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La motoneige de route
Inventé au Canada, le 3-roues, tel que Can-Am l’a conçu, apporte une solution simple à un problème local compliqué : retranscrire l’agrément de conduite d’une motoneige sur la route. Et si peu de Français connaissent ce type de pilotage et de plaisir givré (auquel s’est essayé François au Québec), cela n’a pas empêché les différents Spyder de rencontrer un véritable succès dans l’Hexagone et d’attirer une nouvelle clientèle en quête de confort, de stabilité et de sensations inédites.

Dix ans déjà
Dix ans après la sortie des premiers modèles – aujourd’hui disponibles sur le marché de l’occasion - Can-Am se remet en question et revoit le tarif de ses engins. Jusqu’alors le ticket d’entrée pour un Spyder était de 18 999 €, une somme qui peut atteindre 30 000 € pour un modèle Touring. Difficile à ce niveaux de prix de toucher une clientèle jeune ou moins fortunée...
a contratio, le nouveau Ryker, affiché sous la barre des 10 000 € en 600 cm3 ou positionné à 11 499 € avec le 900 cm3 testé ici, popularise l’offre Can-Am. Mais ce 3-roues n’est pas qu’une simple Spyder low cost et « downsized » (réduit). Il permet à la marque de se réinventer.

Invisible chasse aux coûts
Notre première rencontre avec le Ryker est nocturne, à quelques encablures des studios Universal de Hollywood. Le lieu est bien choisi pour un véhicule qui semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. Si le Spyder était la monture de Batman, le Ryker serait celle de son acolyte Robin. On retrouve le côté « araignée » de son grand frère, mais l’ensemble plus compact se concentre sur l’essentiel : à l’avant, le coffre a cédé la place à une simple boîte à gants située au-dessus du moteur. Devant le guidon plat, la bulle a disparu au profit d’un tout petit compteur. À l’arrière, la selle solo semble suspendue au-dessus du nouveau bras oscillant utilisant une transmission par cardan (et non plus une courroie), bien plus économique à l’usage. La finition est propre, et certains détails comme le dessin et la fixation par grand écrou de la roue arrière, façon « voiture de course », ne laissent absolument pas transparaître la chasse aux coûts de fabrication pourtant opérés par Can-Am.

Tempérament sportif
Installé au guidon, les bonnes surprises s’enchaînent : l’ergonomie a été profondément étudiée pour s’adapter à tous les gabarits : en complément de la selle hyper basse (597 mm), le guidon et les repose-pieds s’avancent ou se reculent via un ingénieux système de rail. Vraiment pratique pour adapter sa machine à son style de conduite : sportif avec le buste rapproché des deux roues ou plutôt balade, les pieds jetés en avant comme sur un custom américain. Et si ce Ryker, comme les Spyder (tel le F3T essayé ici), s’accommode de ce type de conduite coulée (même s’il faudra passer par la case bulle en option pour la protection), son nouveau moteur - un 3-cylindres en ligne de 900 cm3 - semble plutôt enclin à la conduite sportive ! Sur la route californienne à virages la plus connue, le « Snake » de Mulholland Drive, le « petit » Can-Am se révèle des plus amusants. Plus léger d’une bonne centaine de kilos qu’un Spyder, le Ryker est plus incisif et précis. Son moteur de 77 chevaux, emprunté aux motoneiges du fabricant, dispose d’une transmission automatique : il n’y a aucun rapport à passer. Seule exception le passage, via une commande au pied, de la marche arrière pour les manœuvres. Grogneur et coupleux, mais doté d’une transmission très douce et sans à-coups, le Ryker n’a étonnement aucun mal à faire décoller ses 280 kilos à chaque stop et à les emmener à vive allure sur autoroute.

Prise de virages assistée
Mais dès que l’on commence à enchaîner les virages, ce 3-roues impose, comme son grand frère, un mode de conduite particulier, plus proche du quad que de la moto : le bas du corps figé contre le réservoir et les commandes, le haut du corps toujours en inclinaison dans le sens du virage autour du guidon. Il faut une certaine poigne et un peu d’engagement physique pour le faire tourner à vive allure, mais sa conduite procure un réel plaisir... tant qu’on ne le brusque pas trop.
Avec un train avant directement inspiré de l’automobile, le Ryker ne s’incline absolument pas comme le font un Yamaha Niken ou un Piaggio MP3 et, sans ses nombreuses assistances, ESP en tête, il pourrait se retourner. Si le contrôle de trajectoire est primordial pour éviter toute perte de contrôle, l’intervention de cette assistance reste malheureusement assez désagréable puisqu’elle agit sur le frein et coupe l’accélération pour retrouver de l’adhérence ou rétablir le contact des roues au sol. Des réactions dérangeantes pour un motard un brin sportif, mais qui s’avéreront rassurantes pour la majorité des usagers à qui s’adresse d’ailleurs ce véhicule. Le véritable jeu consistera donc à flirter avec ses limites sans jamais les dépasser. Et il y a déjà de quoi bien s’amuser !

Version standard ou rally
Si la version de base est équipée de suspensions un brin sèches et uniquement réglables en précharge à l’arrière, la version Rally, destinée à rouler aussi un peu dans les chemins, dispose de combiné KYB entièrement réglable de bien meilleure qualité. Ce modèle légèrement surélevé est également doté de pneus renforcés et profite d’un mode de conduite supplémentaire, baptisé « Rally », qui autorise une légère glisse de l’arrière pour replacer la machine dans les graviers : amusants, même si un quad ou une moto seront évidemment toujours plus à l’aise sur ce type de revêtement.
Le freinage couplé - et puissant - incombe à 3 disques. Il se commande uniquement au pied droit et s’avère moins facile à doser qu’un levier dont le guidon est totalement dépourvu. Une autre spécificité à assimiler rapidement par ceux qui viennent du monde de la moto.

Le retour sur Los Angeles à l’heure de pointe ramène à une autre réalité : celle de l’encombrement. Malgré un empattement légèrement plus réduit que le Spyder, le Ryker ne se faufilera jamais comme un 2-roues. Bref, il faut oublier le « commuting » tel qu’on le pratique dans nos mégapoles pour se rendre au bureau, et l’envisager comme un joli petit coupé pour s’aérer la tête, mais aussi se faire les bras et les jambes !

Verdict
Plus léger, plus agile et plus fun, le Ryker est bien plus qu’un Spyder low cost. Son moteur 3-cylindres est vivifiant, sa transmission douce, et son confort - protection mise à part - est de bon aloi. Si nous n’avons pas pu tester la 600 cm3 vendue sous les 9 800 €, la 900 tarifée à 11 499 € dans la version présentée nous a convaincus et relance l’intérêt pour ces véhicules uniques en leur genre !

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Fiche technique

Can-Am Ryker 900 (données constructeur)
Moteur
- trois cylindres à refroidissement liquide 4T, 2 ACT, 4 soupapes par cylindre
- Cylindrée (al. x cse) : 900 cm3 (74 x 69,7 mm)
- Puissance maxi : 77 ch (57,5 kW) à 7 100 tr/min
- Couple maxi : 7,7 m.kg (76 Nm) à 6 300 tr/min
- Alim./dépollution : injection/Euro 4
- Boîte de vitesses : automatique
- Transmission finale : par cardan
Partie-cycle
- Frein Av (étrier à x pist.) : 2 disques Ø 270 mm (2 opp.)
- Frein Ar (étrier à x pist.) : 1 disque Ø 220 mm (1)
- Pneus Av-Ar : 2 x 145/60-16 - 205/45-R16
- Réservoir (réserve) : 18 litres (nc)
- Poids à sec : 280 kg
- Hauteur de selle : 597 mm
Pratique
- Coloris : noir, gris, blanc, jaune, rouge, orange, vert, bleu, tricolore
- Garantie : 2 ans pièces et M.O., assistance
- Prix : version 900 essayée : 11 499 €. Version Rally : 12 799 €, version 600 cm3 : 9 799 €

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