La nouvelle campagne de la Prévention routière pointe du doigt, avec humour, l’individualisme dont font preuve une grande partie des usagers de la route.
Le 3 juillet 2006, la Prévention routière lançait sa nouvelle campagne de sensibilisation. Elle pointe du doigt la mauvaise foi générale des usagers de la route. Chacun rejettant sur « l’autre » la responsabilité de la gêne et du danger. Une attitude d’autant plus palpable en ville, où tous les types de transports se côtoient.
C’est à Paris et dans les grandes villes de province que cette campagne sera le plus visible, puisqu’elle est essentiellement orientée sur la circulation en ville. Cependant, les mille balises de la Prévention routière et les panneaux municipaux d’une soixantaine de communes s’en feront aussi le relais pendant l’été.
Cette campagne s’appuie sur le constat que le milieu urbain génère stress et irritation. Elle est aussi fondée sur une étude, commandée par la Prévention routière, sur le thème « Regards croisés entre les différents usagers de la route ».
Etudiant en communication/publicité, je suis amusé de voir comment cette « réclame » est rédigée. Si vous vous attachez à chacun des mots de cette annonce, vous vous apercevrez que le motards n’est mis en cause à aucun moment, comme si la sécurité routière (ou son agence) avait voulu volontairement (...)
La Sécurité routière est un organisme de l’État. Ce n’est pas le cas de la Prévention routière qui est une association de type loi 1901.
Reconnue d’utilité publique depuis 1955, elle se donne pour mission de réduire le nombre et la gravité des accidents de la circulation. Elle encourage toute initiative en ce sens, et cherche à faire évoluer les comportements des usagers.
Elle n’est certes pas complètement indépendante, mais 60% de son budget provient du montant des cotisations de ses adhérents et donateurs (160.000 adhérents, dont 30.000 entreprises). Les 40% restants proviennent des subventions de sociétés d’assurances et des collectivités territoriales.
Elle intervient dans les écoles pour dispenser des séances d’éducation routière. Lorsque c’est pénalement possible, elle propose des stages de sensibilisation, dans le cadre du permis à point, en alternative aux poursuites.
La Prévention routière milite avant tout pour la prévention et la formation. Une présentation complète des actions qu’elle mène est disponible sur son site.
Le site de la Prévention routière : www.preventionroutiere.asso.fr
En avril dernier, six réunions ont été effectuées à Paris, Tours, Lille et Marseille. Elles étaient constituées de piétons, d’automobilistes, de motards, de cyclistes et de conducteurs professionnels de véhicules utilitaires.
Objectif : recenser les difficultés rencontrées pour cohabiter sur la route, et discerner les reproches de chaque catégorie envers les autres. Résultat : chacun tend à attribuer aux autres types d’usagers les comportements inadaptés ou dangereux.
Les tensions qui se créent en agglomération se font toujours au détriment des plus fragiles. Ces cinq dernières années, la baisse du nombre de piétons ou usagers de deux-roues (motorisés ou non) blessés ou tués en milieu urbain est loin d’être égale à celle des automobilistes.
La Prévention routière constate que chacun voudrait garder le monopole de « son » territoire. Elle souligne aussi que « les deux-roues motorisés revendiquent une liberté qui est mal comprise par les autres usagers ».
« Sur la route, chaque oubli, chaque maladresse et même chaque hésitation de l’autre sont vécus par celui qui les "subit" comme des atteintes à sa liberté de circuler. Des pseudos agressions qui trouvent leur origine dans la répartition manichéenne des conducteurs en deux groupes antagonistes : les "bons", respectueux du Code de la route, et les "mauvais", infractionnistes impénitents », souligne avec justesse Paul Barré. Évidemment, chacun a tendance à se classer dans la catégorie des « bons », et c’est toujours l’autre qui commet les erreurs.
Un sentiment qui tourne souvent à un égocentrisme en totale contradiction avec la notion d’espace public partagé. Et qu’est-ce que la route, sinon un espace public ?
Cette sorte de paranoïa crée une incivilité qui s’observe au quotidien : gestes grossiers, insultes... Des comportements qui peuvent engendrer une conduite dangereuse. La violence physique est la dernière étape d’une situation qui s’envenime : on descend alors de son véhicule pour « s’expliquer ». Même si cette extrémité est relativement rare, elle n’en demeure pas moins existante.
La Prévention routière se garde de fonder sa communication sur une conception purement textuelle des règles de comportement. Elle semble considérer, à raison, que le Code de la route ne constitue pas l’unique gage de sécurité sur la route. De fait, nombre de règles informelles y contribuent.
Dans son approche de l’attitude des usagers de la route, et par le biais de sa campagne, elle rejoint ce qui constitue un des principaux chevaux de bataille de la FFMC (Fédération française des motards en colère), à savoir le partage de la route par tous et le respect mutuel.
Nous ne pouvons que nous féliciter de constater que la Prévention routière, pour tenter d’améliorer la sécurité sur les routes, ne base pas son discours sur l’effet d’annonce et la politique spectacle. Des méthodes chères à certains décideurs politiques. Loin de brandir des chiffres alarmants et de préconiser la répression à tout va, elle fait appel au bon sens et à la responsabilisation de chacun. Rassurant en ces temps de Contrôle-sanction automatique.
Grégoire Acerra - 06/07/2006
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