Exclusif : Johann Zarco raconte sa victoire au Mans

Par Nicolas Baudon

Thomas Baujard

12 juin 2025

Lors du GP d’Aragon, nous sommes revenus avec Johann Zarco sur sa victoire historique au Mans, 71 ans après George Monneret, le précédent vainqueur tricolore chez lui à Reims en 1954. Un mois après, il nous raconte.

Par Thomas Baujard, photos Joel Cooper & LCR

On retrouve Johann le jeudi en fin de journée, dans l’hospitality LCR, et comme d’habitude, on commence par parler d’autre chose, puisqu’il regarde un reportage sur des Marseillais qui ont dessiné des testicules au pied du phare dessiné par l’artiste Banksy sur son mobile (rires).

Moto Magazine : T’as regardé la finale de la coupe d’Europe ?

Johann Zarco : « Non, mais cinq buts, c’est quelque chose. Moi j’avais prédit 1-0 sur le site, et j’avais signé allez l’OM ! (on se marre) »

MM : Bon, j’ai une interview extrêment compliquée à te soumettre. Après avoir regardé Team Zarco dimanche dernier. Est-ce que tu pourrais nous raconter ton week-end au Mans stp ?

JZ  : « T’y étais au Mans ? »

MM : Oui, j’étais juste derrière toi en parc fermé pour la radio des baladeurs. Donc j’ai pu causer à ton père, à Beefy (le responsable technique LCR) qui étaient émus. Donc est-ce que tu peux nous raconter comment tu as vécu ça depuis le début ?

JZ  : « Ah ! Ben j’arrive au Mans avec, à l’esprit, que c’est une semaine chargée. On l’a organisé le mieux possible pour pouvoir répondre à toutes les demandes. Sans que moi je m’agace à être toujours pressé. Parce que c’est ça le plus dur quand il y a pas mal de choses à faire. Quand tu passes d’un endroit à l’autre, t’es toujours pressé. Et comme t’es pressé, les gens crient ton nom, ils veulent que tu t’arretes. Tu as du mal à le faire parce que tu es à la bourre. Mais si tu ne le fais pas, les gens n’apprécient pas. Et ça c’est vraiment un poids que j’ai du mal à supporter. Du coup, on s’est organisés minute par minute du mercredi au dimanche. »

MM : C’est la première fois que tu es aussi carré en organisation ?

JZ : Avec l’expérience, je me rends compte qu’il faut que je fasse comme ça. Ce qui m’a aidé à fonctionner comme ça, c’est aussi parce que mes parents venaient. J’avais envie de bien leur expliquer. Qu’ils arrivent à savoir quand ils peuvent avoir du temps pour eux. Parce qu’ils avaient presque peur de s’ennuyer. Des temps où ils peuvent aller marcher, voir des choses intéressantes. A quel moment ils peuvent être dans le box. Je leur avait bien expliqué tout ça. Du coup, quand j’arrive au circuit, j’ai déjà mon plan tout détaillé fait par Irène (l’attachée de presse du team LCR). Plus en collab avec Guillaume (son agent) et les sponsors, il y avait un plan pour les sponsors le samedi soir. Et moi je fais aussi un plan minute par minute pour mes parents ! Avec ces trois programme de semaine, on est au point ! »

MM : T’as une idée de combien de rendez-vous ça te fais en une journée ?

Johann fouille dans son tel et sort les fichiers : « ah voilà : French GP4, et ensuite French GP6. Parce qu’il y a des updates ! »

« On voit une dizaine de rencards par jour, à plusieurs endroits du circuit (box, loges, fan zone…) ce qui sur le circuit du Mans est vite une gajeure, vu qu’il y a déjà plus de 30 000 personnes présentes sur le site dès le jeudi, et plus du double à partir du vendredi. Samedi et dimanche étant à plus de 100 000. Imaginez circuler en scooter d’un endroit à un autre quand tous les fans veulent une photo ou un autographe ! »

« Après chaque rencard (itv Canal au sommet des tribunes, autographes dans la voie des stands, point presse en salle de presse…), il faut partir pour le suivant dix minutes avant. Parce que trois à quatre fois, je suis obligé de m’arrêter, même en scooter. Parce que les gens font des groupes et se mettent devant moi. Il y a des endroits stratégiques où je suis obligé de ralentir pour faire des photos avec les spectateurs. Ce qui est un moment agréable si j’ai le temps. Mais si j’ai pas le temps, ça devient stressant. Du coup, j’ai essayé à chaque fois de me donner du temps pour ça. Et j’ai pu le faire. Donc c’était agréable. On pourrait se dire que c’est un détail, que c’est pas la course moto. Mais ça fait partie du week-end. Les gens viennent pour une dédicace. Il y en a même des fois qui jettent leur enfant devant le scooter pour que je sois obligé de freiner ! »

MM : Sans déconner ?

JZ : « Ca ça craint un peu plus. Donc tu freines (!). L’esprit c’est : j’organise au mieux pour savoir où je vais. Comment ça va se passer. Donc je suis concentré. Je suis dans le truc. Quitte à sacrifier le côté perf. Parce que tu peux pas tout faire idéalement pour être en forme. Tu te dis : je joue sur le talent. C’est un week-end spécial. J’ai assez d’expérience pour fonctionner en piste quoi qu’il se passe. C’est l’idée du GP de France. Donc le week-end commence, y a l’énergie en piste, toute l’énergie autour. Vendredi, je suis contrarié par mes résultats (il rate la qualif direct en Q2, ndr). Samedi, je suis content, parce que franchement, sixième de la sprint, y avait de la satisfaction. C’était une belle course. Mais j’attaque dimanche, je suis fatigué. Comme des fois ça arrive. »

MM : T’es fatigué à cause de toutes ces sollicitations avec le public ?

JZ : « Oui, oui. La course du samedi m’a aussi bouffé de l’énergie. Des fois, la sprint est plus fatigante que la longue course. Parce que comme c’est plus court, t’attaques plus, t’es plus limite. T’as pas le temps de trouver ton rythme et de le répéter. T’es toujours à faire plus, plus, plus, parce que t’as un pneu soft et que t’as pas longtemps à tenir. Ca pourrait presque ressembler à un 5000m en athlé. Dimanche, j’étais content avec mes parents, de voir le public. Cette ferveur des gens qui est incroyable. D’année en année, ça grandit et c’est franchement incroyable. »

MM : Tu voyais ce que ça représentait pour tes parents ? A quel point ils ont pu être surpris ou choqués de ça ?

JZ : « Oui je le voyais. Mais je les avais bien prévenus. Et du coup, ils le prennent comme moi je le prends. C’est marrant. C’est juste trop beau, ça n’arrive qu’au Grand Prix de France. T’es là à te dire : pourquoi moi ? OK, je suis pilote MotoGP, il y a les résultats, tout ça, d’accord. Du coup j’ai dit à mes parents : faut le voir. Et comme à chaque fois, ils chantent la Marseillaise, ça plait à mon père. Ca met les larmes ça. Et mon père, plus il vieillit, plus il pleure facilement. Donc c’était facile ! En attaquant ce dimanche, il pleut. Je me dis qu’il y a peut-être une opportunité. Tu te dis que tu peux faire un résultat meilleur, quelque chose de bien. Mais tu ne restes pas bloqué là-dessus parce que tu as d’autres choses à faire. T’as le warm-up. Et puis après, entre le warm-up et la course, comme le samedi avant la qualif, je dois monter dans les loges. Parce qu’en général, toutes mes sollicitations, je les fais après les essais. Mais là il y en avait tellement, que j’ai dû en caser une pour Honda entre midi et deux le samedi. Je suis monté dans une loge Honda. Alors que dimanche, après le warm-up tu as le Hero Walk (parade en bus puis rencontre avec les fans), et après c’est la course. Et on s’organise même pour faire rentrer mes parents (dans le paddock, ndr), parce qu’ils étaient venus en avion avec Lucio (voir Team Zarco sur Youtube, ndr). Mais ma mère était pas à l’aise finalement. »

MM : Ca bougeait trop ?

JZ : « Ouais. La crainte de se dire : et si je dois pisser pendant le vol, on doit s’arrêter et tout… Et du coup, ils se sont dit, on rentre en fourgon avec Seb (Moreno, le mécano de Jojo, ndr). Qui était monté avec le camion, parce qu’il avait un scooter et beaucoup de choses à trimbaler. Ca leur permettait de faire des pauses. »

MM : Il était long, le vol de l’aller ?

« Oui, surtout qu’ils avaient vent de face. Ils ont mis 3 heures et demi pour faire Cannes/Le Mans. Je pense que ça peut se faire en 2 H 30. Mais à cause du vent de face et de la mauvaise météo, ils ont dû zigzaguer et ils se sont trainés. Ils volaient à 240 km/h, alors que sans vent, le zinc peut voler quasi à 300 km/h. Ca fait une diff. Du coup, on s’organise comme ça pour pouvoir rentrer en fourgon dimanche soir. Et la course, quand tu gagnes, je savais qu’il allait y avoir toute la charge média. Mais là tu te laisses aller, et là je sais que tout le monde assure au niveau organisation. Même après la victoire, ça a été un week-end spécial aussi parce qu’il y a eu un projet Apple avec Canal. Ils m’ont suivi avec une caméra qui filme à 200 degrés pour faire de la réalité virtuelle avec les casques. Et je suis le premier mec en sports mécaniques sur lequel ils font ce projet (qui sera visionnable en septembre sur les casques VR Apple, ndr). Du coup ils m’ont suivi tout le week-end, et le dimanche après la course, du coup, podium, itv, conférence de presse. Ca c’est très long (une bonne heure ndr). Après, il y a le moment dans le box parce que finalement, les mécanos, j’ai pas pu trop être avec eux. On m’attend dans le box pour refaire péter le champagne et fêter ça, faire les photos, tout ça. Et là il y avait énormément de monde parce qu’ils avaient eu le temps de ranger le box de Chantra (son coéquipier chez LCR). Et du coup, plein de public s’est mis dans le box. Il fallait faire attention parce que peut-être qu’ils peuvent voler des choses. A un moment, ils voulaient tous faire une photo avec moi. Il y avait même des gens qui rentraient dans le groupe du team. On leur disait : « attendez, on fait une photo du team là. Profitez du moment mais ne venez pas au milieu dans la photo ! Du coup ça devenait un peu le chaos, et je commençait à fatiguer. Il était 17 H 30. »

MM : t’étais encore en cuir ?

JZ : « Oui, j’avais encore ma combi. Et là je dis : allez, je rentre. Faut que j’aille à la GP Room (son appart privé dans la moitié d’une semi sur chaque GP, ndr) pour qu’il y ait moins de chaos parce qu’on se faisait vraiment envahir. Arrivé à la GP Room, je prends la douche, et là ce projet Apple Canal me demande : « OK, est-ce qu’on peut faire une interview pour conclure ? » Là ça a été lourd. Bon, je joue le jeu à fond, parce qu’en plus, il s’est passé un truc de fou. Mais du coup, rebelotte, 30 minutes d’itv. Donc c’est calme, tout ça, mais j’avais besoin, après tant d’euphorie, (de laisser retomber la tension). J’ai dit à Seb : on prépare tout, la prochaine course c’est Silverstone. Mais il y a aussi les essais à Suzuka et la cousinade que j’enchainais. Donc je rentre un peu chez moi, mais après le prochain GP, je ne rentre plus chez moi : je repars quasiment 15 jours. Il fallait se préparer pour ça, anticiper énormément de choses. Les affaires : qu’est ce qu’on prend, qu’est ce qu’on ne prend pas ? Il avait le camion et il y avait des choses à ramener à la maison. Y avait plein de trucs à voir et j’ai dit : on se concentre, on s’organise bien pour partir la conscience tranquille à 20 H. On va à l’hotel, on se boit un coup, et là on commence à souffler. Un des moments les plus appréciables, c’est quand on se pose et qu’on se boit une bière. Je la partage avec mon père. Et j’ai demandé un sandwich à l’hotel. Je pense que le personnel de l’hotel bloque un peu les gens qui veulent venir me voir. Ca c’est bien. »

MM : parce que tout le monde veut un morceau de toi.

JZ : « Oui. Et ça, ça été mon moment où j’ai commencé à profiter. Ce passage là est aussi dans Team Zarco. Voilà. En fait, la semaine, c’est une concentration pour organiser tout au mieux pour ne pas subir. La perf, elle est obligatoire, mais on se dit bon… On compte sur le talent pour arriver. Et sur l’énergie supplémentaire du public parce qu’on est à la maison »

MM : C’est marrant parce que c’est presque comme si tu avais vécu un week-end où tu étais Valentino Rossi au Mugello à l’époque où il gagnait tout.

JZ : « En termes de fans, ça fait cet effet là. Après, comme c’est un peu plus unique, l’aspect « pilote français en France », moi avec mes partenaires, parce que j’ai pas l’aura de Valentino, je suis plus sollicité que lui. Parce qu’ici au GP de France, tous mes partenaires français (Bihr, Motul, Shark, Furygan…) ont une loge. Et du coup, je vais tous les voir. Et ça, ca prend du temps. Valentino, il a tout le public. Ca fait une masse de gens qui veulent des autographes. Mais il ne se cale pas des rencards après chaque séance d’essai. Nous, c’est le deal qu’on a avec les partenaires, et ça marche comme ça depuis plusieurs années. J’ai eu une fois, samedi après toutes les sollicitations, 15 minutes de calme dans la GP Room. Je me suis fait des étirements et un peu de rouleau de massage. Je passais mes jambes dessus, mon dos. Je discutais, il y avait Greg (Mallet, son préparateur mental ancien champion de natation) avec moi. Ces 15 minutes nous ont fait du bien. Et d’échanger avec Greg, c’était bien. Après, ça repart. Parce que même quand je vais manger à l’hospitality, il y en a qui attendent derrière le grillage. Et quand tu y vas, pour te dire allez, je suis brave, j’y vais,et ben en fait, tu n’en ressors plus ! T’es obligé un moment de partir et de décevoir des gens. »

MM : C’est presque comme si gérer cet emploi du temps de fou du mercredi au dimanche, c’était presque plus exigeant que l’épreuve sportive elle-même.

JZ : « Oui. En fait, c’est différent, mais le temps file en permanence. Et il faut le gérer. C’est ça qui est délicat. Et mine de rien, quand je passe d’une loge à l’autre, je répète à chaque fois la même chose. Maintenant, avec les années, chaque partenaire engrange lui aussi de l’expérience, et tous ces moments sont de mieux en mieux gérés. »

MM : Sur la piste, c’est la plus belle course de ta vie ?

JZ : « Heu… Je sais pas, j’ai pas encore pris le temps d’y penser. Jules Cluzel m’a dit ça, et c’est pas faux. Tu mènes toute une carrière, tu remportes deux titres mondiaux. En termes de qualité sportive, c’est plus important qu’une victoire. Mais en fait, on peut faire reposer toute ma carrière sur cette victoire. Du coup, sur cet aspect là, c’est la victoire qu’il faudrait à chaque pilote de GP. »

MM : C’était vraiment casse-gueule en piste ?

JZ : « Oui. Déjà au raccordement, je ne mets pas le genou par terre, alors qu’avec les pneus qu’on a, normalement ça tient. Y a des endroits du circuit sur lequel ça tient, et d’autres ou ça ne tient pas. Ca, c’est Le Mans. »

MM : Bon, et suite à cette victoire sur le mouillé, tu enchaines par une seconde place sur le sec à Silverstone. C’est fort ça, non ?!

JZ : « Ca, un vrai bonheur ; Cette deuxième place de Silverstone ! Un moment, je rentre dans la voiture… Parce que pareil, dès que ça a été fini, on a tracé à l’aéroport pour aller rouler au Japon (où Johann passera en tout et pour tout 49 H avant de revenir en Europe. Sorte de trip express…). J’étais pensif, je me disais : « c’est exactement ce que je veux, et je l’ai. » C’est ça qui est incroyable. C’est là que je veux être, depuis que j’ai commencé à courir. Sur le podium. Et j’ai plus de fierté à le faire avec Honda parce que je suis le seul, et après un long moment sans. Mine de rien, avec Ducat, j’étais un vainqueur parmi les autres (Pecco, Martin, Bastianini…). Là, ça devient exceptionnel. »

MM : Je sais plus quel est le pilote qui disait en analysant tes performances : peut-être que Johann est au meilleur niveau de pilotage de toute sa carrière.

JZ : « Je sens que j’ai passé des caps sur la Honda. Si j’avais passé ces caps plus tôt sur la Ducat, je jouais avec Pecco et Martin. »

MM : C’est vraiment canon, parce qu’avec ce qui se passe en ce moment chez Honda, avec l’appui d’Aleix Espargaro au développement et de Romano Albesiano à la technique, vous avez encore une marge de progression.

JZ : « Je pense. Ca reste Honda, c’est très solide. Romano, à mon avis, il apporte plus d’idées franches. Il ne va pas apporter de nouvelles idées à mon sens. Mais quand il faut faire un choix, il tranche beaucoup mieux que les Japonais, et plus rapidement. Et ça je pense que ça leur fait du bien. Après, la force de travail des Japonais, c’est quand même toujours exceptionnel. Ils sont très bons sur plein de petits détails. Ce qu’on ne voit pas. »

MM : et pour conclure, en termes de perf pure, que tu sois chez LCR ou dans le team d’usine l’an prochain, a priori, tu n’es pas inquiet pour ton matos ?

JZ : « Non. Idéalement, je resterai bien chez LCR, pour ce que je vis, et pour continuer d’écrire l’histoire avec Lucio. Ca me plait. Il faut que le statut d’une partie du team évolue encore un peu auprès de Honda. Même si je suis très bien servi, je pense qu’être pilote N°1 chez Honda, ça n’existe pas dans un team satellite. »

MM : tu penses qu’il peuvent aménager ça pour toi ?

JZ : « Les choses avancent chez Honda et ils prennent le sujet en globalité. Castrol compte aussi. Et maintenant, ils sont aussi sponsor du HRC. C’est Lucio qui les a amené à Honda. Donc je pense que Lucio peut prendre encore plus d’importance au sein du HRC. »

MM : En plus de ça, il vient d’être nommé président de l’Irta (association des teams de GP), donc ça, c’est aussi du prestige aux yeux des Japonais. Franchement chapeau, parce quand tu nous a annoncé que tu passais chez Honda en Autriche il y a deux ans, je me suis dit : ça va être chaud !

JZ : « c’est pour ça, c’est génial. C’est vraiment un bonheur de folie ! T’es quand même heureux de faire de la course, des GP. Mais arriver à des résultats, pareil, c’est trop bon. »

MM : Merci Johann !

JZ : « De rien. »

Team Zarco – GP de France 2025 : le roi du Mans !

Laisser un commentaire