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On croyait le projet d’expérimentation de la mesure « 80 km/h » sur les rails : le 16 juin 2014, lors de la précédente réunion plénière du Conseil national de sécurité routière (CNSR), le ministre de l’Intérieur avait annoncé une expérimentation de cette réduction de vitesse censée, d’après certains experts, « sauver 350 vies par an en France ». Mais une expérimentation « sur certaines routes départementales bidirectionnelles » seulement, qualifiées de « très accidentogènes », cette mesure suscitant un haut niveau d’inacceptabilité sociale.

Une semaine avant la plénière du 8 décembre 2014, le ministre de l’Intérieur a rencontré le bureau du CNSR, et expliqué qu’il annoncerait, en janvier 2015, plusieurs mesures de sécurité routière. Parmi lesquelles la mise en place de l’expérimentation des 80 km/h, sur certaines routes accidentogènes, donc…

Réveil de la ligne dure
Mais les tenants de la ligne répressive en matière de sécurité routière n’en démordent pas : ils veulent que l’expérimentation soit généralisée à tout le réseau français des départementales, manière de faire passer en force auprès des Français l’idée que désormais, il faudra rouler à 80 km/h sur ces routes.

Le 8 décembre, lors de cette assemblée du CNSR, ils ont tenté de faire voter une motion en ce sens. La fronde des « pro-80 km/h » était menée par le professeur Philippe Lauwick, président de la commission « Alcool, vitesse, stupéfiants » du CNSR, qui représente le bien mystérieux Automobile club médical. Il était soutenu par Chantal Perrichon, présidente de l’association de victimes Ligue Contre la Violence Routière (LCVR) et le professeur Claude Got, membre du comité des experts du CNSR.

Ces trois-là, par leurs interventions peu mesurées (le professeur Got a été jusqu’à qualifier le président du CNSR d’« azimuté »), tentent de faire pression sur le ministre de l’Intérieur, au prétexte que celui-ci aurait manipulé le Conseil pour éviter une expérimentation au niveau national. La présidente de la LCVR a même évoqué les lenteurs de la Direction à la sécurité et à la circulation routières (DSCR) qui, selon elle, met beaucoup trop de temps à mener lesdites expérimentations.

Les pro-80 isolés
Mais l’assemblée n’a pas suivi cette fronde. « La recommandation du CNSR a déjà été votée lors de la dernière plénière, pourquoi revenir sur ce sujet » ont interrogé de concert Philippe Morelli, représentant Club 14 (les motards assurés chez Axa) et Daniel Quéro, président de 40 Millions d’Automobilistes.

« Ce n’est pas parce que nous représentons les usagers à moto que nous sommes un lobby pro-vitesse », a répondu France Wolf aux pro-80, qui accusaient le ministre de l’Intérieur de céder à ce pseudo-lobby. « Mener une expérimentation sur le plan national, cela reviendrait à entériner la mesure », a expliqué Patrick Jacquot, président de la commission 2-roues du CNSR.

Dans un contexte propice à la tentation de la répression (les statistiques d’accidents sont à la hausse, on annonce 100 décès de plus sur les routes de France en 2014 par rapport à 2013), le Conseil, et son président en tête, n’a finalement pas suivi ses membres les plus radicaux, et privilégie la prévention. Les pro-80 ont tout de même obtenu le vote d’une motion de synthèse recommandant au ministre d’agir en priorité sur la réduction de la vitesse. Un moindre mal…

Les enjeux sont ailleurs
La limitation de vitesse à 80 km/h ne correspond pas aux enjeux de sécurité routière actuels. « Cette remontée de l’accidentalité impacte surtout les usagers vulnérables, notamment les piétons et les cyclistes auxquels on ne peut pas reprocher de rouler trop vite, commente France Wolf. Ces usagers vulnérables ont fait l’objet de l’attention des commissions 2-roues, Infrastructures routières et Jeunes éducation routière du CNSR (lire le compte rendu de la réunion sur Motomag.com) ».

Le ministre de l’Intérieur semble suivre la même logique. On en aura confirmation en janvier 2015, lors de l’annonce des mesures de sécurité routière de Bernard Cazeneuve.

Le compte-rendu de la réunion du 8 décembre du CNSR sur Motomag.com

Lire aussi sur Motomag.com : 80 km/h, une expérimentation et de nombreuses questions

Nicolas Grumel

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