Courir une endurance sur circuit, au milieu de 30 autres types est souvent pour le pilote un défi avec soi-même et presque toujours c’est le stress qui l’emporte… Chez Jean-Luc et Jean-Pierre, les deux pilotes n° 98 que nous avons suivi pendant la course des 5 heures à Carole, il en est tout autrement ! Explications…
« Je comprends très bien que même dans une course sans enjeu comme celle-ci, on puisse partir avec une volonté de se placer au plus haut du classement : c’est tout simplement humain ! », explique Jean-Luc, éducateur spécialisé et ancien directeur du circuit Carole. « Mais pour Jean-Pierre et moi, comme pour les gens qui nous accompagnent, c’est avant tout la course au bonheur que nous allons faire pendant cinq heures. Le week-end entier est pour nous un moment de partage où chacun, dans son rôle, tire profit de la contribution des autres dans ce moment intense et unique. »
Une affaire de famille
Outre les deux pilotes, il y a leurs compagnes, Patricia et Marie. La première fait office de team manager, même si elle n’a jamais fait ça et n’y connaît pas grand-chose à l’endurance en particulier et à la moto en général. Marie quant à elle trouvera bien son rôle. Il y a aussi Julien, le mécano d’un jour ; Emmanuel, le pompier bénévole ; Jean-Marc, qui fera tout ce qu’il y a à faire et Peter, l’ami de toujours, qui est au panneautage. Au moment de l’installation du stand, il n’y a aucun stress ni bousculade. C’est un peu normal : contrairement à d’autres teams voisins, ils n’ont pas grand-chose à installer ! Ils sont venus avec leur deux motos, une R1 et une GSX-R (ils ont choisi de courir à l’américaine), plus une béquille, un jerricane et un peu d’outillage, deux chaises et... c’est tout !
5 heures de gaieté
Sur la piste, Jean-Pierre s’amuse comme un fou avec sa Suzuki. Il tourne en une minute et 8 secondes, ce qui le place parmi les dix premiers. Dans le stand, Patricia chronomètre avec… un téléphone portable ! Les amis s’occupent de la Yamaha qui va partir dans une quinzaine de minutes. Le pilote quant à lui discute tranquillement et, sur son visage, on ne lit aucun signe de tension. Il contraste avec deux pilotes voisins qui n’arrêtent pas de faire des allers-retours.
Tête en l’air
Eux, ils sont déjà casqués, prêts à partir. Pas Jean-Luc bien sûr. Deux tours avant la rentrée de Jean-Pierre, il se rend compte que le casque qui se trouve dans la housse n’est pas le sien. On imagine qu’un moment de panique va suivre… Eh bien non, il demande tout simplement à Patricia d’aller chercher son casque qui doit être dans le camion. Elle arrivera juste au moment où Jean-Pierre rentre au stand. Celui-ci est un peu meurtri par une douleur tenace au canal carpien et demande à son camarade de prolonger son tour de guidon.
Derrière la visière de Jean-Luc, on devine un grand sourire : il va rouler plus longtemps, et ce n’est pas pour lui déplaire ! Patricia et Marie s’improvisent kinésithérapeutes et massent les avant-bras de Jean-Pierre. Tout le monde sait que ça ne sert pas à grand- chose, mais il y en a au moins un qui se moque bien de la logique médicale et profite bien de cette attention particulière.
On n’est pas là pour s’emm…
Coup de théâtre sur la piste : alors que Jean-Luc tourne, les n°15 et le n°40 se sont percutés, et la course est neutralisée derrière la voiture de direction (pace car). Jean-Luc rentre au stand. Tout le monde pense que c’est pour un problème ou pour faire de l’essence… « Non, je suis rentré car ça me fait c… de rouler à 50 km à l’heure sur la piste », dit-il en posant son casque. Personne ne trouve rien à redire, et la bonne humeur est de mise. Lorsque la voiture rentre, laissant le champ libre aux pilotes, c’est Jean-Pierre qui prend le relais. Mais il s’arrête un tour plus tard : il avait oublié de fermer ses bottes !
Un final pas très pressé
Plus tard, à cause de leur système de remplissage d’essence pas vraiment conforme, l’équipage se verra infliger un « stop and go » de la part de la direction de course. En bon team manager, Patricia, ne sachant pas ce qu’est un « stop and go », prend tout de même la précaution de demander au directeur de course sur ce qu’il faut faire dans ce cas. On ne vous raconte pas la tête de ce dernier…
Au final, notre équipage n°98 se classera 24e. Mais peu importe, ils ont tout de même bu une coupe de champagne en fin de course. Et nous avec eux !
Francesco Scuderi - 27/04/2010
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