La route pour rejoindre les Dolomites depuis le nord de l’Allemagne passe par Burberg Im Allgäu, une petite ville tranquille proche du lac de Constance. En la traversant, il est impossible de rater la boutique Held placée sur le bord de la route principale. Blousons, pantalons, bottes, casques et accessoires frappés du logo ceinturé du noir, rouge et jaune du drapeau allemand sont soigneusement rangés dans les allées du magasin. Les motards de passage ne manquent pas de s’arrêter pour découvrir les nouveautés de l‘équipementier, implanté dans cette bourgade depuis 1946 !

À quelques centaines de mètres de là, d’autres bâtiments racontent l’histoire de la marque. Il y a cette ancienne caserne qui héberge l’entrepôt et les services administratifs puis l’atelier où la Held a assemblé ses tout premiers gants, équipements qui ont fait sa réputation.

Savoir-faire
Les gants, Bruno Held connaît le sujet sur le bout des doigts. Le créateur de la marque est déjà gantier lorsqu’il quitte les Sudètes (République tchèque), au sortir de la Seconde Guerre mondiale, suite de l’expulsion de sa population germanophone. Il s’installe à Burberg où il reprend son activité dans le prêt-à-porter.

Dans les années 70, l’entreprise prend un virage décisif. Erhard Held, le fils de Bruno, remarque l’engouement pour la moto lors d’un stage effectué à Millau (Aveyron), patrie de la tannerie du cuir. Il suggère alors à son père de concevoir des modèles dédiés. L’idée tombe à point nommé pour relancer l’activité de l’entreprise soumise à la rude concurrence italienne ou portugaise dans le domaine du prêt-à-porter. Les motards répondent présent, surtout après le développement, en 1983, d’une paire de gants racing en partenariat avec le pilote Toni Mang, plusieurs fois champion du monde (250 et 350 cm3).

Accessoires
Held élargit ensuite son champ d’activité aux accessoires pour la moto (première sacoche de réservoir magnétique en 1985) et aux vêtements dans les années 90 : veste touring en nylon, combinaison en cuir de kangourou. Pour autant, la recherche sur les gants se poursuit avec le recours à l’indestructible cuir de raie (modèle Phantom en 2005) ou l’ajout d’une raclette essuie-écran. Autre étape décisive en 2006 avec l’obtention de la licence Goretex qui permet d’utiliser la célèbre membrane étanche. Ce partenariat signe la reconnaissance du savoir-faire Held, Gore sélectionnant avec soin ses partenaires techniques.

2 en 1
Aujourd’hui, Held continue d’innover, comme en témoignent ses vêtements 2 en 1. Cette gamme associe plusieurs configurations pour répondre au mieux aux contraintes des différentes saisons : gants Air’n’Dry (lire Moto Magazine n°308) ou ensemble Aerosec (lire MM 329) pour l’été et la mi-saison, gants Twin pour l’hiver et la mi-saison, etc. « De notre point de vue, il n’existe pas de solution universelle, d’où l’idée de ces associations », confesse avec lucidité le responsable de la gestion des produits, Stefan Held, petit-fils du créateur et frère du vice-président Markus… Held.

Entreprise familiale
Contrairement à la majorité de ses concurrents appartenant à des fonds de pension, l’entreprise allemande a conservé sa dimension familiale. Deux des membres continuent d’ailleurs à vivre dans les logements situés au-dessus de l’atelier de confection.

Si la majorité des 400 produits du catalogue, dont 80 renouvelés chaque année, est fabriquée en Asie, Held maintient une petite activité en Allemagne. Les pièces des gants premium sont découpées à Burberg, puis assemblées en Hongrie. Joie de la mondialisation, ces mêmes gants reviennent ensuite à Burberg pour le contrôle qualité et l’expédition. Seul un modèle de sacoche cavalière pour custom est entièrement réalisé en Allemagne à partir — cocorico — de cuir français.

Nouvelle approche commerciale
Mécontente de sa situation en France où la marque peine à se faire (re)connaître, Held a récemment changé sa structure de distribution. En proposant prochainement une version en français de son site internet et en livrant directement les magasins à partir de son stock allemand, l’entreprise espère dynamiser sa présence hexagonale. Et, pourquoi pas, voir d’autres motards tricolores, cette fois-ci en bleu, blanc, rouge, s’arrêter dans sa boutique située sur la route des Dolomites.

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