Parmi tous les professionnels qui gravitent autour d’une course de 24h, les médecins ont un rôle fondamental. À plusieurs titres par ailleurs… Nous avons rencontré Richard Leneuf, médecin chef au Bol d’Or. Il nous explique comment fonctionne un service d’urgence lors d’une course d’Endurance.
Au centre médical du circuit de Magny-Cours on n’a pas trop le temps de répondre aux questions des journalistes. Richard, le médecin en chef du circuit, doit ausculter un pilote qui vient de chuter, mais il doit aussi soigner un mécano qui s’est ouvert un doigt… Il est assisté par Agnès, l’infirmière.
Ce qui frappe ici, malgré un va-et-vient permanent, c’est le calme des lieux et le ton posé du personnel soignant. Cela contraste avec l’affolement dans les stands, le bruit sur la piste ou encore le chant des tribunes. Nous avons tout de même réussi à parler avec Richard et Agnès, entre deux essais. Ils nous expliquent leur dispositif, mais aussi comment les pilotes réagissent après une chute.
Moto Magazine : Docteur, vous êtes le médecin en chef, combien de personnes composent le service médical au Bol d’Or ?
Richard Leneuf : Je dirige une équipe de huit médecins, un chirurgien, deux infirmières et vingt ambulanciers urgentistes. Ces derniers sont tous opérationnels au SMUR (service médical d’urgence et réanimation). Derrière le centre médical, il y a bien sûr un hélicoptère prêt à décoller à n’importe quel moment vers un centre hospitalier.
MM :Pouvez-vous nous expliquer quel dispositif d’intervention avez-vous mis en place ?
RL : Les ambulances et les médecins sont placés à chaque point critique du circuit, de sorte à pouvoir intervenir rapidement avec du matériel de première urgence très sophistiqué. Il y a aussi un médecin "régulateur" qui se trouve dans la salle du directeur de course, là où les nombreux écrans vidéo couvrent tout le circuit. Celui-ci a un rôle fondamental dans le dispositif, car c’est lui qui est en lien direct avec le personnel intervenant sur le lieu de l’accident. Pour ma part, je reste au centre médical pour gérer la situation et accueillir le patient.
MM :Comment communiquez-vous ?
RL : On a une fréquence radio, mais nous utilisons aussi nos téléphones portables quand on estime que les conversations doivent rester secrètes.
MM : Pouvez-vous opérer sur place, au centre médical ?
RL : Bien sûr, nous pouvons intervenir pour les cas les plus urgents où un transport à l’hôpital n’est pas envisageable (il cite l’exemple de coupure d’une aorte…). Nous disposons de matériel de radiologie et d’échographie ; il y a aussi une grande baignoire pour les grands brûlés, un électroscope, l’oxygène ou encore tout ce qu’il faut pour réanimer, intuber, perfuser… Je crois que les pilotes disposent ici de ce qui se fait de mieux en matière de médecine urgentiste.
MM : Pourquoi vous avez choisi cette voie au lieu de vous installer tranquillement dans un cabinet ou à l’hôpital ?
RL : C’est la passion de la moto car je suis motard. Il y a maintenant plus de 25 ans que j’exerce mon métier de toubib dans la course et franchement, c’est ce que j’aime….
Le docteur Leneuf doit partir, encore une fois pour une urgence. Il s’excuse et demande à son assistante (et épouse) Agnès de continuer à nous faire visiter le centre. Nous en profitons pour lui poser une question…
Moto Magazine : Comment réagissent les pilotes qui arrivent ici, au centre ?
Agnès Leneuf : La première chose dont ils parlent c’est leur moto. Ensuite il y a leur saison, l’équipe, l’abandon… Ils arrivent tous avec un stress énorme et il faut parfois trouver les mots justes, prendre le temps. Mais dans l’ensemble, ils sont tous douillets, beaucoup me tiennent la main par exemple, comme pour s’accrocher à quelque chose de solide…
Propos recueillis par Francesco Scuderi - 16/04/2011
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