- Nous prenons la route pour Tirana, la capitale qui, de 250.000 habitants en 1990, est passée à 750.000 aujourd’hui. Et ce n’est pas fini.

- Dès nos premiers kilomètres, il nous faut oublier notre manière de piloter et s’adapter aux normes en vigueur ici, ce qui pourrait se résumer à : « Chacun pour soi et doigt sur le klaxon ! »
- Outre la circulation dense, les revêtements aléatoires, il nous faut jouer avec les nids de grosses poules, les plaques d’égouts manquantes et toutes autres sortes de surprises plus surprenantes les unes que les autres ! Nous voila avertis, il faut ouvrir l’œil et le bon. À Tirana, nous ciblons le centre ville à la recherche d’un hôtel.

- À peine stationnés, nous attirons l’attention et le dialogue s’instaure très rapidement : les motos intriguent, les questions fusent et dans un anglais approximatif nous essayons de répondre. -Dans la soirée, nous traînons nos grolles sur la place Skanderbeg, endroit animé, essentiellement constitué de bâtiments datant de l’époque communiste, décorés de fresques gigantesques à la gloire du peuple.

- Le lendemain, nous passons la journée dans les environs de la capitale : le réseau routier secondaire se transforme rapidement en terre. De retour à notre chambre, épuisés par l’état des routes, la chaleur et la poussière, nous ne faisons pas de vieux os.

- Après un arrêt chez un motociste qui se mettra en quatre pour satisfaire nos « besoins en huile », nous poursuivons notre chemin vers le sud, la côte adriatique et Vlorë, à 150 km de la capitale, via Fier.

- Les cités toutes identiques ou rénovées dans un style « complètement flashy » laissent place à de vastes plaines cultivées.
- A Fier, nous bifurquons, cap sur la plage de Semanit, au bout d’une mi-route, mi-piste d’une trentaine de kilomètres. Nous roulons carrément sur le sable.
- Il y a bien des voitures mais une impression d’immensité nous envahit, et nous pourrions nous croire sur un lac salé.
- La fin d’après midi approche et nous sommes à Vlorë. Quel choc ! au silence de la plage, et de ses bunkers témoins d’un passé paranoïaque pas si lointain (1990), succède un brouhaha permanent et une foule agitée et excitée. Ici la langue c’est l’italien, impossible de différencier Vlorë des stations balnéaires françaises, espagnoles, italiennes ou autres.
- L’Italie (Brindisi) n’est distante que de 75 km. Cette ville de 70.000 habitants doit tripler pendant l’été et le calme ne revient que tard dans la nuit.

Au matin, un seul mot d’ordre : courage, fuyons

- Cap toujours au sud vers Sarandë ! 130 km. Nous mettrons 6h sans compter les baignades, repas et pauses café pour ce trajet. La route très sinueuse, étroite ou en travaux est souvent en gravier.
- Les cols se succèdent avec des portions à 12%. Nos engins ne sont que poussière et je ne parle pas de l’état des pilotes.

- Le long de cette Riviera albanaise, il ne faut pas hésiter à prendre un chemin au hasard. Dans la descente du col de Llogara, c’est chose faite : 35 minutes de piste pour 3 km nous amènent à une plage magnifique et déserte, la baignade est méritée.
- Le retour à la route principale est plutôt animé puisqu’on dérape gaillardement, heureusement sans bobo.
- La seconde partie de la route de Sarandë n’est que gravier et pas de ligne droite, mais c’est superbe et sous de 35°, les arrêts sont fréquents.

- Dhërmi, Vuno, Himara, Porto Parlermo et Borsh seront de jolis villages pour se poser. Sarandë, 45.000 habitants, se situe en face de l’île de Corfou et le soleil brille 290 jours par an. Les rares touristes sont anglais ou italiens. Les environs fourmillent de sites de toutes beautés, comme celui de Butrint (archéologie), pourtant peu mis en valeur.
Nous sommes tout près de la Grèce les paysages se font plus arides.

Pas de mer, pas de touristes

- Nous quittons à présent le bord de mer pour Gjirokastër, ville natale de l’écrivain Ismaïl Kadaré et également de l’homme fort du régime communiste de 1945 à 1985, Enver Hoxha.
- Depuis 2005, la cité est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, mais bénéficie du statut de ville musée depuis 1961. Les maisons de pierres grises, les rues pavées, les toits de lauzes et la citadelle surmontant le tout, donnent à cette grosse bourgade qui domine la vallée du Drinos une impression d’austérité.

- Depuis que nous avons quitté le littoral, plus un touriste. Nous croiserons deux Français, d’ailleurs ce seront les seuls de notre séjour.
- Laissant Gjirokastër derrière nous, nous essayons à nouveau le réseau secondaire. À Tepelenë, nous empruntons les chemins de traverse pour Berat, notre prochaine étape. La vallée que nous suivons se transforme bientôt en défilé : l’endroit est superbe. 20 km plus loin, bifurcation à droite, l’asphalte jusque là très correct se dégrade.

- Après la traversée de plusieurs villages, celui de Ballaban nous verra stopper notre route et rebrousser chemin sur les conseils des villageois qui trouvent notre itinéraire pour le moins saugrenu. Il faut dire que ce petit demi-tour représente tout de même cent bornes. Tout le monde veut nous aider et nous indiquer la route, nous sommes l’attraction du week-end. Berat on verra demain ! Fourbus, nous faisons étape à Fier.
- En fin de matinée suivante, nous découvrons Berat. Également classée ville musée, on la nomme « la cité aux mille fenêtres ». Les vieux quartiers sont bien conservés, ses façades blanches et le nombre d’ouvertures lui confèrent un charme remarquable.

Rencontre du premier type !

- C’est ici que nous rencontrons un motard, le seul du voyage ; il est Serbe.
Têtus, nous décidons à nouveau de prendre les routes secondaires, tout d’abord en direction du lac de Thaniës. Jusqu’à Kucové, le revêtement est correct. À partir Havaléas, aïe ! Quel chemin prendre ? plus de panneaux, juste un bar restaurant.
- Le patron en sort de suite, nous indique la direction et tient absolument à nous offrir à boire, à manger. Il est heureux que des voyageurs passent devant chez lui. Son établissement est magnifique. Il nous explique qu’il a travaillé quinze ans à l’étranger, mais que son pays lui a manqué, alors il a monté cette affaire !
- Notre ami nous avait prévenus, la piste est mauvaise. Mais cette fois, nous insistons. Nos valeureuses machines se transforment en bêtes d’enduros.
- Le lac atteint, le macadam reprend ses droits et les paysages changent : d’une plaine cultivée, nous passons à des collines parsemées de puits de pétrole plus ou moins entretenus.

Au pays de l’or noir… sous exploité

- L’Albanie a des réserves de pétrole brut et de gaz estimés à 360 millions de tonnes, alors que la production annuelle ne dépasse pas 0,5 millions de tonnes. Le pays possède également du cuivre, du chrome (1er producteur mondial avant 1990), du ferro-nikel, des roches phosphatiques non exploitées, du marbre à profusion…

- Ces richesses souterraines seront un atout majeur pour intégrer l’Europe, à moins que d’autres grandes puissances mondiales, comme les Etats-Unis déjà très présents, ne raflent tout !
- C’est une toute autre Albanie que nous avons devant nous. Plus du tout de touristes, même albanais. Plus on approche d’Elbasan (100.000 habitants), plus le pays devient industriel. Les Mercedes font place à des véhicules modestes ; dans cette ville, la souffrance se lit sur beaucoup de visages.
- Le chômage a pris la place du travail : il est officiellement de 14% mais dépasse en réalité les 40%. Les usines donnent l’impression d’être à l’abandon.

- Pourtant les habitants sont toujours aussi accueillants et, comme partout auparavant, nous ne ressentons aucune animosité. Les remparts et quelques maisons restent les seuls vestiges de ce qui fut autrefois une cité prospère. Il est toutefois agréable de se balader dans ses ruelles pavées.

- Il est temps à présent pour mettre le cap sur Durrës où le bateau du retour nous attend. Le temps que nous avions était insuffisant pour découvrir d’autres régions albanaises. Le sud et une partie du centre nous ont paru adaptés pour un premier contact.
- Ce pays, qui n’est pourtant pas plus grand qu’une région française, possède une multitude de facettes : les paysages d’abord, avec ses lacs, ses montagnes et la mer. Les Albanais peuvent être heureux de faire cohabiter trois religions différentes sans le moindre souci : Musulmans à 70%, Orthodoxes et Chrétiens, parfois au sein d’une même famille.

- L’Albanie a aussi sa propre langue qui est très ancienne, sa propre culture et sa propre histoire. Le charme du pays réside, notamment, dans la discrétion qu’ont les Albanais de vous aborder. Ici pas de racolage, l’accueil est authentique, le voyageur est encore considéré comme une ouverture sur le monde.

N’attendez pas !

- Pour découvrir ce pays tel qu’il est aujourd’hui, émergent avec ses qualités et ses manques, il ne faudra pas attendre trop longtemps.
- En effet, après des années d’enfermement, l’Albanie se développe très vite. Tant mieux, mais les voyageurs en quête de naturel risquent à terme de n’être plus que des touristes.

- Le pays, les hommes, les coutumes que nous avons découvertes pendant ce trop bref séjour sont bien loin de ce que nous avions lu, entendu.
- Ici vous dites « mafia », on vous répond « non, mafia Marseille » en rigolant !
- Les motos sont restées parfois dans la rue avec nos sacs : pas de problèmes, le commerçant du coin a un œil dessus. Un policier vous arrête, c’est pour savoir si leur pays vous plaît et à combien roule votre « machina ». Il vous souhaite une bonne route, et de façon aimable en prime. Pour finir, c’est le douanier qui vous fait cadeau de la taxe portuaire.

- Nous ne pouvons que conseiller ce pays aux motards vadrouilleurs. Nous, nous y retournerons pour découvrir d’autres régions.

Philippe et Mino - Lecteurs de Moto Magazine

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