En images

Interview Dominique Voynet : Interview Voynet : la moto électrique est limitée Itw Voynet : sa première bécane, une moto verte… Dominique Voynet, maire de Montreuil, a pratiqué la moto

Ce véhicule représentait un puissant vecteur de cohésion du groupe. J’habitais Belfort (90), et c’était le seul moyen de transport abordable qui permettait à une jeune femme de se libérer. Je m’en servais d’une manière utilitaire, mais aussi pour partir en vacances. On voyageait, c’était un mode de déplacement pas cher, souple et convivial.

Continuez-vous d’utiliser ce moyen de transport ?
En région parisienne, j’ai recours aux moto-taxis. C’est plus futé que la voiture, car ils permettent d’arriver à l’heure. Je prends les transports en commun, mais quand il faut faire trois changements de métro, ou bien à des heures particulières, c’est pratique. Je crois être la seule maire d’une ville de plus de 100.000 habitants qui ne dispose pas d’une voiture de fonction. Mais nous venons de recruter un chauffeur en Suzuki Burgman 650. Nous avons recours à ses services pour les déplacements dans l’agglomération parisienne.

Êtes-vous prête à favoriser l’usage de la moto ?
Je suis étonnée que vous me posiez la question ainsi. Il n’existe pas un usage de la moto, mais des usages. Je ne vois aucun point commun entre la personne qui effectue un trajet domicile-travail une fois par jour, le conducteur utilisant sa machine pour des balades le week-end ou des voyages, et celui qui pratique la moto sportive.

Que pensez-vous de la croissance du nombre de deux-roues en ville ?
Il n’est pas lié à la passion pour la moto, mais à l’aspect utilitaire d’un véhicule. Celui-ci conduit des automobilistes non formés sur des deux-roues. La plupart sont des quadragénaires, n’ayant pas conscience que le trafic a changé depuis leurs 18 ans. Ils sont juste dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Il faudrait une formation adaptée à ces nouveaux conducteurs.

Vous êtes maire écologiste d’une commune de 100.000 habitants. Comptez-vous interdire le centre-ville aux véhicules à moteur ?
Le droit de circuler est fondamental, personne ne peut l’interdire. Le péage urbain restreint l’accès à la ville par l’argent. Cette idée ne m’intéresse pas. En revanche, je suis favorable à la mise en place des Zones d’action prioritaires pour l’air (Zapa).

De quoi s’agit-il ?
C’est un appel à projets de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), destiné à améliorer la qualité de l’air dans certaines zones très polluées. Le périphérique parisien pourrait être l’une de ces « Zapa ». Limiter la vitesse, la puissance des véhicules ou bien interdire l’accès à certaines catégories très polluantes serait possible. Mais ce n’est pas à un seul maire de décider d’un tel projet. On est à des années d’une application concrète.

En tant qu’élue, c’est impossible de favoriser la pratique du 2RM par rapport aux transports en commun ?
À Montreuil, une grosse partie de la population n’a pas les moyens d’avoir une voiture ou un deux-roues. La préoccupation première de la maire est de s’occuper des populations défavorisées. De trouver un mode de déplacement pour une jeune femme enceinte et sans emploi.

Les motos sont-elles plus polluantes que les automobiles ?
On ne peut pas affirmer que tel ou tel véhicule pollue plus qu’un autre. Tout dépend de l’usage qu’on en fait, comment on la conduit. La moto consomme du pétrole, et rejette des polluants dans l’air. En contrepoint, elle contribue à fluidifier le trafic routier. Mais elle fait également du bruit. Et ses émissions sonores dépendent du comportement de son conducteur… Avec le même véhicule, on peut réveiller tout Paris à trois heures du matin, ou bien de rouler apaisé.

Croyez-vous au véhicule électrique ?
C’est très cher. C’est un usage de niche, au sens où l’autonomie n’est pas très importante. L’utilisation des batteries et leur recyclage pose des problèmes. C’est une niche limitée, destinée à un usage précis.

Il n’existe pas de réponse simple à la problématique de l’environnement ?
Hélas non. Soyons intelligents. J’ai tendance à penser qu’il y a des motos trop consommatrices pour un usage urbain. Si on doit limiter l’accès de certaines zones à des voitures trop polluantes, on doit le faire aussi avec les motos trop polluantes. Cela donnera peut-être envie à certains utilisateurs d’adapter la puissance de leur machine, et leur consommation, à leur usage réel.

Concevez-vous que la population motocycliste puisse avoir des préoccupations écologiques ?
Une partie, oui, comme toutes les composantes de la population.

Les pratiquants de moto tout-terrain peuvent-ils être écologistes ?
Là encore, il y en a. Cependant, se promener simplement dans la nature ne relève pas d’une démarche écologiste. Surtout si la pratique d’une activité conduit à saccager la nature qu’on prétend aimer. Le porteur du fusil, celui qui dit aimer tant les animaux qu’il leur tire dessus, je ne suis pas d’accord. C’est encore un problème de comportement. Il y a des espaces fragiles, où certains oiseaux se reproduisent, où certaines plantes ont besoin d’être protégées. Il faut les interdire à la pratique des sports mécaniques. Au-delà, la cohabitation entre promeneurs et motocyclistes se passera bien s’il n’y a pas d’abus. C’est comme le jet-ski : le type s’éclate comme une bête sur la mer, il est heureux mais fout en l’air les vacances des autres baigneurs. Si le motard fait un petit signe au randonneur et coupe les gaz à son passage, la cohabitation se passera mieux.

Vous avez conduit une moto dans votre jeunesse. Maintenant, vous ne le feriez plus ?
Après l’expérience ministérielle, je m’étais jurée de passer le permis. Finalement, je n’ai pas eu le temps. Cela reste un fantasme. Sur mon lieu de vacances en Bretagne, j’ai une Yamaha 125 cm3, achetée 50 €. Mais je ne l’utiliserai pas dans la circulation parisienne.

À 50 €, il doit être polluant !
Il roule 400 km par an…

 - 
Publicité
Publicité