Par la diversité de ses paysages et de ses chemins, la France reste un must en matière de randonnée motorisée. Un paradis qui, loin d’être perdu, peut encore se traverser au fil d’une ligne droite imaginaire tracée entre Dax et Beaune. L’occasion d’une belle balade en tout-terrain.
D’un côté la pression exercée par quelques ayatollahs de l’écologie, des interdictions qui se multiplient, des espaces protégés qui se referment sur eux-mêmes.
De l’autre la réalité quotidienne d’un pays viscéralement rural, sillonné d’innombrables drailles et chemins. Un pays multiculturel dont le tout-terrain est justement, depuis plus de 30 ans, l’une des composantes.
Comme un défi aux menaces qui pèsent sur la randonnée motorisée, trois enduristes ont rallié la ville landaise de Dax, tout en bas à gauche sur la carte, à Beaune, en Côte-d’Or, beaucoup plus haut et nettement plus à droite. Soit un trait d’union d‘environ 1 200 km entre la France d’en bas et la France d’en haut.
L’aventure à domicile
La bouffée d’oxygène fut totale et les surprises nombreuses. À commencer par le faible pourcentage de l’itinéraire effectué par le goudron !
Cet objectif clairement avoué a été atteint sans n’avoir jamais commis, en toute bonne foi, qu’une « petite » infraction parfaitement contestable en cas d’éventuelle verbalisation : défaut de signalisation à l’appui.
merci ! voilà enfin une vraie vue des possibilitées de randonner dans notre pay si on respecte les autres , une bouffée d’oxigène dans le contexte repressif qu’on tente de nous imposer depuis un certain temp . c’est vrais que la france est un beau pays rural . nous avons la chance d’avoir cette (...)
Tellement à l’aise sur une moto qu’on le croirait capable de grimper aux arbres avec, Pascal Sibeyre n’a cependant pas l’âme d’un compétiteur. La dernière édition de la Val de Lorraine Classique reste même à ce jour sa seule et unique expérience en la matière. Son redoutable coup de guidon, notre gaillard le doit moins à son physique de bûcheron auvergnat qu’à quelque 35 000 km annuels de pratique. Accompagnateur de randonnée depuis longtemps déjà, Pascal vient de créer sa propre structure : Randoval. À son catalogue, en autres itinéraires originaux ouverts partout en France et à l’étranger, cette fameuse Flèche tirée entre Dax et Beaune.
Débrouillard au possible, l’animal se trouve en outre doté d’une mémoire d’éléphant qui lui permet de traverser onze départements sans carte ni road-book. Et sans jamais hésiter ou presque, même aux intersections les plus improbables. Respect ! D’autant que les moments forts de ce parcours, finalisé lors de notre passage, ne sont pas uniquement liés au seul plaisir du pilotage mais aussi humains. À l’image de cette halte obligatoire dans une ferme du Rhône, où un garçonnet guette avec impatience ce grand monsieur, fidèle au petit tour de moto promis lors de chacun de ses passages. Alors si comme nous vous manquez de temps, laissez-vous plutôt guider : il vous en coûtera 750 €, repas, hébergements, transport des bagages et assistance compris.
Randoval / Pascal Sibeyre
Tél. 04 71 57 62 90 / 06 19 61 65 27
Mail : randoval@free.fr
Site internet de Randoval
Ne croiser au total qu’une trentaine de marcheurs, dans leur grande majorité ouverts et souriants, prouve également que dans nos vastes campagnes, l’intégration d’un véhicule piloté avec courtoisie (et de préférence hors saison) ne pose aucun souci.
Reste enfin, et c’est bien là l’essentiel, le souvenir d’une aventure humaine vécue sac au dos, en autonomie totale. De quoi accroître les difficultés éprouvées lors des passages techniques et donner, au sixième et dernier jour de roulage, un net regain d’intérêt aux pistes les plus roulantes. Sorte de retour aux sources d’une discipline réclamant d’autant plus d’endurance qu’elle s’installe dans la durée et se pratique parfois sous des cieux peu cléments.
Mais les courbatures et les caprices météorologiques ne parviendront jamais à gâcher le plaisir de circuler au cœur d’un terroir exceptionnel, riche de superbes paysages. Ceux-là même qui font de la France la première destination touristique au monde.
Sud-ouest
Coincé au sud-ouest du Sud-ouest, entre océan Atlantique et chaîne des Pyrénées, Dax s’impose comme le point de départ de ce périple. Le terrain sablonneux de l’immense forêt landaise suffit à lui donner, en matière de pilotage, un relief inattendu fait d’appuis et de longues dérives. Tandis qu’à l’approche des palombières, de faux panneaux de cul-de-sac posés par les chasseurs pimentent quelque peu la navigation.
Bien plus désespérante est la quantité de détritus et d’animaux morts qui emplissent les bas-côtés des routes ! Allez prétendre, après ça, que les randonneurs motorisés sont les pires des pollueurs… Séance de franchissement sur les berges de la Midouze, où une récente tempête a abattu quelques troncs en travers d’un chemin vicieux et qui n’en finit pas. Ou plutôt si ; qui s’achève à Mont-de-Marsan, au bout d’une quarantaine de kilomètres, par un ultime tronçon interdit. L’un des deux seuls qui nous sera donné de rencontrer.
Après avoir suivi une ligne de chemin de fer désaffectée, pénétré dans le Lot-et-Garonne et franchi le Canal du Midi, le changement de décor est d’autant plus brutal que la densité de population et de vergers (les célèbres pruneaux d’Agen) imposent la plus longue liaison routière du voyage : 35 bornes de plaine – où comble de bonheur, il pleut à verse –, jusqu’à Villeneuve-sur-Lot. Parlons-en, justement, du Lot.
Du département, d’abord, où la gastronomie (Lalbenque, capitale de la truffe) le dispute au savoir-vivre (Moncuq, c’est du poulet ?). De la rivière, ensuite, découverte au pied du superbe village de Saint-Cirq-Lapopie et longée par un non moins extraordinaire chemin de halage taillé dans le roc. Ici le temps semble s’être figé, comme le sont ces interminables murets de pierres sèches qui quadrillent les forêts de chênes. Les lauzes roulent sous les pneus comme les r sous les langues. Il suffit de pincer une chambre à air pour le vérifier auprès des gens du cru.
Si les dieux de la rustine sont avec nous, ce soir nous aurons traversé les derniers causses du Quercy et gagné Saint-Étienne-de-Maurs. Village présenté comme le Nice du Cantal, car situé à la pointe sud de ce qu’il convient déjà d’appeler le Centre.
Massif central
Sous le regard circonspect des fameuses vaches salers, les chemins se font moins larges, les cotes plus raides et la progression plus chaotique. Les voici enfin, ces montagnes érodées qui ne barrent jamais vraiment l’horizon mais dont l’âpreté se ressent déjà dans les avant-bras.
Une courte incursion en Aveyron, via Mur-de-Barrez et le barrage de Sarrans, manque de s’éterniser après une séance de free-ride improvisée sur les berges de la retenue : difficile de ressortir d’un entonnoir partiellement à sec mais tapissé de sédiments.
La transpirante expérience ne sera donc pas renouvelée quelques kilomètres plus loin, sous le fier château d’Alleuze… Ici plus qu’ailleurs, sur ces plateaux à demi désertiques, chaque croisement, chaque intersection a été prétexte à l’érection d’une croix en granit. Histoire de rappeler aux étourdis qu’ils voyagent en terre chrétienne et peuvent toujours s’en remettre à la volonté divine en cas de panne d’essence.
À partir de Saint-Flour, la piste très roulante qui longe l’A75 en direction de Massiac permet de tirer la bourre à quelques automobilistes stupéfaits. Voire de croiser un chevreuil qui ne l’est pas moins. Fin de la récréation au moment où le boulevard en question débouche sur une succession de bourbiers et de sentiers transformés en ruisseau par les intempéries. Autant de joyeusetés au programme d’une précédente épreuve du championnat d’Europe. Bienvenu en Haute-Loire, berceau de l’enduro français !
Odeur des impénétrables forêts de conifères, points de vue superbes, la traversée du Livradois-Forez, de Brioude au col des Pradeaux (1 197 m), met tous les sens en éveil. À commencer par celui de l’équilibre, impératif pour s’affranchir de ces innombrables chemins pierreux et techniques à souhait. Le moment fort d’une randonnée qui culmine à ce moment précis, au propre comme au figuré.
Derrière nous, le Puy-de-Dôme et environ 800 km parcourus. Devant, la Loire à traverser puis le département du Rhône. Avec en ligne de mire un ultime massif : les monts du Lyonnais.
Monts du Lyonnais
Au programme, un vaste dédale de pistes forestières en sous-bois, alternance de portions roulantes et de secteurs rendus délicats par les racines et autres roches humides.
La proximité de ce génial terrain de jeu avec la troisième ville de France n’est certainement pas étrangère à sa forte fréquentation. En atteste cette rencontre avec un groupe de quads de location, en file indienne mais reliés par radio. De peur de se perdre ? Aussi risible soit-elle, cette précaution vaut toutefois mieux que la solution de facilité visiblement adoptée par de nombreux clubs et organisateurs de randonnées. Lesquels y vont de leurs petites banderoles, flèches ou traces de peinture à toutes les intersections. À ce rythme, pourra-t-on encore rouler aussi librement dans le secteur d’ici quelques années ?
Si tout le monde s’y déplace en troupeau, pas sûr.
Changement de décor à l’approche du bourg de Saint-Christophe, où l’épaisse et sombre forêt laisse soudain place à une sorte de bocage normand. Vaches comprises, sauf qu’elles sont de race charolaise et paissent bel et bien en Saône-et-Loire.
À force de ruminer là-dessus, la KTM en crève de l’avant. Le temps de prendre le taureau par les cornes et de sortir la boîte de rustines (un vieux réflexe…), voilà que se profilent déjà au loin les toits de la célèbre abbaye de Cluny.
Bourgogne
Faire durer le plaisir au cœur du vignoble bourguignon, tel semble être le leitmotiv de cette ultime journée de roulage. Aux ornières des sentiers bordés de buis succède la poussière rouge des pistes agricoles. Bientôt défilent les cépages les plus prestigieux : Mercurey, Rully, Gamay, Meursault et enfin Pommard, aux portes de Beaune.
Côte-d’Or, terminus, tout le monde redescend sur terre ! Muscles endoloris, contingences matérielles et – surtout – realpolitik ont fini par nous rattraper. En maintenant le cap suivi depuis le départ, il nous faudrait ensuite traverser les régions franc-comtoise et alsacienne.
Si la première sait encore se montrer accueillante envers les motards, la seconde passe carrément pour une véritable zone interdite en matière de randonnée motorisée.
Autant ne pas gâcher un grand cru dont le seul souvenir suffira, au besoin, à défendre ce droit fondamental qui est encore le nôtre : voyager avec le véhicule et par l’itinéraire de son choix.
Textes et photos : Didier BOUARD Avec la participation de Pascal SIBEYRE et Michel LUBRANO
- 13/02/2009
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