Je passe deux doigts sous ma sangle de casque : OK. Ma "corde de vie" est correctement mise à mon poignée. Je vérifie une dernière fois la position du robinet de mon carbu histoire de ne pas me trouver en rupture de méthanol après avoir parcouru quelques mètres…

Le Start Marechal gesticule tel un gendarme du théâtre de guignol : il s’impatiente, il est temps que je me place. Ma tête explose de chaleur. La loupiote rouge clignote, ça va exploser dans quelques secondes. Je me penche en avant tout en serrant ma machine avec mes jambes. Je monte brusquement le régime du moulin à 12.000 tr/min tout en embrayant. Mon corps brûle, mon cœur s’emballe un peu plus. La tête inclinée vers la droite, je fixe l’élastique. Le claquement sec de celui-ci me libère de cette tétanie : je lâche d’un coup sec mon embrayage, les 80 chevaux de mon GM me catapultent. Juste le temps de relever la tête et de placer mon pied droit sur le cale pied avant de devoir jeter mon destin tel coup de dé sur une table dans la première courbe à près de 100 km/h…. »

Décrocher la finale

C’est peut-être avec ces mots que Valentin Grobauer, le pilote Bavarois, nous aurait décrit l’une de ses manches durant la demi-finale du championnat d’Europe U21 de Speedway, qui s’est déroulée le 16 mai dernier sur le circuit de Mâcon, en Saône-et-Loire. L’objectif pour les seize pilotes appelés à cette course : décrocher une place pour la finale qui aura lieu en août prochain sur la piste noire de Güstrow (Allemagne du nord) en se classant à Mâcon dans les cinq premiers.

Deux pilotes faisaient figure d’épouvantail pour cette demi finale : les Tchèques Vaclav Milik et Eduard Krcmar (surnommé Eda par d’autres pilotes) deux des meilleurs pilotes U21 tchèques actuels. Vaclav ayant déjà une participation aux championnats du monde U21 en 2012 au compteur. Pour leur donner le change, la fédération italienne a envoyé deux de ses plus bouillonnants pilotes : le sympathique Michele Castagna, alias Paco, fils du grand pilote Armando Castagna, et l’exalté Nicolas Vicentin. À noter, l’utilisation de moteur Jawa pour ces deux pilotes en lieu et place des traditionnels moteurs italiens GM.

D’outre-Rhin, sont venus les talentueux Valentin Grobauer (vice-champion du monde 250 cm3 en 2010), René Deddens, alias Herr Komissar, Michele Hofmann et les Dupont et Dupond allemands tant ces deux frères se ressemblent : Erik et Mark Riss, fils du grand Gerd Riss, huit fois champion du monde de longtrack. Le Néerlandais Randy Oldenziel, le Slovène Aljosa Remih, le Croate Karlo Majnik et le Letton Eugene Korniko complétaient la liste des seize furieux.

Un bel ego français…

La partie semblait sur le papier gagnée pour les deux Tchèques. Pourtant, durant les essais matinaux, deux pilotes démontraient un très fort potentiel : les Français David Bellego et le jeune Dimitri Bergé. La première manche confirmait le potentiel de David Bellego : bondissant tel un serval de la ligne départ, David dominait sa manche outrageusement. Les quatre autres manches ont été avalées par David avec la même maestria avec des trajectoires en courbes parfaites, venant lécher de sa roue avant le gazon. Même la cinquième manche ne permettait pas à l’expérimenté Milik de déborder un impérial Bellego. David arborait à Mâcon les couleurs de son club anglais situé à un jet de pierre de l’Écosse : les Bandits de Berwick. Avec une telle combinaison, il n’était pas surprenant que David se soit livré à un véritable hold-up à Mâcon, avec un carton plein en guise de résultat final : 15 points (3, 3, 3, 3, 3), le propulsant ainsi à la première place.

La quête de l’inaccessible étoile

Dimitri Bergé a su confirmer sa bonne prestation lors de la manche qualificative de la Speedway World Cup en mai dernier, en Hongrie, en récoltant dix points ainsi que le dernier ticket pour la finale du championnat d’Europe. En prime, une superbe victoire durant la septième manche devant un Erik Riss volontaire. Dimitri peut surprendre quelques pilotes durant la finale de Güstrow.

Saint-Valentin

Tandis que Michele Hofmann sombrait dans ses manches en emportant avec lui les frères Riss pourtant plus habitués à truster les hauts de tableaux en Allemagne, Valentin excellait dès sa première manche. Connaissant la piste de Mâcon (2e du meeting international en 2012), le Bavarois à l’aide d’une machine disposant des bons « setups » dominait la quasi-totalité de ses cinq manches. Maitrisant même au cours de la huitième manche de superbe manière « Eda » Krcmar, qui ne parvenait pas à trouver une ouverture tant sur l’extérieur que l’intérieur, Valentin étant alors trop rapide en courbe. Le petit tracas (cale-pied bloqué vite réparé par Johannes Grobauer) de la onzième manche n’empêchait pas « Vali » de récolter treize points et de monter sur la troisième marche du podium.

« Pech d’or »

Pech, en allemand, signifie la poisse. Non pas la poisse servant de colle pour coller le week-end le papier peint de couleur prune afin de tenter d’égayer un nouveau salon dans lequel git cette anthracite table Hüstadamarkörpy, mais plutôt la malchance, la guigne, la schkoumoune ! La « Pech d’or » a pu être attribué à Herr Komissar René Deddens. René n’accédait pas à la finale en raison d’un manque de chance. Durant la manche treize, René bataillait avec David Bellego, lorsque sa chaîne se brisa net … Dépité, René sortait de la piste la tête basse, les épaules rentrées. Quel dommage !

Quel bel hommage, pour commémorer les cinquante ans de la disparition du père de l’Europe Robert Schuman, qu’une superbe finale du championnat d’Europe de Speedway U21 réunissant la crème des jeunes pilotes européens.

Rendez-vous le 24 août prochain à Güstrow (Allemagne) pour suivre les aventures des cinq lauréats de Mâcon (Bellego, Milik, Grobauer, Krcmar et Bergé) face aux pilotes suédois, danois, polonais, lettons et ukrainiens.

Publicité

Commentaire (0)

Publicité