Pourquoi un ouvrage sur le circuit Carole ?
Il n’exisitait pas de livre sur ce circuit hors normes, dont l’histoire incarne celle de la moto en France. La FFM en a repris la gestion en 2012, et devient de fait le gardien du patrimoine. De nombreuses courses ont eu lieu à Carole, qui est par ailleurs un circuit social, bâti sur un modèle unique : il a été créé afin d’éviter que des motards ne se tuent.

Pouvez-vous nous rappeler ce moment particulier de l’histoire de la moto en France ?
En 1977, autour de Paris, il n’existait aucune infrastructure pour accueillir les motards. Ils tournaient dans la zone de Rungis, organisaient des runs et des courses sauvages dans un lieu qui n’était pas aménagé. Il y a eu 17 morts là-bas, la dernière étant Carole Le Fol, en septembre 1977.

Les motards ont alors manifesté pour demander la construction d’un circuit sécurisé, derrière Jean-Jacques Branfaux, créateur de l’Association des motards indépendants (AMI). Avec le soutien d’Yves Mourousi, célèbre présentateur du journal télévisé sur TF1, ils ont obtenu du gouvernement la création du circuit et le droit d’y tourner gratuitement durant un grand nombre de week-ends dans l’année.

Cette infrastructure quadragénaire est sans cesse sous la menace d’un déménagement, qui fait d’ailleurs l’objet d’un chapitre dans le livre. Alors, il va bouger quand, Carole ?
Le déménagement, on en parle depuis 1987, nous avons retrouvé un document de la préfecture de Seine-Saint-Denis qui en atteste. On ne peut garantir que le circuit sera encore implanté là où il est actuellement en 2022. Néanmoins, il y a de grandes chances qu’il y soit encore en 2020 ! Un site est prévu pour l’accueillir, non loin de là, mais pas encore aménagé.

La FFM a repris la gestion du circuit Carole en 2012. C’était urgent ? Comment va Carole en 2017 ?
C’est une petite entreprise qui emploie huit salariés. Une charge relativement lourde pour une fédération sportive, mais on s’en sort bien sur le plan économique : il est bénéficiaire à ce jour, alors qu’il perdait 300 000 euros par an auparavant. En cinq ans, la fréquentation a progressé. 90 % des utilisateurs sont des habitants d’Ile-de-France. Pour que cette structure soit viable dans le privé, il faudrait arrêter sa vocation sociale, qui est d’ouvrir gratuitement le circuit aux motards un week-end sur deux. Mais nous ne le souhaitons pas.

Serait-il possible de voir un nouveau Carole émerger ailleurs en France ?
Je ne le pense pas. On était dans les années 70, la société a changé. Le mouvement motard était très fort. Il avait une capacité de mobilisation incomparable. Les motards parvenaient à bloquer le périphérique tous les vendredis soirs pour se faire entendre ! A tel point que le gouvernement de l’époque a du agir. Aujourd’hui, les contraintes sont telles autour d’un chantier de ce type qu’il serait impossible de construire un circuit aussi vite.

Complément d’information

- Présentation du livre de la FFM sur le circuit Carole
- Interview de Zef Enault, auteur du livre : « un vrai travail d’investigation »

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