En images

visuel visuel visuel visuel visuel

C’est le propriétaire de la Tesla S 85 D lui-même qui a contacté la FFMC et Moto Magazine : Laurent Capillon, conseiller indépendant en électromobilité, parcourt 70 000 à 80 000 km par an dans le confortable intérieur cuir de sa berline noire et furtive. Une voiture qui est capable de circuler en mode autonome de niveau 2…

Rappel des différents niveaux d’autonomie sur un véhicule particulier
1- assistance au conducteur : l’ordinateur de bord peut gérer la vitesse ou la direction ;
2- conducteur superviseur : l’ordinateur de bord peut gérer la vitesse et la direction ;
3- délégation totale de la conduite dans des situations prédéfinies : assistance au stationnement, embouteillage… ;
4- plus de conducteur dans certaines situations prédéfinies, avec contexte limité et situation, comme le stationnement en autonomie ;
5- voiture totalement autonome (plus de conducteur) : Google Car…

Technologie embarquée
Comment fait-elle pour s’intégrer à la circulation extrêmement dense des voies rapides urbaines ? Cette voiture embarque des capteurs et sonars dont les données, synchronisées par l’ordinateur de bord, sont analysées en temps réel.

Elle lit les panneaux de limitation de vitesse et le GPS ; en revanche, elle est incapable d’interpréter les feux tricolores. Le mode autonome niveau 2 n’est opérationnel que sur voie rapide, avec des lignes continues ou discontinues correctement marqués. Sinon, la voiture rend la main à son conducteur.

« L’enjeu pour l’usager n’est pas de se déconnecter complètement de la conduite, précise Laurent Capillon. En mode autonome, je conserve toujours un minimum d’attention. Par exemple, je ne sors pas mon ordinateur pour travailler. En revanche, je décompresse, je me détache de la concentration nécessaire à la conduite. Sur un trajet de 800 km, le niveau de fatigue est réduit ».

Changement de file
Sur le périphérique, l’expérience est spectaculaire : on discute avec le conducteur qui n’a pas les mains sur le volant. La voiture gère seule le freinage et l’accélération et s’adapte à la densité de la circulation. Elle est même capable d’opérer un changement de file, si le conducteur actionne le clignotant.

Interaction avec les motos et scooters
Mais il y a un point que la Tesla gère de manière approximative, c’est la relation avec les deux-roues motorisés (2RM) qui circulent entre les files. Car les capteurs de la voiture l’alignent automatiquement au centre de sa file. Elle est calée, sans jamais se décaler… Résultat, aux endroits où les files sont étroites, motos et scooters ont du mal à passer.

Les conducteurs font des appels de phare, klaxonnent pour demander à l’auto de se pousser vers la gauche (ou la droite), sans succès. L’interaction n’amène toutefois pas à l’accident, juste à ralentir.

La Tesla n’induit pas en erreur, elle ne bouge pas, c’est tout. Mais elle ne fait aucun écart intempestif, sauf si un véhicule serre un peu trop, auquel cas elle s’en éloigne. Ainsi, quand une voiture circulait très près de la ligne discontinue, à notre droite : la Tesla s’en est éloignée en serrant davantage à gauche, et a repris sa position en milieu de file ensuite.

Autre problème que la voiture autonome a du mal à gérer, le « train » de 2RM entre les files : si une dizaine de 2-roues se suivent et dépassent alors que le conducteur de la Tesla a demandé à changer de file, l’ordinateur identifie des obstacles et ne donne donc pas l’ordre de déboîter. La Tesla reste coincée dans sa file. Cela peut durer longtemps.

S’adapter à ce nouveau mode de circulation
Cette expérience prouve que le système, s’il est au point techniquement, manque encore d’une adaptabilité à une situation spécifique, telle la circulation interfile des 2RM qui est autorisée en France (c’est en phase d’évaluation dans 4 sites dont le périphérique parisien) et en Belgique.

« Il est important de sensibiliser les conducteurs de 2-roues à ce phénomène de la voiture autonome, demande Laurent Capillon. Ils vont en rencontrer de plus en plus et tout le monde a intérêt à anticiper plutôt qu’à subir ».

Quid des motos dans une file de véhicules autonomes ?
Cet essai nous pousse à réfléchir à l’intégration des motos et scooters, avec leur mode de conduite spécifique, leurs trajectoires propres, dans un flot de véhicules autonomes. Ce n’est pas pour demain, mais après-demain…

Cette réflexion, la Fédération européenne des usagers à moto (FEMA) la mène actuellement : fin 2016, elle a exigé du service qui est chargé pour l’Europe d’homologuer des véhicules autonomes, d’intégrer les 2RM dans les phases de tests. C’est la moindre des choses.

Complément d’information

- Lire l’article Europe : les 2-roues seront intégrés aux tests sur les voitures autonomes

Publicité
Publicité