Essai

En vidéo

Lisbonne, Portugal, dans un décor digne des films de Mad Max, tout le staff Ducati est au garde-à-vous pour cette présentation. Les Scrambler 1100 marquent une étape décisive dans leur gamme néorétro, appelée « Land of Joy ». Après les 46 000 exemplaires de 800 et 400 cm3 écoulés, l’avenir commercial de ce gros Scrambler est un défi de taille, d’autant plus qu’à ce niveau de gamme et de prix, la concurrence est bien présente.
C’est donc le Scrambler 1100 Special qui a été mis à notre disposition. Ce modèle peut être considéré comme le milieu de gamme, et aussi comme le plus « prépa » dans son style avec des jantes à rayons (le seul modèle à en être équipé), un bras oscillant laissant voir sa noble origine métallurgique par un brossage, une selle marron à gaufrage et surpiqûres et des éléments de carrosserie en alu, sans oublier une ligne d’échappement chromée, qui d’ailleurs laisse perplexe : flanquée au milieu de la moto, elle évoque ces échappements de machines chinoises, voire de customs un brin ringards. Il paraît qu’en interne, les débats étaient animés autour de cet élément tout brillant ! Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, le coup de crayon de Jérémy Faraud (cocorico, il est français !), le « père » du Scrambler 1100, est tout simplement génial. Il fait honneur au design et à la notion de la perfection visuelle, puisque sur ce Scrambler, il n’y a rien à rajouter, ni à retirer.

Prise en main
Passé la présentation parfois plus marketing qu’informative (mais néanmoins agréable avec le petit film qui vous fait passer pour un héros rebelle si vous roulez en Scrambler 1100...), il est grand temps d’aller rouler. Découverts au salon de Milan, les gros Scrambler m’avaient tapé dans l’œil, d’autant qu’avec mon gabarit, et pour tous ceux qui toisent au-dessus de 1,80 m, les 800 ne sont clairement pas assez spacieux, la haute Desert Sled exceptée. Là, le Scrambler s’offre enfin aux plus grands ! La position est parfaite avec des jambes assez détendues, une selle large au galbe contenu et un guidon large placé assez bas. Il faut seulement noter que le réservoir est un peu ventru à l’entrejambe, mais que les cuisses viennent naturellement se caler dessus.

Personnalité marquée
Contact, le tableau de bord LCD s’anime de ses milliers de cristaux et un coup de pouce droit lance le Desmodue, le dernier gros moteur air cooled de l’histoire de Ducati ! Celui-là, il fait honneur à l’esprit vintage et sa place est plus que jamais au cœur d’une machine néorétro. Outre le fait d’être beau (les cache-courroies de distribution que traversent les bougies du double allumage, les ailettes de cylindre, l’absence de durite de refroidissement en caoutchouc noir), ce bloc, sans la moindre couche d’isolant liquide, fait entendre ses entrailles : ça siffle, ça grogne, le tout enrobé par un son d’échappement grave délivré au tempo du twin calé à 90°. Bref, à l’arrêt, déjà, le Scrambler dégage une personnalité mécanique marquée.

Comportement sans faille
Dès les premiers tours de roues, dans une circulation dense, on loue la douceur de l’engin. Embrayage progressif, moteur plutôt docile pour un twin et injection maîtrisée sont là pour vous faciliter la ville. Et comme le Scrambler risque d’y passer beaucoup de temps, c’est une bonne chose. Mais bon, rouler, c’est bien aussi, alors c’est parti, direction Setubal via le Cabo Espichel, route ludique déjà empruntée le mois dernier avec la Kawasaki H2 SX. Sauf que là, on ira moins vite, c’est sûr !
Mode « Active » sélectionné, je commence à solliciter le twin, mais attention, pas comme un malade de la poignée des gaz mais plutôt comme un esthète, soucieux de suivre la maxime du grand Antoine de Saint-Exupéry : « Ce qui importe, ce n’est pas d’arriver, mais d’aller vers. » Et à ce jeu, le moteur est un régal ! On module les gaz entre 3 000 et 6 000 tr/min afin de profiter de son couple et de son râle mécanique. Dans sa zone de confort, il catapulte le Scrambler avec vigueur et les accélérations sont franches. Pour ne rien gâcher, le Desmodue est secondé par une boîte rapide et surtout très bien étagée (rapports rapprochés sans trou entre eux). À l’opposé, il n’aime pas vraiment qu’on lui chahute les coussinets de bielle : au-delà des 7 000 tours, le twin commence à rechigner, se met à vibrer comme pour vous dire « Laisse tomber mec, mon profil d’arbre à cames ne suit pas le tempo ! ». Et c’est presque dommage, vu les prestations de la partie-cycle. En effet, malgré des choix esthétiques plutôt que fonctionnels (profil des pneus, par exemple), elle assure dès que l’on passe en mode « presto ». La mise sur l’angle se fait sans effort, la tenue en courbe est équilibrée et les freinages ne la déstabilisent pas. La raison ? Des suspensions fermes avec les réglages standards (surtout l’hydraulique) et un accord entre l’avant et l’arrière simplement parfait. Bien entendu, ces caractéristiques, associées à la selle ferme, grèvent un peu le confort. Mais sur une grosse journée de roulage, la fermeté est toujours plus agréable que la mollesse ! Et pour ce qui est du freinage, là aussi, c’est plus que correct, et de surcroît, la Scrambler est la seule néorétro à proposer un ABS actif en courbe. Un plus pour la sécurité.

Le verdict
Difficile de ne pas apprécier ce Scrambler 1100, aussi agréable à l’œil que ludique à rouler, ce qui est l’essence même d’une moto néorétro. À son guidon, les sensations se bousculent : son, bonnes vibrations, feeling de l’engin. Ce modèle Special coûte 14 290 €, une somme rondelette mais moins importante que les 14 600 € d’une BMW R nineT Scrambler avec options jantes à rayons et antipatinage ; et sans modes cartographiques ni ABS en courbe, de série sur la Ducati. Si vous cherchez un engin authentique et bien placé niveau tarif, il est fort possible que ce Ducati Scrambler 1100 Special soit fait pour vous.

Publicité
Fiche technique

Ducati 1100 Scrambler (données constructeur)
Moteur
- Type : bicylindre en L, refroidissement par air, 4T, simple ACT, distribution desmodromique, 2 soupapes par cylindre
- Cylindrée (al. x cse) : 1079 cm3 (98 x 71 mm)
- Puissance maxi : 86 ch (63 kW) à 7 500 tr/min
- Couple maxi : 9 m.kg à 4 750 tr/min
- Alim. /dépollution : injection Ø 55 mm/Euro 4
Transmission
- Boîte de vitesses à 6 rapports
- Transmission finale par chaîne (15x39)
Partie-cycle
- Frein Av (étrier à x pist.) : 2 disques Ø 320 mm (4 opp.)
- Frein Ar (étrier à x pist.) : 1 disque Ø 245 mm (simple piston)
- Pneu Av - Pneu Ar : 120/80/18 - 180/55/17
- Réservoir (réserve) : 15 litres (n. c.)
- Poids annoncé : 206 kg (tous pleins faits)
- Hauteur de sellle : 810 mm
Pratique
- Coloris : gris ardoise
- Garantie : 2 ans pièces et M.O., assistance
- Prix : 14 290 €

Commentaire (1)