Aurions-nous trouvé de nouveaux lecteurs parmi les membres du Sénat ? Oui semble-t-il à en croire le point de vue du rapporteur du budget chargé de la sécurité routière-circulation à la commission des finances au Sénat. Dans un entretien au Figaro, l’homme pointe plusieurs incohérences dans la stratégie de déploiement des radars sur le sol français. Selon son analyse, les radars seraient bien plus au service des finances de l’État que de la sécurité des usagers. Tiens donc !

Par ici la monnaie
Vincent Delahaye (UDI – Union des Démocrates Indépendants) indique en effet dans son rapport que les radars sont une arme infaillible pour augmenter les recettes de l’État. Quant à réduire le nombre de morts sur nos routes, il y a fort à parier qu’ils n’y parviendront plus de manière significative. Les usagers qui accusent la plus forte hausse en nombre de décès sont en effet les cyclistes (+8,7 %) et les piétons (+19,4 %), deux catégories rarement en excès de vitesse.

L’emplacement des radars en question
Pour étayer son argumentation, M Delahaye s’étonne, par exemple, de la plus forte proportion de radars sur autoroutes que sur routes secondaires, alors mêmes que ces axes sont les plus accidentogènes. L’homme croit également savoir que les radars sont plus volontiers implantés sur autoroute, car ils y sont moins faciles à vandaliser. Ils réclameront donc moins de coûteuses réparations que dans des zones où le maintien de l’ordre est plus complexe (la Corse est par exemple dispensée de radars de chantier et de radars tronçon). Le rapporteur s’interroge enfin sur la raison pour laquelle l’État accorde de tels budgets à la lutte contre la mortalité routière (3 700 morts/an) alors que les accidents domestiques ne suscitent pas la moindre émotion de la part des autorités, malgré une mortalité de 5,4 fois supérieure (20 000 morts/an).

Les radars pour désendetter l’État
Alors que les responsables, au plus haut niveau de l’État, commencent à émettre des doutes sur la vocation réelle des radars, l’expansion de ces derniers n’est pas près de s’arrêter. Pourquoi l’État renoncerait-il à une manne financière de près d’un milliard d’euros en 2016 ? En 2016, l’argent de l’ensemble des infractions routières (radar compris) flirtait avec 1,6 mrd €. Une somme répartie entre l’agence du financement des infrastructures de transport en France (425 M€), l’agence nationale de traitement automatisé des infractions (250 M€), le financement du PV électronique (30 M€). 430 millions d’euros participent au désendettement de l’état. Voilà qui a le mérite d’être clair. 650 millions alimentent les collectivités locales théoriquement pour financer des équipements permettant d’améliorer la sécurité routière. M Delahaye ne serait pas opposé à une « meilleure traçabilité de ces dépenses ». C’est tout dire.

La culture du chiffre
Quant aux prévisions 2018, tous les indicateurs sont au vert. Puisque le nombre de radars va encore augmenter, il en va de même de leur rentabilité. Aux 4600 radars présents sur nos routes vont s’en ajouter 100 nouveaux. Sans compter les voitures radars banalisées dont la conduite a désormais été confiée à des sociétés privées. Elles passeront bientôt de 383 à 440 sur nos routes.

Pour l’alcool, le téléphone au volant et l’entretien des routes, vous repasserez
Vincent Delahaye déplore enfin que l’alcool au volant ne fasse pas l’objet de contrôles plus sévères alors que son rôle dans la survenue d’accidents n’est plus à démontrer. Et si toutefois la volonté des autorités était réellement de diminuer le nombre de morts sur les routes, nous leur suggèrerions volontiers de cesser de diminuer les budgets alloués à leur entretien (-30 % en 6 ans). Il y a une bonne nouvelle toutefois : le comité interministériel de sécurité routière devrait prendre connaissance de ce rapport. Est-ce que cela sera suffisant pour infléchir sa politique de sécurité rentière ? Nous le saurons bientôt.

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