La messe est dite
a priori ça tombe sous le sens : moins on va vite, plus on réduit le nombre d‘accidents et moins ils sont graves. Ce précepte s’auréole même d’habits scientifiques, histoire de faire ravaler leur salive aux contradicteurs. Dans les années 80, Göran Nilsson s’est en effet appuyé sur les lois de la cinétique pour établir une relation mathématique entre nombre d’accidents et vitesse. Son travail se résume ainsi : « une variation de la vitesse de 1% induit une variation du nombre d’accidents de 2% et une variation du nombre d’accidents mortels de 4% ». La messe est dite, réduisons la vitesse et nous réduirons automatiquement le nombre de morts.

Equation
C’est en s’appuyant sur cette équation que le Comité interministériel de sécurité routière (CISR) s’apprêterait, à en croire une indiscrétion faite au Point, à annoncer une baisse de la vitesse de 10 km/h sur l’ensemble des routes françaises sans séparateurs physiques (rail ou muret). Les usagers devraient donc être très rapidement invités à rouler à 80 km/h au lieu de 90 sur une très grande partie du réseau secondaire. La France s’alignerait alors, par exemple, sur les Pays-Bas, la Suisse ou encore le Danemark.

Une mesure efficace... pour les radars
Comme nous l’avons déjà évoqué sur motomag.com, cette mesure est en test depuis 2015 sur plusieurs tronçons français (Drôme, Nièvre, Yonne ou encore Haute-Saône). Sa mise en place faisait suite à l’annonce, en janvier 2015, par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, de 26 mesures de sécurité routière. L’expérimentation menée dans l’Yonne a bien eu des conséquences : le radar flashe 6 fois plus depuis l’entrée en vigueur de la mesure ! En 2014, le radar automatique fixe de Merry-Sec (RN 151) a relevé 161 infractions contre 961 en 2016 ! Outre l’abaissement de la vitesse de 90 à 80 entre ces deux relevés, le radar est également devenu capable de flasher dans les deux sens de circulation. Bingo !

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Nombre d’accidents stables
a contrario, le nombre d’accidents n’a pas diminué comme nous l’indiquait un militant de la FFMC de l’Yonne : « Durant les 12 derniers mois, il y a eu 4 accidents corporels, alors qu’il y en avait eu 3 durant les 12 mois précédant l’expérimentation. Nous déplorons aussi un accident mortel sur les 12 derniers mois, même résultat que durant les 12 mois précédents. » Il n’y avait là rien d’étonnant pour le militant de la Fédé : « La baisse de la limitation à 80 km/h sur la RN 151 n’a pas eu d’impacts sur le nombre d’accidents. C’est un peu ce qu’on annonçait depuis le début. Les 3 derniers décès sur cette route (2014 et 2015) étaient dus à un refus de priorité, à l’alcool et à un assoupissement. »

La chimère
Pour Marc Bertrand, cette mesure est une chimère. Pour le chargé sécurité routière de la FFMC, il est peu probable que le gouvernement parvienne ainsi à tenir son objectif d’abaisser à 2 000 le nombre de morts sur les routes françaises (3400 actuellement).
« Nous sommes encore une fois dans une vision dogmatique de la sécurité routière selon laquelle agir sur la vitesse serait le seul moyen d’inverser les tendances. Le rôle des distracteurs (centrale mutimédia, GPS, connexion bluetooth pour smartphones) dans des véhicules, de plus en plus conçus comme des bureaux mobiles, est totalement ignoré. L’affaiblissement de la formation et le mauvais entretien du réseau routier national mériteraient eux aussi l’attention des pouvoirs publics. Nous nous interrogeons également sur l’augmentation régulière du tarif des autoroutes qui incite les transporteurs routiers à privilégier les réseaux secondaires. Enfin, nous sommes curieux de savoir quel pourcentage de la somme d’argent collectée avec les flashs sera affecté réellement à la sensibilisation routière et la formation des usagers. »

Une pétition en ligne
Face à l’ensemble de ces interrogations et compte tenu du caractère arbitraire de cette décision prise sans que les conclusions de l’expérimentation faites par le Cerema (centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) n’aient été rendues publique, la FFMC invite les usagers à signer une pétition. Elle entend par ce biais faire valoir ses revendications : faire en sorte que l’argent récolté par les radars serve à la formation des usagers (ce qui n’est pas le cas comme le pointait un rapporteur du sénat en octobre dernier) et que les autoroutes, réseau le moins accidentogène, soient rendues aux usagers et accessibles gratuitement.

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