Régler correctement ses phares de moto
Par Nicolas Baudon
Philippe Dakskobler
3 janvier 2015
Les motos ne sont pas toujours bien loties en matière d’éclairage. Pour ne pas être surpris la nuit par un phare façon lampe de poche, ou éblouir les autres, entretien et réglage précis sont de mise.
Le symptôme d’un éclairage déficient est principalement la sensation que « ça pourrait éclairer mieux ». Mais la première démarche vise à savoir si « ça éclaire où il faut », c’est-à-dire en face et à la bonne hauteur. Le faisceau lumineux ne doit pas illuminer le bitume à quelques pas devant, ou au contraire le sommet des arbres, ou encore le fossé gauche.
Les modes d’ajustage
Sur certaines motos, souvent des anciennes, le phare est juste maintenu entre ses pattes. Il suffit donc de donner un peu de mou aux vis pour l’orienter correctement, et bien resserrer pour conserver le réglage.
Les modèles plus récents comportent un réglage fin par vis ou par molette. Ces vis sont parfois logées dans l’épaisseur de l’entourage chromé du phare, il y en a une pour la hauteur et une pour le latéral. Les motos carénées, elles, ont en général des molettes à l’intérieur du tête de fourche, souvent peu accessibles…
Et sur certaines motos modernes (sportives, GT…), le bloc optique fait partie quasi intégrante de l’habillage et la marge de réglage est parfois très réduite. Dans ce cas, si le faisceau est impossible à orienter, soupçonner une éventuelle déformation des supports d’habillage consécutive à une chute…
Réglage de base
La vérification se fait à l’arrêt, assis sur la moto non béquillée, face à un mur. Sur ce mur, il aura été tracé une bande horizontale, à la hauteur précise mesurée au centre de l’optique de la moto. La limite haute du pinceau lumineux du « code » doit se situer sous cette bande, précisément 3 cm en dessous d’elle pour chaque mètre de distance entre la moto et le mur (soit 9 cm en dessous, si la moto est à 3 m du mur…).
Pour vérifier le réglage latéral, la moto doit de plus être sur une ligne parfaitement perpendiculaire au mur, et le centre du faisceau pointer là où cette ligne fictive croise la bande tracée au mur, ou très légèrement à droite. Enfin, les garagistes auto possèdent généralement l’appareil adéquat, mais il ne s’adapte pas toujours à la hauteur d’une optique de moto.
Modifications selon l’usage
Il est parfois nécessaire de modifier le réglage en fonction de la charge de la moto (passager principalement)… Mais la mauvaise hauteur d’éclairage n’est alors qu’un des symptômes : en fait, toute la moto est déréglée. Trop basculée sur l’arrière, elle perd beaucoup de précision et de stabilité. Mieux vaut donc dans un premier temps resserrer le ressort arrière, puis éventuellement corriger l’éclairage. A contrario, si à l’approche des virages le freinage fait piquer du nez au point de ne plus éclairer que son garde-boue avant, ne réglez pas le phare vers les étoiles pour compenser…
Vérifiez plutôt si la dureté de la fourche est ajustable. À défaut, adoptez un niveau d’huile légèrement plus haut ou changer des ressorts affaissés ou trop souples d’origine…
Un phare plus puissant
Mettre une ampoule de 100 W est tentant mais déconseillé. Certaines optiques (synthétiques) ne résistent pas à un échauffement 66 % plus élevé qu’à l’origine ; elles peuvent donc fondre, et coûtent très cher.
Le faisceau, lui aussi, peut fondre, se dénuder, et mettre le feu ! De plus, les ampoules 100 W que l’on trouve sur le marché sont de qualité aléatoire.
Si le filament n’est pas exactement à sa place, le faisceau est alors dispersé. On perd donc énormément de lumière, parfois plus que ce qu’on gagne en puissance électrique, et le reste part dans les yeux des autres usagers… Il ne faut donc pas s’étonner que ces ampoules soient interdites.
Pour choisir une bonne ampoule, mieux vaut en tester des classiques 55/60 W de plusieurs marques. Si l’une présente une amélioration significative, la retenir et garder les autres en dépannage.
Traquer les pertes
Une bonne piste pour assurer la puissance de l’ampoule d’origine est de vérifier qu’elle reçoit bien toute la tension prévue, sans perte. Pour ce faire, mesurer cette tension (volts), aux bornes mêmes de l’ampoule, pendant que celle-ci fonctionne. Il faut pour cela dégager la prise qui alimente le phare, mettre provisoirement une autre ampoule dessus (si celle de la moto est difficile à retirer), et lire la tension.
Puis comparer cette tension avec celle relevée aux bornes de la batterie dans les mêmes conditions, c’est-à-dire phare allumé. Si la tension à l’ampoule est inférieure à celle de la batterie, il y a une perte dans le circuit, dont il faut retrouver l’origine (mauvais contact dans le contacteur à clef, commodos, broches de branchement…).
À partir de 0,3 ou 0,5 V de différence, la perte de flux lumineux est très significative. Enfin, pour ne pas perdre bêtement de la lumière, penser tout simplement à nettoyer parfaitement la vitre du phare, y compris l’intérieur s’il le faut, avec un bâtonnet enroulé d’un chiffon imbibé d’alcool à brûler.
Autres éclairages
Outre le système d’origine, la loi permet l’installation de « longue portée » et « d’antibrouillards ». Les longue portée sont à positionner le plus haut possible pour éclairer loin, la loi prévoyant 0,50 m mini à 1,20 m maxi. A contrario, les antibrouillards sont à placer très bas pour éclairer la route sous la nappe de brouillard. Limites légales : minimum 25 cm, et maximum à la hauteur du code.
Dans tous les cas, se faire aider d’un électricien pour alimenter ces feux supplémentaires par l’intermédiaire d’un relais puissant, jamais en direct depuis le circuit du code/phare, qui est juste calculé juste pour les ampoules d’origine. Une sécurité pour soi et pour les autres usagers.
A retenir
Un phare trop haut, trop bas ou pas en ligne, fait perdre beaucoup de visibilité nocturne.
Toujours régler au préalable la hauteur des suspensions avant et arrière.
Les ampoules trop puissantes (100 W par ex.) sont illégales et peuvent faire fondre le phare ou mettre le feu au circuit.











