La piste d’éducation routière CRS/Assurance Prévention s’installe à Valenton
Par Nicolas Baudon
16 avril 2026
Cette semaine, Valenton (94) accueille la célèbre piste d’éducation routière CRS/Assurance Prévention. Destinée aux jeunes dès 14 ans, cette initiative gratuite offre une journée de sensibilisation pratique à la conduite des deux-roues motorisés.
Les jeunes conducteurs de 2 roues motorisés (2RM) sont les plus exposés aux accidents graves. En 2025, 691 jeunes usagers (et passagers) 2RM ont été tués et 5 100 ont été blessés gravement. Face à l’urgence de la situation, 253 assureurs, via Assurance Prévention, s’associent au ministère de l’Intérieur pour déployer une piste mobile (piste d’éducation routière CRS/Assurance Prévention) unique en France.
« La prévention est un investissement pour l’avenir et fait partie intégrante du métier d’assureur, explique Patrick Jacquot, Président de l’association Assurance Prévention. Cette piste est une solution concrète pour faire passer aux jeunes les messages qui sauvent, avec une pédagogie bienveillante ».
Du mardi 14 au vendredi 17 avril, une douzaine de moniteurs CRS spécialisés en sécurité routière accueillent les élèves de la région pour leur transmettre les bons réflexes indispensables à la conduite.
Un concept pédagogique unique au service de la sécurité routière
Le concept repose sur une alternance d’ateliers théoriques et pratiques : rappel du Code de la route et des équipements obligatoires, séance sur simulateur pour découvrir les commandes, puis mise en situation réelle sur un circuit aménagé avec une quinzaine de machines 50 à 125 cm³.
Les jeunes roulent d’abord en « double commande » avec un moniteur, puis en solo. Des ateliers complémentaires sensibilisent au gilet airbag, à l’impact d’un choc à 30 km/h sur un casque et à la réglementation des trottinettes électriques.
Depuis 2001, ce partenariat a déjà permis de former plus de 212 000 personnes, dont 187 000 scolaires. Ces journées s’inscrivent dans une opération nationale.
Interview de Christophe Ecollan, Brigadier chef et Responsable piste éducation routière CRS/Assurance Prévention
Moto Magazine : Quels sont les objectifs de cette piste d’éducation routière ?
Christophe Ecollan : À l’origine, la piste d’éducation routière CRS Assurance Prévention a été créée en 1972. À l’époque, on comptait 18 000 morts par an sur les routes. Le ministère de l’Intérieur a donc participé à la mise en place de cette action pour faire baisser cette accidentalité.
Avec le temps, beaucoup de choses ont été mises en place par la sécurité routière : le casque obligatoire pour les motards à partir de 1973 / 1974, et plein d’autres mesures. Et puis au fil des années, cette opération a perduré.
En 2001, il y a eu un rapprochement important avec les assureurs français, parce qu’eux aussi sont directement concernés par l’accidentalité. Les dégâts corporels et matériels coûtent cher, que ce soit pour les machines et les hommes. Il était important et logique de travailler ensemble.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvés avec Patrick Jacquot, président de la Mutuelle des Motards et d’Assurance Prévention, sur un objectif commun : sensibiliser les jeunes à la conduite des deux-roues motorisés et à la vulnérabilité qui en découle.
MM : Combien de jeunes prenez-vous en charge chaque année ?
CE : On voit passer entre 7 000 et 8 000 jeunes par an sur cette action. Tous sont sensibilisés à la spécificité de la conduite en deux-roues : la gestion de l’équilibre, les commandes (accélérateur, freins…), l’anticipation sur la route et surtout, le fait de se rendre visible des autres usagers.
Il y a aussi tous les paramètres extérieurs : l’état de la chaussée, les conditions climatiques… La moto reste un objet à risque, les statistiques de la sécurité routière le montrent. Il faut être sensibilisé le plus tôt possible.
MM : Concrètement, comment faites-vous passer ces messages ?
CE : En les sensibilisant avec des exemples parlants. Par exemple, on leur dit : « Vous allez peut-être conduire une voiture ou une moto plus tard. Vous aurez des véhicules qui arrivent à droite, à gauche, dans vos rétros. Les rétros, c’est obligatoire, mais il y a des angles morts, donc il faut aussi tourner la tête. Et anticiper le plus possible. »
MM : Une bonne initiation à la sécurité routière en se basant sur des exemples de conduite réelle, donc.
CE : Voilà. On utilise ce moyen ludique d’initiation aux deux-roues pour leur montrer que ce n’est pas facile, en fait. Ce n’est pas un jeu vidéo. Ce n’est pas « je monte dessus, j’accélère et c’est fini ». Il y a la gestion de l’équilibre et de la mécanique, tout en faisant attention aux autres et aux informations autour de soi.
C’est pour ça qu’on les fait tourner sur une petite piste de 30 mètres sur 30 avec des priorités à droite, des stops, des cédez-le-passage… De là, ils sont obligés de rouler ensemble. Ils découvrent le « partage de la route », même sur un petit carré. Quand l’un perd l’équilibre, les autres s’en soucient. On leur fait prendre conscience qu’on n’est pas « tout seul » sur la route.
MM: Vous sensibilisez aussi les jeunes aux nouveaux engins, comme les trottinettes électriques ?
CE : Oui, et c’est devenu un vrai sujet. On a mis en place des ateliers spécifiques sur les EDPM (Engins de Déplacement Personnel Motorisés), car leur accidentalité explose. De 2024 à 2025, on a doublé le nombre de morts et triplé les blessés graves sur ces engins.
Le législateur n’a pas été assez rapide. On est passé de 12 à 14 ans pour l’âge d’usage. Le premier préfet à avoir pris un arrêté pour rendre le casque et le gilet jaune obligatoires, c’est celui des Alpes-Maritimes, début avril 2026. On voit que les pouvoirs publics commencent enfin à prendre le problème à bras-le-corps.
Des gens roulent avec des trottinettes débridées, jusqu’à 100 km/h sur l’autoroute. Même équipés comme des motards, ils se croient en sécurité. On voit aussi des gens à 50 km/h en ville sans protection.
C’est pour ça qu’on insiste auprès des jeunes : même si le gilet jaune n’est pas obligatoire partout, il faut le porter. Il faut respecter la législation et se rendre visible.
MM : D’autant plus que le climat sur la route n’est pas de tout repos, surtout pour les usagers vulnérables…
CE : Tout à fait. Si chacun fait n’importe quoi et ne pense pas aux autres, il y aura des accidents. On observe un manque de respect entre les usagers. Certaines personnes sont irascibles et klaxonnent pour un rien. On a un comportement très « latin » sur la route, malheureusement.
Quand on va dans les pays du Nord, on voit des conducteurs qui anticipent, qui s’arrêtent largement avant un passage piéton. C’est une autre planète, mais ils ont compris que la conduite apaisée, ça existe. Ici, on a du mal à partager l’espace. Imaginez une moto qui se faufile dans les bouchons… ça énerve certains conducteurs. Pourtant, c’est ça, partager la route.
Le message qu’on veut faire passer aux jeunes, c’est : peu importe l’engin que vous aurez plus tard (moto, voiture, vélo), faites attention aux autres. Et si vous êtes au volant, faites attention aux deux-roues, parce que vous savez maintenant à quel point ça peut être instable, avec tous les paramètres à gérer : le froid, la buée sur le casque, la chaussée glissante…
MM : Comment se planifie et s’organise une journée comme celle-ci ?
CE : On commence par contacter les mairies et les chefs d’établissement (collèges ou lycées). S’ils sont d’accord, nous nous organisons pour monter l’opération sur leur territoire.

Christophe Guyot, team manager du GMT94, était présent pour assister l’évènement
Ensuite, une fois le calendrier défini, on propose plusieurs ateliers pour les jeunes à partir de 14 ans, avec 3 groupes par jour :
- Un atelier de conduite pratique (scooters, motos 125 cm3 à double commande…),
- Un atelier « home trainer » (simulateur) pour comprendre le fonctionnement d’une moto,
- Un atelier équipement (casque, blouson, gants, pantalon, chaussures fermées…),
- et la partie théorique en salle.
MM : Originales et pertinentes, ces motos à double commande…
Oui, ce sont des machines qu’on a créées spécialement. Elles n’existent pas dans le commerce ni dans les moto-écoles. On a travaillé avec Yamaha France et notre mécano pour adapter les machines : on a ajouté des barres de renfort, des commandes pour le moniteur derrière (embrayage et frein). Ça permet de sécuriser les premiers tours de roue et de rattraper les erreurs.
Après ça, les jeunes passent sur des machines en solo (50 ou 125 cm³, thermiques ou électriques) selon leur niveau et leur gabarit, toujours sous surveillance des moniteurs.
MM : Et la partie théorique ?
CE : Elle se déroule en salle. On aborde la législation, les différents permis, l’équipement obligatoire et fortement conseillé. On insiste beaucoup sur l’équipement : même si seuls le casque et les gants sont obligatoires, le reste est vital. On montre des gilets airbag, on parle des chaussures, des pantalons… On voit encore trop de jeunes en short l’été, même des motards plus âgés.
On parle aussi des risques liés à l’alcool, aux stupéfiants et au protoxyde d’azote. On ne leur fait pas la morale, on les sensibilise. On leur fait tester des lunettes qui simulent l’alcool pour qu’ils voient l’impact sur les réflexes et les distances d’arrêt. Plus de la moitié des décès et blessés graves en France sont liés à l’alcool ou aux stupéfiants. D’où l’importance d’insister sur le sujet.
MM : Vous travaillez avec la police municipale sur cette opération ?
CE : Oui, ici à Valenton, c’est la police municipale qui gère la partie trottinettes électriques et législation EDPM. J’aime beaucoup travailler avec les polices municipales locales. Nous, on passe une fois, eux ils sont là toute l’année. Ça crée un lien de confiance avec les jeunes.




















