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motomag.com
Reportage

Tour du monde à moto : réveillon à Ushuaïa pour la BMW GS

Célébrer la nouvelle année dans la ville la plus australe du globe... Chaque année, quelques dizaines de motards se donnent rendez-vous à Ushuaïa pour fêter la Saint-Sylvestre. Une concentre aux confins de l’Amérique du Sud, placée sous le signe de l’aventure. Nos envoyés spéciaux autour du monde, Alain et Marie-Christine Arnaud, étaient parmi eux.

 
 
Tour du monde à moto : réveillon à Ushuaïa pour la BMW GS

En ce mois de décembre, nous luttons contre le vent violent qui balaye la Patagonie. Celui-ci chahute la moto latéralement et nous oblige à compenser sa force en permanence. Un bon moyen d’user un peu les pneus sur les côtés, alors que nous parcourons des lignes droites sans fin au cœur de la pampa.
- Les camions que l’on croise et les violentes rafales viennent rajouter à la difficulté. Quand les poignets et les vertèbres cervicales crient pité, une pause s’impose...
- La route 3 est ponctuée de stations-service, dont les principales portent le logo YPF. Outre le précieux carburant (toutefois bien moins cher qu’en Europe), on y trouve en général un restaurant, un hôtel, un mini-marché, des téléphones et même l’accès à Internet. Ces haltes bienvenues sont l’occasion de rencontres entre motards.
- On ne peut pas dire que les deux-roues abondent dans ces contrées inhospitalières, mais ceux qui y circulent s’arrêtent tous aux mêmes endroits.

À travers le temps. Qu’ils viennent du Brésil, du Canada, des États-Unis, de Colombie, du Chili, d’Argentine bien sûr et, beaucoup plus rarement, d’Europe, tous convergent vers un même objectif  : la ville d’Ushuaïa. Sorte de «  fin du monde  », comme ils disent là-bas, où il est devenu coutumier d’aller fêter la nouvelle année.

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L’Argentine et ses routes mythiques

Parce qu’elles marquent un trait d’union entre deux horizons distincts, certaines routes nous font toujours autant rêver. Qu’elles soient maritimes, aériennes ou plus simplement terrestres, elles portent des noms désormais célèbres. Qui n’a jamais entendu parler de la route 66, de la route du Rhum, de la route de la Soie, de la transsaharienne, ou tout simplement de la nationale 7 qui relie Paris à la côte d’Azur  ?

L’Argentine peut également se prévaloir de posséder deux routes quasi incontournables pour tout motard en visite dans cette partie de l’Amérique du Sud. La première, la route 3, est l’axe principal du pays. Lointaine cousine de notre RN7, elle commence à Buenos Aires, la capitale, pour finir à l’extrême sud du continent, en Terre de Feu, dans le parc national du même nom. Soit 3 079 km presque intégralement bitumés et longeant plus ou moins la côte Atlantique. Outre le trafic habituel, de plus en plus fluide à l’approche de la Patagonie, cet axe est emprunté par la majorité des motards se rendant à Ushuaïa. Avec, à la clé, quelques points d’intérêt non négligeables, comme la péninsule de Valdès par exemple. Même si des lignes régulières d’autocars l’empruntent, le sud de la route 40, lui, reste le domaine privilégié des aventuriers. Car en fait de route, il s’agit là d’une piste qui a la réputation d’être difficile en plus d’être monotone. Longeant l’ouest du pays, souvent à quelques encablures des Andes, elle relève du défi pour nombre de motards. Avec comme difficulté majeure un tronçon de 650 km pratiquement désert. La pampa à perte de vue, où les passages de sable profonds le disputent à la tôle ondulée pour essayer de détruire motos et équipages... Les points marqués sur la carte, qui pourraient faire penser à des villages, ne sont bien souvent que quelques maisons où l’on ne peut trouver que le minimum vital pour continuer son chemin. Au bout, comme souvent, la satisfaction «  de l’avoir fait  ». Tout simplement. Et d’avoir pu contemplé quelques trésors disséminés par Dame Nature le long de cet axe, tels le pic du Fitz Roy ou le glacier Perito Moreno. De quoi se remettre de ses efforts dans ces décors grandioses.

Hubertus

(48 ans) BMW R 1200 GS

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Cet Allemand dispose de trois mois et trois semaines pour effectuer une boucle au départ et à l’arrivée de Buenos Aires. C’est son troisième voyage en Amérique du Sud, et il ne s’en lasse pas… Au programme cette fois  : Argentine, Chili, Bolivie et Pérou. Sa région de prédilection  : le désert d’Atacama. Et pour cause, il a horreur du bitume  !

Martine et Joël

(48 ans) BMW R 80 GS

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Avec Philippe (36 ans) et Marc (41 ans), ils ont profité de quelques places disponibles dans un conteneur en partance de Munich vers Valparaiso, au Chili, pour y embarquer les motos et profiter de 5 semaines en Amérique du Sud. Une boucle de 10 000 km qui les a conduits sur la carretera austral chilienne et la fameuse route 40 argentine. Laquelle leur a ainsi permis de venir fêter la nouvelle année à Ushuaïa. Mais ce ne fut pas de la tarte, la pluie et le vent violent ne leur ayant rien épargné… Quelle récompense, en revanche, que l’arrivée au pied du glacier Perito Moreno  ! Côté argentin de la cordillère des Andes, il semble plonger entre deux océans en se terminant par le fameux cap Horn. Et puis toutes ces rencontres…

Karlo et Kelly

(31 et 32 ans) Kawasaki 650 KLR

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Ils sont américains et vivent au Nouveau-Mexique, État du sud-ouest des États-Unis. Un grand tour de l’Amérique du Sud compose leur programme, qui doit en tout durer sept mois. À deux sur un modeste trail chargé des bagages nécessaires à un tel périple, dans des conditions de confort plus que spartiates, ils ont quitté le village d’Espagnola le 12 septembre 2009. Après avoir effectué la moitié de leur voyage, ils repartent en sens inverse ici, à Ushuaïa. Le Pérou et surtout la carretera austral leur ont laissé d’excellents souvenirs. Le vent en Patagonie, aussi, les a marqués. Mais ce dernier est plutôt à classer au rayon des cauchemars  !

Heinrich

(43 ans) Honda 750 Africa Twin

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Sur la route depuis deux mois, cet Allemand compte rester un an en Amérique du Sud. Après ce début de séjour, c’est la montagne Fitz Roy qu’il évoque instantanément pour parler de ses meilleurs souvenirs. Un amortisseur arrière détruit sur la péninsule de Valdès et une sortie de route suivie de 3 m de chute à Rio Gallegos n’entament en rien sa détermination. Pour lui, Ushuaïa est le lieu idéal pour y rencontrer d’autres motards venus de tous horizons. C’est aussi, déjà, le point de retour de son voyage. Pourtant, il lui reste encore à parcourir le Chili, l’Argentine, la Bolivie, puis le Pérou avant de revenir à Buenos Aires.

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Reportage - Voyage
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Si les étrangers que nous rencontrons chevauchent des machines plutôt récentes et modernes, notamment des Kawasaki 650 KLR, des Suzuki V-Strom et toutes sortes de BMW GS, les Argentins moyens ne sont pas logés à la même enseigne. La période des fêtes de fin d’année correspond au début des vacances scolaires d’été. Les Renault 12, Peugeot 504 et autres Ford Falcon avec leurs galeries débordantes de bagages, sans oublier ces camping-cars hors d’âge, en fait de vieux camions ou bus aménagés avec les moyens du bord, nous replongent dans les années 1970. Tels des voyageurs à travers le temps, en attendant que nos muscles engourdis par cette lutte incessante contre le vent se relaxent, nous observons cette foule qui gravite autour des différents services que propose la station. Et s’il en est un qui détient de loin le record de fréquentation, c’est bien le distributeur d’eau chaude  ! Les Argentins sont en effet de très grands consommateurs de maté, une infusion qu’ils sirotent à longueur de journée. Y compris en conduisant, d’où cette occasion rêvée de remplir leurs thermos.

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Attention, guanacos. Nous nous rapprochons lentement de la ville la plus australe de la planète. Nous longeons le détroit de Magellan, bordé d’une côte tout à fait banale, que seul le nom de son découvreur embellit. De l’autre côté, nous voici enfin en Terre de Feu, sans que le paysage ait changé pour autant. De la pampa à perte de vue. Pour une centaine de kilomètres encore, le macadam cède la place à une piste couverte de gravier et corsée par l’habituelle tôle ondulée dont les vibrations secouent redoutablement la moto. La force du vent, associée au manque d’adhérence de la roue avant sur la piste, a tendance à faire déraper cette dernière et à entraîner la moto vers le bas-côté. Chaud  ! D’autant qu’il faut constamment surveiller les guanacos. Solitaires ou en groupe, ces lamas sauvages, dont le pelage a pris la teinte beige de la pampa, ont la fâcheuse tendance à nous couper la route au dernier moment. Les nandous, cousins des émeus australiens, eux-mêmes cousins des autruches africaines, leur emboîtent le pas, suivis des moutons qui semblaient pourtant parqués. Pas de tout repos, cette route…

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La fin du monde. Le bitume resurgit en changeant de pays. Ici, Chili et Argentine se télescopent bizarrement, et nous passons sans cesse de l’un à l’autre. Avec à chaque fois les mêmes formalités administratives. Plus que quelques petites centaines de kilomètres à parcourir. Au détour d’un virage, alors que nous longeons un lac majestueux et que les arbres ont fait leur réapparition, les montagnes enneigées de la cordillère des Andes surgissent. Un petit col permet de les franchir et de plonger dans une vallée qui va nous faire glisser vers la ville mythique comme sur un toboggan. Le GPS égrène à rebours les kilomètres restants, et l’excitation monte. 23 kilomètres, 15, 7… Le voici enfin, le panneau d’entrée dans «  la ciudad mas austral del mundo  ». Il vaut bien une pause photo, car le paysage est pollué par des empilements de conteneurs. Pas exactement ce à quoi nous nous attendions. Il faudra prendre un peu de recul pour apprécier Ushuaïa.

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Camping Rio Pipo. Selon nos informations, c’est ici que se réunissent les motards. Mais à notre grande surprise, quand nous arrivons, eh bien il n’y en a que deux… Deux Allemands. Même si ce mini-rassemblement du bout du monde va un peu s’étoffer à mesure que le 31 approche, il ne comptera pas plus d’une quinzaine de machines… Bien loin de ce que nous imaginions ou que le nombre de motos vues en route pouvait laisser supposer. Il suffit pourtant de se promener dans le centre-ville pour se rendre compte que d’autres passionnés sont bien au rendez-vous. Mais notre notion d’une concentration «  à l’européenne  » n’ayant pas cours ici, chacun y va de son hébergement favori. Hôtel, chambre chez l’habitant, auberge. C’est l’été, mais le climat, avouons-le, ne se prête guère au camping. L’ambiance estivale, à Ushuaïa, c’est quand il n’y a plus de neige dans les rues. Même si les quatre saisons peuvent encore se succéder dans une journée. En témoignent ces arbres couverts d’une neige fraîche, tombée la nuit dernière sur les montagnes qui surplombent le fjord au fond duquel la ville est blottie.

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31 décembre. Un groupe de quatre Français nous a rejoint, faisant de notre nationalité la plus représentée à la table de ce réveillon hors norme. Lequel s’organise après que l’on ait composé un menu et proposé de faire les courses. Il aurait certainement été dramatique de confier une telle mission aux Américains, aussi sympathiques soient-ils… Cette journée sera aussi l’occasion de visiter un peu la ville et ses alentours. Dernière balade à moto de l’année dans le parc national de la Terre de Feu, au fil des ultimes kilomètres de la route 3 qui a, ici, définitivement perdu son revêtement. Avant de s’arrêter à quelques mètres d’un bras d’océan, elle zigzague entre de multiples lacs au cœur d’une nature sauvage et inhospitalière. Le soleil couchant baigne les sommets tout proches d’une couleur orangée. Il est grand temps de rentrer réveillonner.

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La salle est comble. Les motos sont rangées sagement sous la garde de la croix du Sud, qui brille de toutes ses étoiles pour cette soirée sans nuage. Les motards occupent une grande table au fond de la salle. L’ambiance est chaleureuse. Naturellement, ce sont des histoires de voyages qui alimentent les conversations, avant que tout le monde ne se retrouve debout sur les chaises pour égrener les dernières secondes. 5, 4, 3, 2, 1... Bonne année  !!!

Alain ARNAUD - 16/02/2010

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