magicien mythique, le Père Noël qui rend ces rêves possibles… Et c’est un hasard complètement dingue qui m’a permis de tomber sur lui.
Crevaison heureuse. Je ne saurai jamais, d’ailleurs, si c’est parce que j’ai explosé mon pneu juste à côté de chez lui que j’ai pu le rencontrer ou si c’est parce qu’il fallait que je le rencontre que mon pneu a rendu l’âme à cet endroit précis. Quelques jours plus tôt, sur la route qui relie Livingstone à Lusaka, capitale de la Zambie, j’avais crevé le pneu arrière à la tombée de la nuit. J’avais échoué dans un village où, évidemment, comme toujours dans ces cas-là, un tas de gens s’était proposé pour réparer. Comme ma chambre à air était morte, je n’avais plus qu’à m’en remettre aux compétences locales, sans trop savoir où ça allait me mener.

Le lendemain, après avoir dormi au village, je reprenais la route avec un train arrière apparemment en bon état de marche. Du moins le croyais-je. Mais il était écrit que je devais m’arrêter à Kabwe. Mon pneu a de fait re-pété sans ménagement sur une interminable route déserte et pluvieuse où ne passaient que des énormes camions en route pour le Katanga. Après avoir failli me vautrer en beauté, j’ai maudit le ciel et toute ma race de me retrouver en rade dans un endroit pareil. J’ai essayé le stop pendant des plombes, et c’est quand je n’y croyais plus que deux petits fermiers blancs dans un pick-up Isuzu tout rouillé ont fini par me proposer leur aide.

Ils ont d’abord essayé de réparer avec moi et puis sont finalement partis avec ma roue. Je sentais gros comme une Goldwing le même plan pourri que l’avant-veille, peut-être même pire. Quand ils sont revenus, la nuit était tombée, ma roue était regonflée, juste ce qu’il fallait pour que je les suive je ne sais où, à quelques kilomètres, mais là où j’allais pouvoir régler mes problèmes. Et rencontrer mon Père Noël, Burkard de son vrai nom. Car une fois à destination, j’ai compris que ce n’étaient pas seulement mes problèmes matériels que j’allais pouvoir régler, mais aussi ceux, plus existentiels, de tous ces motards qui depuis l’enfance rêvent d’Afrique, et n’ont jamais pu l’approcher, faute de temps ou d’opportunités.
Idée géniale. Burkard a quitté la Bavière pour venir s’installer en Zambie il y a juste 7 ans, mais son frère y vit depuis 1970. Il y exploite une ferme de 2 000 hectares, avec une centaine de vaches, encore plus de cochons et je ne parle même pas des poulets. À force de rendre visite à son aîné, notre ingénieur en hydraulique a fini par avoir envie de changer de vie. Comme il était passionné de bécane, il a eu une idée toute simple, mais géniale que bizarrement personne n’avait eue avant lui, ou seulement de loin, sans franchir le pas : louer des bécanes et organiser des raids à travers les immenses réserves du pays. Je ne sais pas comment il a pu se démerder – c’est sans doute son secret et il a raison de bien le garder – mais il a réussi à s’entendre avec ceux qui gèrent les parcs animaliers pour pouvoir y pénétrer sur deux roues et plus dingue encore, y emmener d’autres bécanes et laisser toute sa troupe se balader où bon lui semble. Un vieux rêve d’enfant, qu’il nous offre, Burkard : rouler à moto à travers l’Afrique éternelle, dormir sous la tente en écoutant les lions rugir dans le lointain, laisser remonter nos frayeurs ancestrales si jamais nous prend pendant la nuit une furieuse envie de pisser contre un arbre sans savoir quel prédateur redoutable roupille juste à côté.

Le deuxième plus grand parc au monde. Burkard a un nombre infini de circuits « à la carte » à proposer de mai à novembre et s’occupe de tout. Il suffit juste de débarquer avec son équipement perso, casque, bottes et tout le toutim d’enduriste moyen et aussi son duvet. Entre juin et août, les nuits ne sont pas très chaudes, la température pouvant descendre jusqu’à 5 degrés, mais le jour il fait un bon petit 25 idéal pour la moto d’autant que pendant cette période, il ne pleut jamais. Entre septembre et novembre, la température remonte, il peut faire jusqu’à 35 en octobre. Puis la pluie revient petit à petit en novembre, marquant la fin de la saison des balades à moto. Le parc de Burkard se compose de 10 bécanes en parfait état de marche, 4 trails Yam’ 600 Ténéré et 6 Honda : deux 250 XLR, deux 500 XR et deux 600 XL. Un matériel pas vraiment récent, mais je suis bien placé pour dire que sur ce continent, il vaut mieux se balader avec une mécanique simple et sommaire et oublier les refroidissements par eau, les ABS et l’électronique dans tous les coins.
Même si ces raids sont organisés à la saison sèche, il y a quand même, au pays du Zambèze, d’innombrables passages à gué que supportera mieux une mécanique spartiate à l’ancienne. En général, on commence par le Kafoué National Park. Il n’est qu’à une centaine de bornes de chez Burkard, c’est le deuxième plus grand parc du monde. Il le connaît comme sa poche et a toujours quelque chose de nouveau à proposer. D’ailleurs, il accueille un groupe qui revient pour la cinquième fois, c’est dire que ses ressources sont inépuisables ! Autour de sa maison, il est en train de terminer 10 chambres qui seront prêtes pour l’hiver qui vient ; ça va s’appeler le TénéréZambiaLodge en hommage aux traversées africaines et à ses chères bécanes ; et je peux même vous en présenter le logo en exclusivité, c’est moi qui l’ai dessiné !
Ptiluc - 01/10/2011
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