Depuis le 1er avril 2011, l’accès à la profession de taxi-moto a été réglementée. Le point sur l’intérêt de ces mesures et sur l’avenir de la profession avec un homme au franc parlé, Thierry Menin, président de la jeune fédération des transports à 2-roues.
La réglementation oblige les professionnels à posséder : une « carte professionnelle », un certificat d’aptitude physique (visite médicale), une moto de moins de 4 ans et au moins six points de permis (pas de probatoire).
Contrairement à ce que craignaient les professionnels à l’époque, cela n’a pas diminué l’engouement pour ce métier. Thierry Menin, président de la Fédération nationale des transports à deux-roues (FNTDR*), répond à nos questions concernant la profession des transporteurs à titre honoraire de personne, plus communément appelé taxi-moto.
Moto Mag : La réglementation était-elle utile ?
Thierry Menin : Je pense que oui, cela a permis de régulariser la situation des taxis moto, en définissant des règles qu’il n’y avait pas jusque-là. Cela a aussi officialisé l’existence des taxis moto et permis de légaliser la profession en l’encadrant juridiquement.
Ils ont un avenir s’ils respectent l’ensemble des usagers de la route et entre autre les motards de province qui se rendent au salon avec le même style de moto. Ceux-ci se font insulter parce qu’ils respectent le code de la route. Nous roulons aussi entre les filles mais avec bon sens et respect (...)
(**) Boers (argot). Les policiers du « groupe taxi transport de personnes » de la préfecture de police, plus connus sous le nom de « Boers », sont chargés de contrôler les taxis et tous les professionnels du transport de personne.
Qu’est ce que cela change sur le terrain ?
Aujourd’hui il y a des gens qui ont disparu, ceux qui ne pouvaient pas se mettre en règle. Cela a permis d’assainir la profession et de lui donner un petit peu ses lettres de noblesse. Les clients savent maintenant que ceux qui conduisent la moto sont des gens sérieux et reconnu par l’État.
Le métier de taxi est-il dangereux ?
Non, on n’est pas une population accidentogène. C’est pour cela que les tarifs sont maintenus par l’Assurance mutuelle des motards (AMDM). Les seuls accidents qui peuvent exister sont dus aux automobilistes, plutôt que de la responsabilité du conducteur. Nous rencontrons les mêmes risques que les autres usagers en deux-roues, comme les fautes de conduite, les gens qui ne regardent pas dans leur rétroviseur, le changement de file sans clignotant ou ceux qui font carrément demi-tour…
Les véhicules sont majoritairement des Honda 1800 Goldwing, c’est difficile de circuler avec ?
Même si nous avons un véhicule plus imposant qu’une moto traditionnelle, cela passe très bien. Un Goldwing est extrêmement maniable et en plus sécurisant pour les clients. Et cela leur apporte un confort de circulation comme les sièges et dossiers chauffants, la radio, l’intercom…
Y a-t-il eu des déviance dans la profession ?
Il y en a eu et malheureusement il en existe toujours, mais je dirais qu’à 95 % on a clarifié la profession.
Vous avez souvent des contrôles fait par les Boers** ?
Oui ! très régulièrement. Il y a eu un pic lorsque la loi a été promulguée en avril. Ensuite cela s’est un peu calmé. Aujourd’hui il y a de nouveau des contrôles sur les gares, les aéroports, mais c’est cyclique.
Cela vous apporte quoi d’avoir créé la FNTDR ?
L’ensemble des professionnels va pouvoir se regrouper autour d’une seule entité. Nous sommes reconnus par les instances, les assureurs, cela nous donne une assise pour être un interlocuteur de poids auprès de médias et des assureurs. C’est au travers de la FNTDR, en tant que professionnels, que nous avons pu conclure un accord de partenariat avec l’Assurance mutuelle des motards.
Nous sommes aujourd’hui pas loin d’une cinquantaine , mais on espère le ralliement de certaines professions, comme celle des guides moto.
Et qu’est ce que cela apporte d’avoir conclu, en octobre dernier, un accord avec l’Assurance mutuelle des motards ?
Cela apporte une assurance professionnelle, reconnue, avec des garanties qui correspondent au métier. Un interlocuteur unique, avec des gens qui sont compétents en la matière. Bien sûr, il y a d’autres assureurs mais jusque-là, même si l’AMDM n’est pas la mieux placée au niveau tarifaire, elle a fait preuve d’efficacité dans les remboursements et la gestion des sinistres. Ce qui n’est pas toujours le cas des autres. Leurs tarifs sont peut-être inférieurs mais par contre ensuite, c’est sans commentaire.
Taxi moto, c’est une profession d’avenir ?
D’ici quelques années, nous allons certainement voir cette profession en augmentation, surtout qu’il ne faut pas oublier qu’en province ce métier n’a pas vraiment démarré. Il y a des balbutiements, comme en région Paca, mais on ne peut pas dire que le marché s’est vraiment développé. En contrepartie, il ne faut pas non plus rêver, à un moment le marché sera saturé.
C’est un métier rentable ?
Oui ! Celui qui sait bien gérer peut s’en sortir.
Comment vous entendez-vous avec les professionnels des taxis auto ?
Pas trop mal finalement ! Au départ il y a eu des tensions mais, très honnêtement, maintenant cela se passe bien. Ils ont une image des taxis moto qui n’est plus du tout celle du début. Nous sommes pas directement des concurrents.
Frédéric Brozdziak - 05/12/2011
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