Le Bol quitte Montlhéry pour Le Mans. Ces années verront les dernières victoires d’une marque européenne dans l’histoire de cette course. Mais aussi l’émergence du tandem mythique formé par Georges Godier et Alain Genoud, tandis qu’un tout jeune pilote se fait remarquer lors de Coupe Kawa. Son nom : Christian Sarron.
L’Europe sur le podium
Après le Bol 1969, qui a vu le renouveau de la moto en France, c’est toujours sur le circuit de Montlhéry que va se dérouler le Bol d’Or 1970. Cette année-là, contrairement à 1969, toutes les nationalités peuvent prendre part à la course. Honda compte bien rééditer sa victoire de l’année précédente, mais c’est une marque européenne qui gagne la course. En effet, Paul Smart et Thomson Dickie ont mené la ronde dix-neuf heures durant et emmené leur Triumph trois-cylindres très proche de la série à la première place.
Et le podium est 100% « européen », puisqu’à la 2e place on retrouve l’autre Triumph, celle du Britannique Peter Darvill et du Français Olivier Chevalier. La 3e place est emportée par la Laverda de Sergio Angiolini, et Augusto Brettoni. La première Honda est 4e, c’est celle de Michel Rougerie, associé à Michel Laprie.
La catégorie 500 est remportée par la Suzuki T500 de Jean-Claude Chemarin et Pierre Decombeix. En catégorie 250 c’est la Kawasaki de Jean-Pierre Frisquet et Bernard Grenier de Monner. Pour la petite histoire, on retrouve dans les participants un certain Dominique Bréjat, qui est aujourd’hui le sympathique du TZ Club de France ... il courait sur Triumph en compagnie de Guy Bertrand.
La photo de Honda censée être pilotée par Roger Ruiz représente en fait son coéquipier : Christian Huguet.
Lors du Bol 1977, ce sont les pilotes de vitesse Jean-Paul Boinet et Victor Soussan qui s’emparent de la pole position sur une 750 TZD. Cette machine, achetée par Jean Murit chez Don Vesco en Californie quelques jours avant Daytona, a été préparée dès le début du mois d’août. Fort de l’expérience de participation aux deux épreuves mancelles précédentes sur des machines de type identique, Jean-Paul et le mécano anglais John Gilles ont parfaitement préparé la moto : adoption de fixation rapide pour de nombreuses pièces, durites frein blindées avec branchement rapide et montage du moteur particulièrement soigné. Mais ce sera l’abandon après quelques heures de course, sur des serrages chroniques des pistons dus à des problèmes de réservoir, donc d’alimentation en mélange. Victor Soussan, plutôt spécialiste des 250/350 cm3, a pris beaucoup de plaisir à piloter cette 750. Vic est très ami avec Jean-Paul et a regretté de n’avoir pu faire la performance qu’il souhaitait pour l’équipe. De son côté, Jean-Paul est bien entendu déçu, mais il est surtout vexé des railleries de certains autres équipages, qui pensaient qu’il était venu uniquement pour faire la pole et boucler la première heure en tête. Trente ans après, il me confiait : « Si c’était le cas , il n’y aurait pas eu autant de travail fait sur la moto . Une OW 31 avec des piles comme éclairage, aurait aussi bien fait l’affaire ... »
1970 Montlhéry : Tom Dickie, Paul Smart - Triumph
1971 Le Mans : Percy Tait, Ray Pickrell - Triumph
1972 Le Mans : Gérard Debrock, Roger Ruiz - Honda-Japauto
1973 Le Mans : Gérard Debrock, Thierry Tchernine - Honda-Japauto
1974 Le Mans : Alain Genoud, Georges Godier - Kawasaki
1975 Le Mans : Alain Genoud, Georges Godier - Kawasaki
1976 Le Mans : Alex Georges, Jean-Claude Chemarin - Honda
1977 Le Mans : Christian Léon, Jean-Claude Chemarin - Honda
Les années Japauto
Changement de décor, puisque c’est sur le circuit Bugatti au Mans que se déroule pour la première fois le Bol d’Or. Triumph, désirant rééditer la performance de 1970, engage deux motos à cadre Rob North : la n° 69 pilotée par les Français Gérard Debrock et Olivier Chevalier, et la n°70 pilotée par Percy Tait et Ray Pickrell. Malheureusement, les deux Français abandonnent après 2 chutes, et c’est la n° 70 qui remporte la victoire à la moyenne de 113,495 km/h devant la Laverda 750 SFC officielle pilotée par Brettoni et Cretti. Ce seront les dernières victoires d’une marque européenne au Bol. En catégorie 500 cm3, c’est Éric Offenstadt et Gérard Chamard qui gagnent au guidon de leur 500 Kawa (5e au général)... Eh oui, Éric a remporté un Bol d’Or !
En 1972 et 1973, c’est enfin la récompense pour ce concessionnaire Honda qui a fait gagner Rougerie en 1969. En effet, c’est sous le nom de Japauto que M. Villaséca gagne ces deux éditions. Debrock-Ruiz pilotaient la 950 Japauto victorieuse en 1972. Ils gagnent cette édition devant un duo célèbre, Alain Genoud et Georges Godier, qui pilotait cette année-là une ... Honda 750 Egli. Grâce à leurs belles performances, Alain et Georges furent d’ailleurs sacrés champions d’Europe d’endurance. En 1973, c’est encore Gérard Debrock, associé cette fois au champion des petites cylindrées, Thierry Tchernine, qui amena, malgré les conditions climatiques (il a plu pendant 24 heures), leur 950 Japauto à la première place. À noter que 1973 vit la disparition des classements 250 et 500.
Cocorico
Un « tandem » mythique remporte les 38e et 39e Bol d’Or. En effet, Georges Godier et Alain Genoud gagnent deux années de suite le Bol sur une 1000 Kawasaki. Pour l’anecdote, leur victoire de 1974 fut obtenue sur une Kawasaki à cadre Egli ... de couleur jaune. Ce n’est qu’en 1975 que l’on peut voir la fameuse Godier-Genoud verte à cadre Donques. Lors de l’édition 1975, un tout jeune pilote sort du lot en remportant la 5e manche de la phase finale de la Coupe Kawasaki-Moto-Revue... il s’agit de Christian Sarron.
Honda vs. Kawasaki
En 1976, Honda sort les gros moyens pour reprendre le trophée à Kawasaki. C’est la première victoire d’un monstre sacré, la Honda 1000 RCB. Cette édition 1976 fut magnifique. Les 2 Kawasaki pilotées par Duhamel-Baldé et Sarron-Boulom, et la Honda de Chemarin-Georges, occupent tour à tour la tête de la course. Finalement, c’est la Honda qui l’emporte devant les 2 Kawa, dépassant pour la 1re fois la barre des 3000 km parcourus en 24 h (3235 km).
L’année suivante (1977) a vu la victoire d’un autre équipage célèbre, car c’est avec Christian Léon que Jean-Claude Chemarin va remporter, toujours sur Honda 1000 RCB, ce 41e Bol d’Or. Ils devancent encore une Kawasaki, celle de Baldé-Frutschi. À noter, la belle course effectuée par Alain Terras et William Gougy sur une 1000 Kawasaki d’origine (15e au scratch).
Dans le classement de cette dernière édition sur le circuit Bugatti, on retrouve de grands noms de la moto, dont Phil Read, qui était venu faire une pige au guidon d’une Honda RCB 997. Associé à Tony Rutter, il termine la course à la 11e place.
Pour cet article, je tiens à remercier plus particulièrement Pierre Gabriele qui m’a permis de piocher dans sa fabuleuse collection de photos de 1972 à 1977 prises sur le circuit du Mans, dont beaucoup lors des différents Bol d’Or. Etant très ami avec la famille Assante, il a une très belle collection de photos de Japauto. Un site à visiter absolument http://www.pierre-gabriele.com/.
Francis Boutet - 06/09/2010
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