Le 1er juillet 2015, un communiqué de presse émis par le ministère de l’Intérieur atterrissait dans les boîtes mail des journalistes : « Bernard Cazeneuve rappelle l’entrée en vigueur aujourd’hui de quatre mesures de son Plan national de sécurité routière, annoncé le 26 janvier dernier ».

Et en bonus, il en annonce même une cinquième : « la mise en fonctionnement du premier radar « autonome », samedi sur l’autoroute A6 ». Un radar semi-fixe, installé en amont d’un chantier, assez mobile pour être déplacé d’une route en travaux à l’autre…

1- Interdiction du port d’écouteurs, oreillettes ou casque audio en conduisant.

Il est interdit aux conducteurs de porter à l’oreille tout dispositif susceptible d’émettre du son. Cette mesure s’applique à tous les usagers de la route circulant à l’aide d’un volant (poids-lourds, voiture) ou d’un guidon (moto, scooter, cyclomoteur, vélo).

L’interdiction ne concerne pas seulement la conversation téléphonique mais également la musique et la radio, dès lors qu’elles transitent par un dispositif en contact avec les oreilles. Cette infraction est passible d’une contravention de 4e classe (135 € et un retrait de 3 points).

« Par cette mesure, le ministre de l’Intérieur entend lutter contre l’isolement des conducteurs et les distractions au volant et, notamment, l’usage du téléphone, responsable d’un accident corporel sur dix ».

Problème, parallèlement à ces interdictions, les industriels ne cessent de développer des outils qui rendent addictifs au téléphone quand on conduit. On a le droit de les posséder, pas de les utiliser, cherchez l’erreur...
Elle a par ailleurs quelques effets collatéraux dommageables, comme l’impossibilité d’utiliser certains systèmes de communication à moto.

À moto, les systèmes intercom intégrés au casque (photo ci-dessous) restent autorisés, comme le stipule le site de la Sécurité Routière qui recense les systèmes interdits et autorisés sur une page dédiée.

De même, les systèmes Bluetooth intégrés au casque, que ce soit par le fabricant ou ajouté dessus sous forme de kit, ainsi que les systèmes mains libres à installer dans son véhicule 4-roues, restent autorisés.

Cette mesure aboutira-t-elle à ce que tous les conducteurs de France cessent de téléphoner et textoter ? Rien n’est moins sûr…

2- Le taux d’alcool autorisé pour tous les titulaires d’un permis de conduire probatoire passe de 0,5 g à 0,2 g/l d’alcool dans le sang.
Cette mesure concerne les nouveaux candidats reçus à l’examen du permis de conduire, y compris ceux qui le repassent après avoir perdu leurs 12 points ou après annulation.

Tout détenteur d’un permis probatoire qui contreviendra à cette règle sera passible d’une amende de 135 € et d’un retrait de 6 points. Ainsi, les usagers en possession d’un permis de conduire depuis moins d’un an (crédité de 6 points), le perdront automatiquement s’ils conduisent avec plus de 0,2 g/l d’alcool. Ils devront donc repasser les épreuves théorique et pratique s’ils souhaitent à nouveau conduire.

« À travers cette mesure, Bernard Cazeneuve s’attaque aux ravages de l’alcool au volant chez les conducteurs novices, une population majoritairement jeune. Le ministre de l’Intérieur espère que les nouvelles générations de conducteurs prendront ainsi de bonnes habitudes à l’égard de l’alcool ».

Certes. Mais dans le même temps, on s’éloigne du « taux zéro » de peur de froisser le lobby viticole…

3- Les plaques d’immatriculation des motos, cyclomoteurs, tricycles et quads doivent toutes être de la même taille : 210 x 130 mm.

Il n’est désormais plus possible de poser ou de faire poser sur son engin, les anciennes tailles de plaques (140x120 mm pour les cyclomoteurs, 170x130 mm pour les motocyclettes et 275x300 mm pour tous les autres véhicules dont les tricycles et quadricycles non carrossés). Le format des nouvelles plaques est unique pour l’ensemble des véhicules à deux ou trois roues et quadricycles à moteur non carrossés, soit 210 mm de largeur par 130 mm de hauteur.

La sanction encourue pour plaque non conforme ou amovible ou illisible est une amende de 135 € (contravention de 4ème classe).

« À travers cette mesure, Bernard Cazeneuve simplifie la mission de contrôle des deux-roues motorisés par les forces de l’ordre, rétablissant ainsi l’équité entre les usagers de la route ».

Sous-entendu, on pourra mieux contrôler ces dangereux motards ! Décidément, les clichés ont la peau dure…

Ce que confirme, au passage, l’avis de certains spécialistes, comme le président de la commission « Alcool, stupéfiants, vitesse » du Conseil national de sécurité routière (CNSR), qui demande encore une plaque à l’avant des motos (regardez la vidéo de son interview) :


Sécurité routière : le président qui veut une... par Moto-Magazine

À l’écoute de tels points de vue, on comprend mieux l’importance de la présence, au CNSR, des représentants des motards que sont les bénévoles de la FFMC. Sans eux, et le contrepoint qu’ils apportent, il est certain que cette plaque d’immatriculation à l’avant serait déjà obligatoire.

4- Observer l’évolution du comportement des usagers de la route en abaissant la vitesse autorisée de 90 à 80 km/h.

L’observation commence le 1er juillet sur trois tronçons routiers :
- 18 kilomètres de la RN7 dans la Drôme entre Croze-Hermitage et Valence (26)
- 17 kilomètres de la RN151 dans la Nièvre et 32 kilomètres dans l’Yonne entre la Charité (58) et Auxerre (89)
- 14 kilomètres de la RN57 dans la Haute-Saône entre Échenoz-Le-Sec et Rioz (71).

Elle doit permettre de mesurer les effets d’une telle réduction de vitesse. Elle est prévue pour durer au minimum deux ans. Comme l’a précisé Bernard Cazeneuve : « la fréquence habituelle des contrôles routiers sera maintenue, « ni plus ni moins », sur ces trois axes pour garantir la fiabilité d’une expérimentation « transparente, honnête et rigoureuse » ».

Pour le ministre de l’Intérieur « une mesure, quelle qu’elle soit, ne peut être bien appliquée que si elle est comprise et si elle est perçue par le plus grand nombre comme utile et rationnelle ».

Si l’on en croit les premiers retours constatés sur le plan local, l’expérimentation ne serait pas des mieux perçues : dans l’Yonne, 55 panneaux 80 km/h ont déjà été vandalisés.

Radars : modernisation du parc…
La mesure annoncée par le ministre de l’Intérieur, qui vise à poursuivre la modernisation du parc des 4.200 radars afin de mieux lutter contre la vitesse excessive ou inadaptée, a trouvé son expression le 4 juillet : Bernard Cazeneuve, assistait à la pose du premier « radar autonome » sur un chantier de l’autoroute A6, en région parisienne.

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« Ce nouveau dispositif de contrôle est destiné à être placé et déplacé rapidement sur des zones de danger temporaire afin de protéger le personnel qui travaille au bord des routes et les usagers qui les croisent », précise le communiqué. Les radars de chantiers devront être annoncé par ce panneau. Si on trouve le temps de les installer…

Verdict
Le ministre de l’Intérieur force un peu sur la communication. Les mesures, toutes coercitives, que contient le plan Cazeneuve n’auront qu’une efficacité relative et contribueront à accroître le mécontentement des usagers. Pire, pas une solution pédagogique n’est avancée.
En définitive, l’outil le plus spectaculaire mis en place reste un nouveau radar automatique… On ne change pas une méthode qui gagne.

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