Paris : la liberté de manifester est-elle en danger ?

Par Nicolas Baudon

19 octobre 2022

Après plusieurs convocations de la FFMC suite [...]

Après plusieurs convocations de la FFMC suite à une manifestation en mai dernier, de nouvelles pressions sont à l’oeuvre pour entraver les mobilisations motardes à Paris.

Depuis le 3 septembre 2022, la FFMC PPC (Fédération des Motards en Colère Paris-Petite Couronne) planifie des manifestations contre le stationnement payant de deux et trois-roues motorisés à Paris, tous les lundis de 12h30 à 13h30 devant la Mairie de Paris.

Au regard des barrières installées le 26 septembre pour en limiter l’accès, ces mobilisations dérangeraient-elles ? Une semaine plus tard, lors de la manifestation du lundi 3 octobre, la signataire des manifestations et membre de la FFMC PPC est convoquée et verbalisée au commissariat central pour « nuisances sonores » (en raison de la sonorisation mise en place par l’antenne pour ses discours). Une amende qu’elle refuse de signer – à raison ! – au vu du caractère absurde de l’accusation, car, comme chacun le sait, toute manifestation génère son volume sonore ! Enfin, la signataire est de nouveau convoquée, le 20 octobre, devant le délégué du Procureur de la République.

Ces pressions ne sont pas une première : en mai dernier, la manifestation contre les ZFE organisée par la FFMC PPC occasionne un bras de fer avec la préfecture de police. L’antenne parisienne est accusée d’être une « entrave à la circulation » sur le périphérique parisien, bien que ce parcours de manifestation ait été validé, et même imposé, par la préfecture.

« L’intimidation » à coup de procès-verbaux et de rappels à la loi aura-t-elle raison de la liberté et du droit fondamental de manifester pour tout un chacun ? On peut se poser légitimement la question lorsque les manifestations motardes à Paris – toutes déposées et validées au préalable par la préfecture de Police – sont ainsi attaquées.

Pour rappel, le code pénal punit l’entrave au droit de manifester :

– Article 434-1 : délit d’entrave au droit de manifester
– Article 432-4 : atteinte par une personne dépositaire de l’autorité publique à la liberté individuelle de manifester


Pressions envers la FFMC PPC contre la liberté de manifester en 2022 : rappel des faits

– A la fin de la manifestation du 7 mai 2022 – déclarée et validée par la Préfecture de Police de Paris et organisée par la FFMC PPC – la signataire de la déclaration de manifestation, membre du bureau de la fédération, s’est vue imposer par les forces de police de la “BRA” (Brigade de Répression de l’Action Violente Motorisée) de se rendre au poste de police de la DOPC (Direction de l’ordre public et de la circulation), en vue d’une audition. Les fonctionnaires lui ont précisé avoir reçu un ordre « en haut lieu ».

– La signataire, refusant de répondre à des questions personnelles, s’est alors vu préciser oralement par l’OPJ (officier de police judiciaire), que si elle refusait de répondre aux questions, elle pourrait, le cas échéant, être placée en garde à vue, ce qui n’a rien changé aux positions de la signataire.

– Une fois l’audition terminée, la signataire a été contrainte d’attendre la décision du procureur. L’affaire est classée sans suite.

– La FFMC PPC, ne voulant pas en rester là, a décidé de porter plainte contre « X ».

– Rebondissement le lendemain de l’audition : la signataire reçoit un appel de la Préfecture de Police, lui signifiant que ce n’est plus un « classement sans suite », mais un « rappel à la loi », et qu’en conséquence, elle est convoquée de nouveau le 9 mai pour compléter l’audition du 7 mai 2022 (!).

– La nature du délit est prononcée : « entrave à la circulation commis par le cortège des manifestants, sur le parcours du périphérique parisien ». Comme expliqué plus haut, le parcours a pourtant été imposé et validé par la Préfecture de Police de Paris.

– Le 9 mai, la signataire s’est présentée au commissariat pour un rappel à la loi, qu’elle a refusé de signer.

– Le 3 septembre, nouvelle convocation avec verbalisation pour « nuisances sonores » lors d’une manifestation contre le stationnement payant des motos et scooters à Paris.

– Le 20 octobre 2022, la signataire est convoquée par le Procureur de la République.

4 commentaires

  1. GUERBET Vincent 19 octobre, 2022 at 21h24 - Reply Report comment

    Paris : la liberté de manifester est-elle en danger ?
    La liberté tout court est en danger, à commencer effectivement par la liberté de manifester. C’est globalement très inquiétant. La réponse à apporter est de rester fermes et de… maintenir les manifestations.
    D’autant que celles-ci ont à peu près pour seul défaut d’être un peu bruyantes, mais c’est quand même la base de toute manifestation, et de ne pas occasionner de violences et autres dégradations coutumières de bien d’autres organisations qui, elles, ne subissent pas cette chasse aux sorcières qui relève de l’intimidation en bande organisée.
    Les motards seraient-ils trop gentils ?
    Faut-il organiser un concours de burns devant la Mairie de la mairaisse hors-sol qui s’appelle HIDALGO ?
    Ah non, mieux, un concours de wheelings au hasard…
    Tout part en vrille mais la plupart des motards sont d’honnêtes citoyens, donc on peut taper dessus.
    Sortons de là tous ces salopards.

  2. PONTONNIER Pascal 21 octobre, 2022 at 9h17 - Reply Report comment

    Paris : la liberté de manifester est-elle en danger ?
    Il est incroyable que des responsables prétendument de gauche aient une telle approche de la démocratie.
    La conduite de la ville menée par la Mairie de Paris a entraîné une dette colossale qu’elle tente de combler par des mesures telles le stationnement payant des deux roues. Avec quels résultats (pollution, saleté, insécurité, etc…)?
    Et pour contrôler ce racket lié au stationnement, elle organise actuellement une politique massive de recrutement d’agents (à quel coût fixe annuel?)
    Ils sont de gauche mais ils pénalisent en premier les petits revenus
    Ils sont de gauche mais ils se moquent des habitants de la région parisienne
    Ils ont la Loi pour eux mais ils ne la respectent pas quand cela les arrange.
    Organiser des manifestations légales les gêne, ils veulent les empêcher par des méthodes abusives.
    Quand quelques dizaines de syndicalistes CGT arrivent à perturber tout un pays en bloquant les raffineries, quelques milliers de motards pourraient bloquer toute une ville en quelques minutes en stationnant au milieu de tous les carrefours à des dates et heures précises. Qu’on se le dise!

    • Bauduret Thomas 21 octobre, 2022 at 18h31 - Reply Report comment

      Paris : la liberté de manifester est-elle en danger ?
      On imagine le carnage, les bobeaufs en 4×4 fonceraient dans le tas. Et bien sûr, les caméras tomberaient en panne et nos fliques n’auraient rien vu rien entendu…

  3. Lonewolf Lonewolf 30 octobre, 2022 at 16h30 - Reply Report comment

    Paris : la liberté de manifester est-elle en danger ?
    Quand le motif de manifestation est fondé et inattaquable, alors on tente de chercher ailleurs le moyen de faire taire la populace (motarde de surcroit…)

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