Histoire du Bol d’Or (2e partie) : 1969, le renouveau

Par Nicolas Baudon

1 septembre 2010

Le Bol d’Or 1969 est le Bol du renouveau… Renouveau de la course moto, renouveau de la moto en général. Année mythique qui voit l’arrivée sur le marché d’un « monstre » japonais : la Honda 750 quatre-cylindres. Ce Bol d’Or c’est aussi la « naissance » de l’un de nos plus populaires pilotes moto des années 70 : Michel Rougerie.

13 septembre 1969, autodrome de Linas-Montlhéry 15h, 54 machines de 250 à 750 cm3 prennent le départ du 33e Bol d’Or, avec en tête la Honda CR 750 d’usine n° 61 pilotée par Michel Rougerie et Daniel Urdich. Mais si la victoire de Rougerie/Urdich a fait beaucoup pour immortaliser ce 33e Bol d’Or, il ne faut pas oublier la poignée de passionnés qui, profitant du renouveau de la moto en France, avec notamment l’arrivée des japonaises, travaillèrent à faire renaître cette course.

Si l’on détaille la diversité des machines engagées (voir ci-contre), tant en marques qu’en cylindrées, on peut imaginer sans peine les questions que devaient se poser à l’époque les spectateurs. Les jeunes japonaises vont-elles faire mordre la poussière aux vieilles européennes ? Ce « combat » japonaises contre européennes marqua d’ailleurs le monde motard pendant de nombreuses années.

C’est une européenne qui est grande favorite de cette épreuve, la 750 Laverda usine n°80, pilotée par le pilote de Grand Prix André-Luc Appietto, associé à Jean-Pierre Naudon. En effet, en début de course les Laverda de Guilli-Bertrand et Appietto-Naudon vont batailler en tête avec la 750 Honda … mais la mécanique en décida autrement et ce sont des japonaises qui vont animer la course.

La 750 Honda de Rougerie-Urdich n’a pas la partie facile et elle doit repousser les attaques des trois 500 Kawasaki H1 qui étaient en embuscade. Ces trois machines étaient pilotées par les équipages Guénard-Morel (qui prirent un moment la tête, la nuit), Vasseur-Bargetzi et Huguet-Danzer. Les espoirs de victoire s’envolèrent pour les Kawasaki suite à de gros ennuis mécaniques. C’est finalement la jeunesse qui triompha. Jeunesse des pilotes (19 ans) et jeunesse de cette moto tout juste importée en France, qui allait devenir l’un des symboles du renouveau de la moto.

Pour la petite histoire, après sa victoire, Michel Rougerie est allé faire « le singe », pour Gérard Jumeaux (qui a lui aussi a couru le Bol, sur Guzzi), dans la course de side-cars qui doit clore ce week-end. Mais pas de chance, les deux amis terminèrent cette course en tonneau dans la ligne droite des stands !

L’histoire du Bol de Michel Rougerie …
La participation de Michel Rougerie au Bol 69 est due à trois coups de chance. D’abord sa rencontre avec Robert Assante. Ce dernier travaillait chez Jean Murit, et Michel l’a rencontré quand il venait y chercher des pièces racing pour son 305 Honda (Assante courrait lui aussi sur cette machine). Ils deviennent alors de très bons amis.
Ensuite Robert Assante devient le nouveau directeur commercial de Japauto et Michel est allé le voir pour de nouvelles pièces car il courrait les 1000 km du Mans, deux semaines avant le Bol d’Or. Lors de sa visite, il soumet une idée à son ami : convaincre M. Vilaséca (le patron) d’engager la nouvelle moto japonaise qui venait de sortir en Europe, la 750 Honda.

Il participe au 1000 km du Mans avec son copain Bibi, sur la 305 Honda, mais ils doivent abandonner sur casse. Ce jour-là c’est Ravel, sur H1R, qui gagne devant Urdich sur Honda 250 CB 72. Après la course Urdich passe chez Japauto pour rendre des pièces et il fait la même proposition que Michel concernant l’engagement de la 750 Honda. M. Vilaséca séduit par l’idée engage Urdich en 750, mais son coéquipier n’ayant qu’une licence junior (limitée à 250 cm3) ne peut pas lui aussi être engagé. Robert Assante pense aussitôt à Michel. C’est son 2e coup de chance.

La moto est rapidement et succinctement préparée (commandes reculées, bracelets, petit dosseret, pas de carénage mais une bulle, etc). Et Vilaséca la présente aux pilotes.
Le Jeudi précédant la course, le patron de Japauto entre dans l’atelier et dit à ses pilotes : « Demain, n’ayez pas l’air surpris quand vous verrez la moto !!! » Rougerie, Urdich et Assante se regardent, incrédules. La moto, ils la connaissent : c’est eux qui l’ont préparée et ils ne voient pas ce qui pourrait les surprendre.
Le lendemain, ils comprennent. Ce n’est plus la même moto qui est devant eux, mais la 750 Honda d’usine que M. Vilaséca a réussi à obtenir des Japonais.

C’est là que réside le troisième coup bol de Michel. En effet, la course se déroulant à Montlhéry, seuls les pilotes français peuvent y participer. Les pilotes d’usine étant anglais, l’usine décide donc de confier la machine à des Français. Tout le monde connaît la suite : Urdich et Rougerie gagnent la course.

Naissance d’un grand pilote
Pourtant tout ne fut pas si facile. Les deux pilotes manquaient cruellement d’expérience et Urdich refusa même un relais à la tombée de la nuit et sous la pluie. Il fallut l’intervention « musclée » de Mme Assante pour qu’il se décide à reprendre la piste. Mais paralysé par la peur, le pauvre Urdich est très lent. C’est une Kawasaki qui reprend alors la tête, celle pilotée par Guénard et Morel. Les Japonais de Honda demandent à Michel de reprendre le guidon et de tout faire pour repasser en tête.

Après un relais d’anthologie, Michel repasse en tête et, grâce à cet exploit et au jour qui revient, Urdich reprend confiance et l’équipage gardera la tête jusqu’au bout. Après cette course, Michel Rougerie prend une grave décision : il ne sera pas ingénieur en électronique, mais pilote de moto professionnel.

Vainqueurs du Bol d’Or 1969

-250 cm3 : Michel Bétemps et Pierre Lacorre (Kawasaki),
7e du classement général de l’épreuve.

-500 cm3 : Jean-Claude Guénard et Marcel Morel (Kawasaki),
2e du classement général de l’épreuve.

-Plus de 500 cm3 : Michel Rougerie et Daniel Urdich (750 Honda), vainqueurs du classement général de l’épreuve.

  • Sidecars: Joseph Duhem / François Fernandez (BMW).

Course annexe disputée après l’arrivée du Bol d’Or.

La Honda Japauto officielle de Rougerie et Urdich

Favorites au départ du Bol 69, les deux Laverda ne pourront plus tenir tête à la Honda n°61, ennuis mécaniques obligent...

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machines au départ du Bol 1969

13 Kawasaki (six 500 cm3, deux 350 cm3 et cinq 250 cm3), 9 Suzuki (une 500 cm3 et huit 250 cm3), 7 Ducati (une 450 cm3, deux 350 cm3 et quatre 250 cm3), 4 Triumph (650 cm3), 3 Guzzi (750 cm3), 3 BMW (une 750 cm3, une 600 cm3 et une 500 cm3), 3 Honda (750 cm3), 2 Laverda (750 cm3), 2 Yamaha (250 cm3, 1 Aermacchi (350 cm3, 1 Norton (750 cm3), 1 BSA (650 cm3), 1 Ossa (250 cm3), 1 Morini (250 cm3, 1 Velocette (500 cm3), 1 Jawa (350 cm3), 1 Bultaco (250 cm3).

Bol 69 : les engagés célèbres

Michel Rougerie. Qui allait devenir le grand pilote que nous connaissons.

Jean-François Baldé. Lui aussi allait devenir l’un des pilotes français les plus titrés. Il termine ce Bol 69 non classé (distance parcourue insuffisante). Il courrait sur Suzuki 250 avec Gilbert Guignabodet (autre famille de motards célèbres).

Christian Huguet. Futur pilote vedette en Endurance, il termina 3e de ce Bol 69, associé à Danzer, sur une Kawasaki 500 H1.

André-Luc Appietto. Il court déjà en Grand Prix sur sa Paton. C’est l’un des espoirs français de l’époque. Il se tuera sur le circuit de Bourg-en-Bresse le 7 mai 1973.

Olivier Chevalier. Il a 20 ans lorsqu’il participe à ce Bol 1969. On pressent déjà le talent d’Olivier qui commence à faire parler de lui. Il chutera mortellement le 6 avril 1980 sur le circuit du Castellet. Pour ce Bol d’Or, il est associé à André Kaci, autre pilote de vitesse qui s’illustra dans les années 70.

Jean-Paul Boinet. Il n’a que 18 ans quand il participe à son premier Bol d’Or. Cette même année, il termine 4e du Critérium des Sports en 250 cm3. Les années suivantes, il deviendra l’un de nos meilleurs pilotes en catégorie 750 cm3.

Pierre-Louis Tebec. Cnnu comme pilote et constructeur. On retrouvait ses motos (PLT) sur les circuits, avec au guidon des pilotes célèbres comme Patrick Pons. Pour le Bol 69, il était associé à Lhéraud.

Thierry Tchernine. Futur pilote de Grand Prix, spécialiste des 125 cm3. Il termine ce Bol 1969 à la 17e place, associé à Fougeray (autre grand nom de la moto) sur une Norton Gus-Kuhn. Thierry est décédé en février 2010.

Christian Léon. Futur grand de l’Endurance (et de la vitesse). Il termine 27e sur une 250 Ossa, associé à Ribes. Christian Léon se tua le 8 novembre 1980 sur le circuit d’essai de Suzuki au Japon.

Eric Offenstadt. Futur pilote 500 et monoplace, préparateur de génie. Il finit non classé, sur une Kawasaki 250, associé à Mosnier.

René Guilli. Futur pilote formule 750 cm3, connu pour ses « résurrections » miraculeuses, suite à de graves chutes. Il a abandonné dans ce Bol 69, suite à une casse de sa Laverda 750.

Christian Ravel. LE champion français de ces années, fin 69 début 70. Il pilotera en GP 500 sur Kawasaki, il se tuera à SPA en 1970. Au Bol 69, il faisait équipe avec Vanini sur une 350 Kawasaki. Ils abandonnèrent.

Christian Bourgeois. Futur journaliste, pilote de Grand Prix et futur directeur de Kawasaki Europe. Il abandonnera le Bol 69 sur la Triumph Dresda 650 qu’il partageait avec Gilles Mallet.

Jean-Pierre Frisquet. Futur journaliste, l’un des « pères » de Moto Journal (qui naîtra deux ans plus tard), plus connu sous le surnom de « ZinZin ». Il se classa 11e de ce Bol 69, en compagnie de Henard.

Jean-Claude Olivier. Futur grand patron de Yamaha Motor France, pilote lui-même (participations au Dakar). Il était au départ de ce Bol 69 (également en 1970) en compagnie du pilote Jean Auréal qui venait de remporter au Mans le GP de France 125. Sur 250 Yamaha TD2, ils terminèrent 33e et derniers de ce Bol 69 après avoir cassé leur boite de vitesses en pleine nuit.

Patrick Tran Druc. Le frère ainé de Fred de « la carte postale » de Moto Journal et actuel rédacteur en chef de France Moto, le magazine de la FFM. Associé à Hauguel sur une 250 Yamaha pour ce Bol 69, où ils abandonnèrent.
Anecdote, Fred Tran Duc a été remplacé durant la nuit par son frère Patrick…

Jean-Claude Bargetzi. Pilote (il gagna le Bol 1959) et journaliste à Moto Revue. Il est l’un des «pères fondateurs » de la Coupe Kawasaki.

Jean-Claude Costeux. Pilote de vitesse qui s’est déjà fait un nom parmi l’élite française. En 1969, il est sacré champion de France 500.

Gérard Jumeaux. Il est avant tout pilote de side car. Son épouse, Anne-Marie, organise chaque année le « Trophée Gérard Jumeaux » en hommage à son mari et à une certaine idée de la moto, faite de convivialité et de passion.

Charles Krajka. Spécialiste de la marque Moto Guzzi, Charles est une figure emblématique de la moto en France.

Gilles Mallet. Journaliste et futur premier rédacteur en chef de Moto Journal. Associé à Christian Bourgeois il a abandonné au Bol 69 au bout de 6 heures de course sur une Triumph Dresda.

François Beau. Il faisait partie de la même bande de motard que Christian Lacombe. Futur photographe de Grands Prix. Commentaire de François : « J’ai fait le Bol en 1969. Malheureusement, nous avions cassé le moteur de la BM au 1000 km du Mans, la semaine précédente, et nous n’avions pas le temps de le réparer. C’était une BM Fath, la moto que j’utilisais sur route. Joël Endewell nous a prêté un vieux moteur de son side de course, mais il a cassé après 7 heures. » François faisait équipe avec Jean-Pierre Drexler (rédacteur en chef de la revue Les Motards).

 

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