Une étude du Département du contrôle automatisé (DCA) de la Délégation à la sécurité et à la circulation routières (DSCR), publiée le 25 mars, conclut à une culpabilisation des motards au prétexte que ceux-ci rouleraient trop vite, c’est-à-dire bien au-dessus des limitations de vitesse. Surtout les jeunes de 18 à 24 ans et les quinquagénaires. Comment le DCA en est-il arrivé là ? En sortant la sulfateuse à statistiques… On va tenter de suivre son raisonnement. Attention c’est corsé, il faut être au moins bac+10 !

Statistiques issues des contrôles radar
Le DCA a analysé les données relatives aux excès de vitesse des conducteurs de motos et scooters tels que constatés par les radars fixes et les radars mobiles des forces de l’ordre. Trois catégories de deux-roues motorisés (2RM) ont été distinguées :
- les motos légères (comme les scooters) ;
- les motos intermédiaires de 11 kW (15 ch) à 25 kW (34 ch) qui concernent principalement les motards novices détenteurs d’un permis A2 ;
- les motos les plus puissantes, de plus de 25 kW, qui sont aussi les plus chères.
Au passage, il faudra expliquer au DCA que la limite des 34 chevaux n’a plus de sens en moto : depuis 2013, la limite de puissance au permis A2 est fixée à 35 kW (47,5 ch).

L’enquête a étudié les différences de comportements en fonction de trois critères :
- l’âge de la personne déclarée comme conducteur du véhicule ;
- le signalement ou non du contrôle ;
- les limitations de vitesse (50, 70, 90, 110 et 130 km/h).

Conclusions alarmantes
Un premier graphique met en évidence deux âges de la vie où les excès de vitesse sont particulièrement courants : « entre 18 et 25 ans », puis « autour de la cinquantaine ». Pour le reste : « le nombre d’excès de vitesse, s’il varie moins en fonction de l’âge, reste très élevé de génération en génération », souligne la DSCR. Mais qu’on se rassure : « Si les excès de vitesse des cinquantenaires sont particulièrement nombreux, ils sont cependant moins graves que pour les plus jeunes ».

Merci les grands-parents
Au passage, la DSCR souligne évidemment certaines pratiques illicites : « On observe toutefois un pic anormalement élevé dans la gravité des excès de vitesse à partir de 70 ans, correspondant à un nombre très faible d’infractions. Cette brusque augmentation s’explique par le fait que des personnes âgées, pour éviter une perte de points à leurs enfants ou petits-enfants, acceptent de se déclarer auteur de l’infraction constatée par le radar et de perdre des points à leur place… ceci, en toute illégalité… »

Contrôles signalés ou non
Mais le caractère culpabilisant de l’étude ne s’arrête pas là. Selon le ministère de l’Intérieur, ces conducteurs cultivent une sorte de perversion : « le sentiment d’impunité conduit les motards des cylindrées des deux catégories les plus puissantes à des écarts nettement plus importants que ceux constatés pour les automobilistes, reprend la DSCR.

La gravité des excès de vitesse des motos de plus de 11 kW, qu’elles soient en-dessous ou au-dessus de 25 kW, est déjà préoccupante sur les contrôles signalés : 40 à 50 % plus élevée que l’excès de vitesse moyen. Elle explose sur les contrôles non signalés : en moyenne 100 % plus dangereux que l’excès de vitesse moyen (jusqu’à 150 % plus dangereux que l’excès de vitesse moyen pour les motos de plus de 25 kW à une vitesse maximale autorisé de 70 km/h). »

« Particulièrement inquiétants, les excès de vitesse constatés (hors signalement) sont au paroxysme sur les routes où les vitesses limites autorisées sont les plus basses, en ville ou sur les portions de route limitées à 70 km/h, là où le plus grand nombre d’usagers est susceptible de se croiser et où les enjeux de distance de freinage sont donc les plus importants ». Brrr… De dangereux délinquants, ces motards !

Si on creuse, il n’y a pas que la rhétorique alarmiste de la Sécurité Routière à être inquiétante. Elle nous y a habitués depuis longtemps, avec cette fâcheuse tendance à tirer à boulets rouges sur la minorité que représentent les motards.

C’est la nature même des données sur lesquelles repose le discours anti-moto qui est étonnante. L’étude est menée sur la base d’indices que seul le DCA est capable de calculer : la « proportion d’excès de vitesse » apparaît sur le premier graphique, tandis que la « gravité de l’excès de vitesse » figure sur les deux autres.

Le carré de l’hypoténuse…
Là, ça en deviendrait presque amusant : on a la réponse en fin de communiqué, dans la rubrique « méthodologie de l’étude ». Accrochez-vous…
« L’impact de la vitesse sur l’occurrence et la gravité des accidents dépend de l’énergie cinétique du véhicule et donc du carré de la vitesse du véhicule.
Dans l’étude, la gravité d’un excès de vitesse est définie comme le rapport entre le carré de la vitesse du véhicule et la moyenne des carrés de la vitesse de tous les excès de vitesses constatés pour une vitesse maximale autorisée donnée.
Ainsi, un véhicule dont le carré de la vitesse est dans la moyenne des carrés des excès de vitesse aura une gravité de 1. »

Avoir recours à un statisticien qui se prend pour Pythagore dans le but de montrer du doigt les motards, il fallait oser. Eh bien la Sécurité Routière l’a fait !

Résultat ? Plus de radars !
Et vous devinez quelle conclusion apporte la Sécurité Routière à cette étude ? Allez, on vous le donne en mille… « L’ensemble de ces résultats conforte la décision prise par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve le 26 janvier 2015 dans le cadre du plan en faveur de la sécurité routière (mesure 17) d’instaurer des radars double-face qui permettront aux enquêteurs de mieux identifier les auteurs des infractions. »

Allez, on va la faire courte : la Sécurité Routière explique que la bêtise comportementale des motards contribue à l’augmentation du nombre de radars sur le bord des routes. C’est quel indice, celui-là ?

Complément d’information

- Campagne « Perte de contrôle » : les motards à la traîne
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