Comparatif BMW F 800 ST / Honda Deauville 700 / Suzuki Burgman 650 (2006)
Par Axel Mellerin
20 mai 2006
La route en trois étoiles... Trois façons d’envisager le grand tourisme. De tarif équivalent et tous dotés de bicylindres, ces trois engins déclinent le grand tourisme chacun à sa manière. Honda reste sur une partition « classique » avec la nouvelle 700 Deauville, BMW chausse les baskets avec sa F 800 ST et Suzuki s’enhardit sur la vague du « gros scoot’ » tendance Pullman avec son Burgman 650. Une comparaison riche en enseignements et en surprises…
Il n’y a pas si longtemps, rouler sur une GT était un véritable luxe réservé à une élite motarde « aux revenus confortables »… Souvent haut de gamme, la moto de grand tourisme bénéficiait d’un équipement et d’une motorisation noble, qui n’allait guère dans le sens de la démocratisation. Tout change en 1997 quand Honda présente la 650 Deauville. Une GT au tarif serré, issue de l’utilitaire NTV.
-Le concept fait mouche (près de 10 000 ventes) et ne laisse pas indifférent la concurrence – jusqu’à BMW ! – qui propose, depuis peu, des véhicules revendiquant le label « GT » à un prix « OK ». Au petit jeu de « motard, dis-moi si je suis la plus belle », la BMW l’emporte haut la main ! Ses lignes modernes attirent les regards. Il faut certes y voir un effet « nouveauté » et une curiosité bien légitime à l’égard la nouvelle gamme « abordable » du constructeur bavarois.
| | POUR | CONTRE |
| BMW F 800 ST |+ Position de conduite
+ Partie-cycle
+ BMW « abordable » |- Rugosité moteur-boîte
– Protection
– Aspects pratiques |
| Honda Deauville 700 |+ Confort général
+ Rapport prestations/prix
+ Transmission douce |- Sous-motorisée
– Poids
– Nombreuses options payantes |
| Suzuki Burgman 650 |+ Performances générales
+ Finition
+ Rangements |- Largeur aux rétros
– Gabarit
– Prix |
]]
Mais la finition d’ensemble est correcte, l’ajustement des (nombreux) carénages entre eux respirent la « kalitat » et les divers traitements de surface n’appellent pas de critiques. En y regardant de plus près, certains détails laissent toutefois à désirer, à l’image des platines repose-pieds passager en tubes de chauffage aux soudures grossières… Mais ne boudons pas notre plaisir devant cette belle petite moto.
Nouveauté 2006 aussi, la 700 Deauville ne produit pas le même effet lorsqu’elle s’offre à nos yeux, et comme le confirme Yannick : « Ça a beau être une nouvelle moto, on a l’impression de l’avoir déjà vue… » Peut-être à cause de sa ressemblance stylistique avec la 1100 Pan European. Côté qualité de fabrication, c’est correct vu le tarif demandé mais la connectique électrique des poignées chauffantes et de l’ampli (tous deux en option) tient vraiment du bricolage…

Quant à porter un jugement sur le Burgman, tous préfèrent sortir leur joker. Difficile, en effet, pour nous motards, de juger objectivement de la « beauté » d’un scooter. On remarque plus facilement que l’engin est d’un gabarit généreux et qu’il y a vraiment beaucoup de plastiques (bien ajustés au demeurant…).
Prise en main : Surprise.
La position offerte par la BMW est bien plus sportive que ne le laisse imaginer son architecture. Si les jambes s’encastrent parfaitement dans les flancs de carénage et que la distance selle-repose-pieds (460 mm) est correcte, il faut légèrement basculer le buste pour atteindre le guidon. On se croirait au guidon d’une VFR 800 génération 1998-2002.
La « vraie » position GT, celle de sénateur qui vous fait dominer la route, c’est la Deauville qui l’offre. Selle large et épaisse, position et forme du guidon parfaites, carénage enveloppant au niveau des jambes… tout semble conçu pour entrevoir la route avec sérénité.
La palme de la position la moins académique revient à l’unanimité au Burgman. Cette dernière oscille entre GT (buste droit, fessier bien calé dans une selle large et moelleuse), custom (pieds en avant) et supermotard (guidon près du buste) ! Pas inconfortable dans l’absolu mais pour le moins déroutant.

Deuxième surprise, c’est la BMW et son petit côté sport qui s’affranchit le mieux des affres de la circulation urbaine ; légère, maniable, bien aidée par la souplesse de son bicylindre parallèle et disposant d’un rayon de braquage correct, elle se faufile entre les voitures avec l’aisance d’un roadster de moyenne cylindrée. Son centre de gravité assez bas (le réservoir d’essence est sous la selle) ferait merveille en ville si la direction ne se montrait « collante » à basse vitesse à cause de l’amortisseur de direction hydraulique (non réglable) et la transmission (embrayage et boîte de vitesse) rugueuse et bruyante.
-La Deauville ne s’en sort pas trop mal non plus mais elle est nettement moins à l’aise au petit jeu du « saute-bagnole ». Plus haute, plus lourde, elle demande plus d’attention à son conducteur lors d’une conduite « au pas » pour, par exemple, remonter au feu rouge entre les voitures. Par contre, sa boîte de vitesse et sa transmission secondaire par arbre et couple conique sont d’une douceur exemplaire, cas rare avec ce style d’architecture. D’autres constructeurs feraient bien de s’en inspirer…
Le moins à son aise en ville, c’est le scooter, quelle surprise ! Donné « gagnant » sur ce terrain par tous les essayeurs avant de quitter la rédaction, il s’est avéré pataud au milieu de la circulation. Il souffre de son embonpoint (280 kg !), de son gabarit et d’un empattement d’autobus ne facilitant pas le slalom urbain. De plus, la position de conduite ne permet pas de faire corps avec l’engin (en utilisant son propre poids) pour faciliter les manœuvres. Dommage, car l’ensemble moteur–transmission à variateur (en position D) est un régal. Le Burgman semble planer au-dessus de la route tel un tapis volant. Aucun bruit mécanique, aucune vibration parasite ne vient perturber ce vol à basse altitude.

Comportement : scoot toujours.
Véritable juge de paix pour évaluer les prestations GT, l’autoroute n’a fait aucun cadeau à la BMW… Malgré son carénage intégral, la protection frise le néant. Il est difficile de faire beau et efficace. Le carénage est trop étroit et la bulle trop basse. La moindre averse vous repeint, mais par météo clémente, on apprécie la position de conduite quasi parfaite de la teutonne. La Deauville, avec la bulle en position haute et quelques options (déflecteurs supérieurs et sabot protège-pieds, 362 euros le tout…) offre une protection digne de motos beaucoup plus chères…
-Calé à 140 km/h, rien ne vient perturber la monotonie autoroutière si ce n’est quelques vibrations en provenance du moteur et la vision du conducteur du Burgman, qui roupille derrière son guidon ! Bulle en position haute (à commande électrique), genoux rentrés et coudes le long du corps, Stephen, notre photographe, pourrait pousser jusqu’à Marseille et ses propos sont élogieux : Incroyable ce scoot, t’as l’impression de rouler « sous vide ». Tu ne sens plus d’air autour de toi ! C’est la position de conduite « droit comme un I » qui dicte les arrêts pour reposer le dos et les fesses. À 130 km/h, les moteurs de la BMW et du Suzuki ronronnent à 4 800 tr/min celui de la Deauville à 5 400 tr/min.
Enfin les petites routes… Passé Avallon, la troupe s’engage sur la D 944 en direction de St-Germain-des-Champs, Jean-Luc en profite sournoisement pour « coller » une valise aux autres au guidon de la BMW. Vive du train avant (ou est passé l’amortisseur de direction ?), légère sur les changements d’angles, stable en courbe, la F 800 est un régal et ne peut nier une conception de partie-cycle orientée sport. Autre atout, elle ne se désunit pas aux changements d’état de la route (revêtement, trou et bosses) ; en revanche, elle ne supporte pas la prise de frein sur l’angle qui la fait se redresser (bonjour le sous-virage…).
-Derrière, Yannick profite de la neutralité et de la maniabilité de la Deauville pour enquiller les virages à bon rythme, bien aidé par la neutralité du châssis, la relative fermeté des suspensions et d’une monte pneumatique performante en conduite rapide (Bridgestone BT 020) et assez étroite sur l’arrière (150 mm). Il doit quand même se battre avec une certaine inertie due à un centre de gravité haut perché. Et, malgré les qualités dynamiques de sa monture, s’appliquer pour ne pas se laisser distancer par le scoot’ !

La tenue de route du Burgman dans les enchaînements et autres courbes est en effet LA surprise de ce comparatif. Il est lourd, il est gros, il a des petites roues et sa répartition des masses est un scandale, mais il est étonnant d’aisance et d’assurance. Une énigme. Et un véritable pied de nez aux lois de la dynamique…
-Pire, les motards invétérés que nous sommes finiront par avouer avoir pris du plaisir à son guidon, à monter et descendre les vitesses en mode séquentiel et à racler béquille et dessous de tablier (munie d’un patin, type « slider », bien joué Suzuki…). Il perd néanmoins de sa superbe dès que le revêtement n’est plus « nickel », un comportement commun aux engins à « petites roues ».
Côté freinage, L’ensemble signé Brembo de la BMW est de loin le plus puissant. Son dosage on/off (pour l’avant) peut surprendre les moins aguerris et l’ABS s’est montré discret mais efficace sur les routes farcies de graviers. L’arrière reste un bon ralentisseur mais le toucher de pédale est peu précis. Le freinage couplé au pied avec ABS de la Deauville (système CBS-ABS) est le plus reposant au quotidien et sa puissance est suffisante en conduite « normale ». Suzuki ferme la marche de ce chapitre : les petites galettes avant (Ø 260 mm) peinent à stopper près de 280 kg (plus le pilote !) et le « retour » de l’ABS dans les leviers de frein est très désagréable. Il faut actionner les deux leviers à la fois pour obtenir un arrêt sûr.

Moteur : rien à l’horizon
En dépit d’une architecture commune, nos machines font état de tempéraments bien distincts. Le plus « transparent » est celui du Burgman. Difficile de juger un caractère avec une transmission par variateur, mais on constate une linéarité « électrique » dans sa prise de tours. Les 55 chevaux annoncés sont bien présents et propulsent le scoot’ avec une vigueur certaine en sortie de virage.
-Côté musique, passez votre chemin… Ou tendez vos oreilles au passage de la BMW dont le twin calé à 360° chante avec plaisir, reprend sur le dernier rapport à 2 000 tr/min et monte à son régime maxi (9 500 tr/min) avec conviction, mais sans passion… Un petit « coup de pied au cul façon twin » à mi-régime eut été le bienvenu ! Mais cette petite déception n’est rien comparée à celle du bloc Honda qui ne peut renier ses origines utilitaires. L’adoption d’une culasse à quatre soupapes ne semble pas avoir apporté grand-chose : le moteur reste fade, allergique aux montées en régime et bruyant. Et l’entendre « claquer » comme un moteur mazout sous cet habillage cossu est franchement incongru ! Dommage, car cette moto mérite franchement mieux !

Verdict
La plus grosse surprise de ce comparatif est à mettre à l’actif des prestations routières du Suzuki Burgman 650, proches d’une « vraie » moto ! Une qualité qu’il nous a bien fallu reconnaître malgré un a priori négatif pourtant bien chevillé dans nos âmes motardes.
-Il reste à passer la barrière psychologique du prix : dépenser près de 10 000 euros (9 899 euros pour être précis) pour un scooter apparaît encore difficile pour la plupart d’entre nous qui jugent en avoir plus avec une moto comme la Deauville, par exemple (facturée 9 300 euros avec ABS). Cette dernière reste une très bonne affaire (voire la meilleure) eu égard à ses prestations de GT au long cours, malgré un moteur trop juste côté puissance et agrément.
-De son côté, la BMW F 800 ST est exactement ce qu’elle prétend être : une sportivo-GT réellement polyvalente, équilibrée et ludique qui comblera le candidat au grand tourisme sportif ou l’ex-propriétaire de VFR ou de Ducati ST, lassé de la trop grande sportivité de la première ou du caractère trop exclusif de la seconde.
Avec la participation de Yannick Leverd et Jean-Luc Danglades.
À lire aussi
Consulter aussi
- Essai solo BMW F 800 ST (2006)
- Occasion HONDA 650-700 NTV Deauville (1997 – 2005)
- Occasion HONDA 650 NTV (1988-1998) Bilan occasion
- Essai solo Honda 700 Deauville (2006)
- Essai solo HONDA 650 Deauville (2002)
- Essai solo Suzuki 650 AN Burgman Executive (2004)
- Essai solo Suzuki 650 AN Burgman (2002)
Version papier :
Aspects Pratiques
- Commandes Les leviers de frein et d’embrayage sont tous réglables. Par molette sur le dessus des leviers pour les japonaises, par (petite) molette derrière les leviers pour la BMW, difficiles d’accès, surtout avec des gants. Pédale de frein et sélecteur réglables pour les deux motos. Appui lombaire de selle réglable en longueur pour le scooter, pratique pour les petits gabarits.

- Rétroviseurs Médaille d’or pour le Burgman. Bien (trop…) écartés, glaces larges, commande électrique pour les replier et aucune vibration : bravo ! Presque aussi bien sur la Deauville mais les régler en roulant est difficile : ils sont trop loin du pilote. Ceux de la BMW restent corrects, mais les bras masquent un tiers de la vision et ils vibrent légèrement aux alentours de 6 000 tr/min.
- Béquille Les latérales du scooter et de la BMW sont très difficiles à déployer assis sur les engins. L’ergot est trop court sur la teutonne et la béquille est « planquée » sous le plancher du Burgman. Aucun problème en revanche pour la Deauville, avec un ergot large et accessible. Les centrales sont stables et faciles à utiliser sur les trois mais c’est une option (à 110 euros…) sur la BMW
- Bagages et antivol Clefs codées (transpondeur) pour tout le monde. Valises intégrées sur la Deauville (54,1 litres) et deux vide-poches (dont 1 fermant à clef) de part et d’autre du carénage. Véritable « soute » sous le siège du Burgman plus deux vide-poches sur les côtés du tablier et une boîte à gants au centre. La BMW ferme la marche, avec juste un porte-paquet et pas de logement sous la selle. Pas de sacoche de réservoir magnétique pour le Burger (très drôle…) ni pour la BMW (faux réservoir en synthétique). Possibilité de couvercle de valise plus large pour la Deauv’ (en option) et de valises accordéon pour la BMW (170 euros).

Entretien courant
- Huile moteur Bouchon-jauge pour la BMW et la Honda, hublot de contrôle pour le Burgman, après dépose d’un élément de carénage. Remplissage accessible mais entonnoir indispensable (surtout pour le scooter). Le remplissage du moteur du Burgman s’effectue par la culasse original !

- Liquide de refroidissement Contrôle du niveau par une découpe dans le carénage droit pour la BMW. Dépose d’un cache plastique (1 vis) pour la Deauville et dépose du capot central de tunnel pour le scooter (1 vis). Appoint nécessitant la dépose du carénage droit sur la BMW (pas pratique).

- Batterie et fusibles Sous la selle pour le scooter et la Deauville, facile d’accès. Pas de fusible pour la BMW (multiplexage) mais l’accessibilité de la batterie nécessite la dépose de l’élément central de la carrosserie (8 vis Torx). Batterie au gel, sans entretien pour les trois.
- Tension de chaîne Sans objet pour le scooter et la Honda. Pour la BMW, tension de la courroie tous les 10 000 km, uniquement réalisable par un concessionnaire à l’aide d’un diapason : la tension s’effectue comme une corde de guitare, au son !
- Suspensions Aucune des trois fourches n’est réglable. La précontrainte de ressort s’effectue avec une clef plastique placée sous la selle pour la BMW et par molette sur la Honda (super-pratique). Détente hydraulique uniquement sur la BMW, par molette au bas de l’amortisseur. Précontrainte des ressorts sur le Burgman par clef à ergot, accessibilité difficile (pot d’échappement et transmission gênants).

Rouler en duo

Qui dit grand tourisme dit aptitudes au duo. C’est juste pour la Honda Deauville qui soigne son passager (ou sa passagère) : jambes peu pliées, poignées de maintien bien placées et selle confortable. Quand la bulle est en position haute, seuls de légers remous viennent frapper le casque si le conducteur est plus bas que le passager. La selle du Burgman, elle, offre un super-confort, mais la position « à cheval » avec les jambes bien trop écartées, en raison de la largeur de l’engin, n’est pas très adaptée aux longs parcours. La BMW, enfin, se défend bien malgré les appréhensions du départ… La petite « bosse » à l’avant de l’assise évite de glisser lors des freinages, les repose-pieds ne sont pas trop hauts et les poignées sont larges et correctement positionnées. Reste quelques vibrations (pas assez filtrées) qui fatiguent à la longue. Mais là, on chipote…
L’avis de Jean-luc
Roule en Yamaha FJR 1300

Bizarre… Amateur de pilotage, c’est avec le scooter que je me suis le plus amusé. Bizarre ! Bien calé sur la selle, les pieds en avant, j’ai vraiment apprécié la vivacité lors des changements d’angle sur petites routes ainsi que la garde au sol relativement élevée pour ce type d’engin. Sur les portions sinueuses, le mode « power » ou séquentiel de la transmission assure une tonicité au moulin qui m’a bluffé. Mon seul regret, la position de conduite qui martyrise le bas du dos sur mauvais revêtement. Sur le chemin du retour, je me suis même surpris à rêver d’un Burgman 1 000 cm3. C’est grave, Docteur ?
L’avis de Stephen
Roule en BMW K 100

Retour aux sources Cela faisait un petit moment que ma fibre motocycliste n’avait plus été émoustillée par une nouvelle BMW. À ma grande surprise, la 800 ST m’a enchanté. En l’enjambant, j’ai trouvé la position de conduite parfaite pour mon 1,80 m et la prise en main est facile. Mais ce qui m’a vraiment plu, c’est son moteur : rageur dans les tours, extrêmement coupleux et d’une belle sonorité. Cette « petite » béhème est une bonne moto homogène avec des good vibrations. Un retour aux sources, peut-être.





































