Le film « Perte de contrôle » est construit sur la thématique identique au précédent, « Onde de choc », réalisé par le même Bruno Aveillan et produit par la Délégation à la sécurité et à la circulation routières (DSCR).

L’objectif est de sensibiliser le conducteur sur l’impact d’un accident de la route : s’il est gravement blessé ou mort, le sinistre ne concernera pas que lui mais aussi ses proches. La DSCR en appelle ainsi à la responsabilisation des conducteurs, comme l’expliquait le délégué interministériel Emmanuel Barbe lors de la présentation de la vidéo précédente.

Focus moto
Ce second court-métrage est diffusé « à l’approche des beaux jours et des sorties en moto », précise la Sécurité Routière. Cela donne : un route qui semble être une départementale, traversant une forêt, de nuit ; un motard qui, au guidon d’un roadster ressemblant à une Kawasaki Z750, se met en position allongée mais le véhicule ne semble pas rouler trop vite ; surgit un sanglier, que le conducteur ne peut éviter ; chute, choc puis apparaît à l’écran la traîne des proches qui vont souffrir avec le motard qui devient tétraplégique. C’est l’onde de choc.

- Le film « Perte de contrôle » est diffusé depuis le 25 mars 2016
- Deux spots radio sont diffusés dans le même temps
- Un site internet www.routeplussure.fr est créé avec un relais sur Facebook et Twitter (#TousTouchés)

Quel message ?
On comprend la détresse dans laquelle sont plongés ces personnages. On compatit. En revanche, on a du mal à comprendre la finalité du message que souhaite faire passer la Sécurité Routière : dans ce cas précis le sinistre est dû à un événement imprévisible, un animal qui surgit sur la route ; le comportement du motard ne semble pas en cause, ni même la vitesse. Alors quoi ? C’est juste qu’il faudrait faire preuve de plus de prudence ? Mais encore… On voudrait savoir quelle attitude adopter face à l’animal, or aucun conseil n’est dévoilé… Faut-il rouler à 30 à l’heure ? Même à 30 à l’heure un sanglier peut rendre tétraplégique un motard. De surcroît en forêt, avec les arbres comme autant d’obstacles.

D’ailleurs, on ne comprend pas à quoi est due la blessure qui rendra le motard handicapé à vie : la chute elle-même ? Peu probable d’autant qu’il semble correctement équipé. Le conducteur a-t-il heurté un arbre ? Sans doute. Mais la Sécurité Routière n’insiste pas sur ce point. Mais où veut-elle en venir ?

Le film se contente d’une conclusion passe-partout : « à moto, le plus grand danger, c’est de penser qu’il n’y en a pas ». On pourrait substituer « autocar » à « moto » : « en autocar, le plus grand danger, c’est de penser qu’il n’y en a pas ». Ça fonctionne aussi, en ce moment.

Allez, on l’a bien compris, le message de la DSCR : quoi qu’on fasse, il y a danger à moto ; même si vous circulez correctement, c’est un animal qui se chargera de vous rendre handicapé. Non vraiment, mieux vaut ne pas en faire… La Sécurité Routière rêve de voir disparaître la moto de la circulation. Et des statistiques d’accidents de la route…


« Un quart des tués », l’éternel argument

« Les conducteurs de deux-roues motorisés représentent près de la moitié des blessés graves et un quart des décès », rabâche la DSCR, oubliant cette fois « qu’ils ne représentent que 2 % des véhicules en circulation »… Faisant fi, au passage, des caractéristiques du véhicule (à moteur, sans carrosserie), mais aussi du manque de formation des autres conducteurs peu sensibilisés à l’apparition d’une moto dans leur rétroviseur, ou encore du manque de sensibilisation des services techniques qui installent nombre d’infrastructures routières dangereuses…

« La majorité des accidents à moto se produit lorsque le motard se sent en confiance, de jour, par beau temps et en rase campagne », poursuit la DSCR. On est loin des circonstances présentées dans le film.
« Derrière les 768 personnes tuées et les 11 000 blessés graves à deux-roues motorisés, en 2015, combien de victimes dans la vie ? Chaque accident engendre une onde de choc ». Certes.

La DSCR omet de préciser que les accidents de moto sont en baisse : « Depuis 15 ans, le nombre de décès sur la route dans la catégorie 2-roues motorisés enregistre une baisse de 35 % pour les motos et de 68 % pour les cyclomoteurs », précise la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC). Et dans le même temps la population des sangliers a considérablement augmenté…

Complément d’information

- Excès de vitesse : le « DCA » tire à vue sur les motards
- Freinage d’urgence : la moto moins performante que l’auto
- Contrôles routiers : une circulaire du ministre de l’Intérieur cible les motards

La FFMC se mobilise contre le contrôle technique voulu par la Sécurité Routière

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