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Kawasaki GPZ 500, Honda CBR 600 RR, Suzuki GSX-F 650, Yamaha FZR 600, Ducati 749, Triumph Daytona 675 R... Les sportives mid-size avaient la cote dans les années 90 et 2000. Mais celles-ci ont déclinées. Alors certes, les normes anti-pollution serrent la vis, mais l’ascension fulgurante des roadsters sportifs a éclipsé ces motos du paysage. Même l’emblématique Suzuki SV650S - un succès notable, notamment chez les jeunes permis ! - n’a pas été renouvelée.

Sur le marché actuel des "sportives" de moyenne cylindrée, on ne note plus que quelques roadsters carénés (Honda CBR 650 R, Kawasaki Ninja 650) et une seule vraie sportive : l’Aprilia RS660. En attendant la très attendue Yamaha R7, cette moto est la résistante d’un segment en désuétude. La bonne nouvelle, c’est qu’elle éligible au permis A2, comme toutes les motos précitées.

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Bridée à 47,5 ch, peut-elle convaincre les motardes et motardes qui rêvent de débuter sportivement ?


Aprilia RS660 A2 : ma première sportive

Que ce soit chez les italiens avec la Ducati 916 ou chez les japonais avec la Kawasaki GPZ 750 Turbo (et bien d’autres !), j’ai toujours eu un faible pour les carénages et guidons bracelets. Dessinées avec soin et étudiées pour pousser le deux-roues dans ses derniers retranchements, les motos sportives cultivent mon imagination depuis mon jeune âge. Pour ainsi dire, avant même de décrocher mon permis A2, je rêvais d’acquérir une Kawasaki GPZ 500 bridée à 34 ch en première moto !

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De fait, découvrir la moto sportive avec une Aprilia RS660 accessible aux permis A2 me met en joie. Sublimée par un design agressif à l’italienne et modernisée par des lignes aérodynamiques aux beaux angles, elle est la sportive mid-size typique : carénages, sabot moteur, tête de fourche, repose-pieds légèrement reculés et petit capot de selle... Tout y est ! La fourche inversée Kayaba, les demi-guidons et les multiples prises d’air finissent de coiffer la moto d’un superbe cachet racing.

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Mais place à l’honnêteté du débutant : si j’ai découvert la position de conduite inclinée avec l’excellente Suzuki SV650S carbu, cette RS660 m’intimide. Penché vers le guidon d’une véritable sportive italienne, la crainte de ne pas lui faire honneur me colle la boule au ventre.

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Pour autant, le premier contact avec la machine est plaisant. Confortablement installé, la finesse d’un réservoir bien dessiné accueille naturellement mes genoux. N’en déplaise à l’angle de braquage limité (je relativise, c’est une sportive !), le poids plume de la moto (183 kg) facilite les manœuvres à l’arrêt. Seule la selle un peu haute (820 mm), conjuguée à la position de conduite basculée peut complexifier l’affaire. En effet, sa silhouette de "petite moto" est un trompe-l’œil qui sollicitera la pointe des pieds des petits gabarits...


Aprilia RS660 A2 : agressive d’apparence, mais pacifique à rouler

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Ma première sportive, je la roule pour la première fois en plein Paris. Pas idéal pour une machine de ce calibre ! Et pourtant, le bicylindre italien balaye mes craintes. Discret, souple et onctueux à bas et mi-régime, il n’est pas contrarié par mes reprises à 35 km/h en 3ème. La moto ne broute pas, ne vibre pas et corrige mes erreurs. Le couple arrive en douceur à la poignée et jauge ma vitesse dans les tours, sans brutalité. Seule la boîte de vitesse s’avère délicate lorsque je cherche le point mort.

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La souplesse des commandes se marie à un point de patinage permissif, fluidifiant les passages de rapports... Suis-je au guidon d’une sportive italienne ou d’une CB500F coursifiée ? J’exagère, mais c’est le premier sentiment qui me traverse à bord d’une moto si facile à appréhender en ville.

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En revanche, il faut s’habituer à une position de conduite forcément plus radicale que sur le petit roadster pré-cité. Penché vers le petit saut-de-vent, buste au dessus du réservoir, mes pieds sont tout juste à plat à l’arrêt. Nuque serrée et tête relevée, je suis en appui sur le guidon.

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Pour autant, cette position n’est pas si extrême qu’elle le laisse entendre. Je ne suis pas "couché" sur la moto, mes poignets ne sont pas "cassés" sur les demi-guidons. À l’instar d’un roadster mid-size équipé de guidons bracelets - façon Suzuki SV650S - l’Aprilia RS660 offre le choix de la pose couchée ou redressée. De fait, je m’accommode à cette posture, certes plus sportive que ce dont j’ai l’habitude, mais adoptée après quelques heures de roulage. Légère, maniable et surtout souple coté moteur, s’y acclimater est plus rapide qu’avec l’autre italienne essayée, la Ducati Monster 950 A2.

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Les apparences sont trompeuses, car malgré son look de sportive un tantinet extrême, l’Aprilia RS660 est une moto relativement confortable. Je peux faire corps avec elle sans malmener mes lombaires. À son bord, les dos d’ânes et autres aspérités routières font presque figure de formalités. Rigoureuses sans être tape-cul, les suspensions apportent stabilité et sécurité. Quant à l’assise rembourrée, elle n’indispose pas et s’intègre à cette alchimie.

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Je profite ainsi d’une machine facile de prise en main et tout à fait roulable en cycle urbain. Grâce à sa finesse de gabarit et l’agilité qui en découle, je me faufile sur toutes les voies sans difficulté, y compris en interfiles. Au fil de mon parcours, le twin fait toujours preuve d’une souplesse exploitable partout en agglomération.

Ces qualités compensent une position de conduite pas toujours idéale selon le trafic environnant. Sur le périphérique par exemple, il est vital de tendre le cou pour prendre les informations. Une habitude à prendre au vu de la perfectibilité des rétroviseurs : petits et rapprochés de la tête de fourche, mes coudes prennent 1/3 de la visibilité des miroirs. J’ai beau les régler plusieurs fois, rien à faire pour conjurer le sort ! Les remplacer par des modèles adaptables sauverait-il la donne ?

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En dehors du bel écran TFT, les finitions sont moyennes coté commandes. L’absence d’une fonction warning et certains choix ergonomiques font défaut. Il n’est en effet pas rare d’activer le plein phare en sollicitant l’embrayage.

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D’autre part, le clignotant ne tombe pas sous le pouce et m’oblige à reculer systématiquement ma main gauche. Pas pratique lorsqu’on est concentré sur le trafic... Néanmoins, un automatisme pallie le problème : chaque intersection entraine un "pré-recul" instinctif de ma main avant activation, redoublant mon anticipation. Un mal pour un bien ?

Si l’Aprilia RS660 s’en sort bien en milieu urbain, il me tarde de découvrir l’ADN sportif de la moto. De toute évidence, son cadre affûté et ses lignes aérodynamiques n’ont pas été conçues pour plafonner à 70 km/h ! Direction le réseau secondaire pour en découdre.


Aprilia RS660 A2 : une moto à deux visages

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Lancé sur une voie d’accélération, le couple du bicylindre est tempéré jusqu’à 6000 tr/min. Au-delà, la moto change de facette, active le mode MotoGP et me catapulte jusqu’à 9000 tr/min. Sous de délicieuses sonorités de cockpit de Formule 1, le couple troque sa sagesse contre une vigueur de sportive italienne. Les frissons gagnent mes avant bras : agrippé au guidon bracelet, je savoure mon pilotage et me courbe tel un pilote de Grand Prix.

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Sur la voie de gauche, je n’ai aucun mal à m’ajuster aux vitesses légales. Dénuée de vibrations, la moto m’assoit sur le bitume. Dépasser en relançant les gaz ne pose pas de difficulté, tandis que l’aérodynamisme des carénages évince les perturbations et facilite les changements de file. À vitesse maintenue sur route dégagée, le régulateur de vitesse m’offre un confort supplémentaire sur les distances linéaires. Enfin, le puissant freinage avant m’aligne au rythme des ralentissements autoroutiers, tandis que le moteur s’assagit à mi-régime.

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C’est pile le moment où je saisis le caractère l’Aprilia RS660. C’est une moto qui se pilote sportivement dans les tours, tout en laissant le choix de rouler apaisé à mi-régime. Deux motos en une donc, offrant deux caractères distincts selon l’envie. Un équilibre qui me rappelle une nouvelle fois la Suzuki SV650S et son V-twin carbu : serein jusqu’à mi-régime, rageur dans les tours.

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Par ailleurs, le bridage à 47,5 ch est bien conçu et n’altère pas le couple d’origine (67 Nm à 8500 tr/min). Après quelques tests, il limite seulement l’accès aux plus hauts régimes selon le rapport engagé. En 1ère et 2ème, le moteur monte jusqu’à 11000 tr/min. Ensuite, le rupteur se décale sur la plage : 10000 tr/min en 3ème, 8000 tr/min en 4ème, 7500 tr/min en 5ème et 7000 tr/min en 6ème. De quoi profiter d’une allonge décente pour exploiter les 47,5ch en toute sécurité.

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Une centaine de kilomètre plus tard, je m’accorde une pause sur une aire d’autoroute. Aucune courbature ou quelconques douleurs aux poignets ne sont à déplorer. Preuve est que la selle moelleuse, la position de conduite raisonnable et la qualité des suspensions favorisent le confort, en ville comme ailleurs.

J’en profite pour passer à la pompe et appliquer ma règle de 3. Après des dizaines de bornes en ville et de longue virées sur voies rapides, la moto n’a consommé que 5L aux 100. Moi qui m’attendait vider le réservoir (15L) de la sportive en moins de deux, le résultat est satisfaisant pour le porte-monnaie ! En roulage normal, les deux visages du moteur favorisent sans doute l’économie de carburant.


Aprilia RS660 A2 : l’apprentissage de la moto sportive

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La force de l’Aprilia RS660, c’est qu’elle est la bonne école de la conduite sportive et sécurisante. Dans les virages, le pilotage diffère d’un roadster classique et invite à plus se pencher qu’à l’accoutumée. Pour autant, la position de conduite sans extrêmes et la partie cycle affutée invitent naturellement à mettre sur l’angle, sans se faire peur ! Le slogan "Be a Racer" affilié à la moto prend tout son sens...

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Ainsi, tel un Fabio Quartararo premier prix, j’ose pencher peu à peu la moto. Regard porté au loin, l’italienne m’accompagne dans les courbes et sécurise mes trajectoires. Le couple, progressif à la poignée, augure des reprises progressives à mi-régime. La confiance s’installe et je triomphe des virages de plus en plus rapidement. La monte de pneus (Pirelli Diablo Rosso III) et l’équipement électronique de série (ABS sur l’angle, contrôle de traction) participent à cette tenue de route de bon aloi.

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Le shifter de série brille par son efficacité. Les rapports passent à la volée sans accrocs, uniquement en montée et descente de régime. Un avantage, puisqu’il apprend l’usage du shifter sans faire hoqueter la moto. Sur les Ducati Monster 950 et BMW F900R par exemple, il n’était pas rare que je sois brusqué en "shiftant" maladroitement ! L’Aprilia RS660 évite cela et m’enseigne les bonnes pratiques.

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Au gré de mes expériences sportives, je constate qu’il ne faut pas trop compter sur le frein arrière. Même à faible allure, sa légèreté ne fait qu’assister l’efficacité du freinage avant. En sus, l’ergonomie du levier ne couvre pas convenablement l’appui du pied.

Aussi, les 5 modes de conduite et les différents réglages cartographiques ne sont pas de grande utilité dans cette version A2. Néanmoins, ils ont le mérite d’exister pour qui tâtera les 95 ch de la moto, permis A en poche.


Aprilia RS660 A2 : le verdict

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En attendant la Yamaha R7, l’Aprilia RS660 est sans doute le meilleur choix pour apprendre à rouler sportivement en toute sécurité. Car en dépit des apparences et de quelques défauts ergonomiques, c’est une moto polyvalente, facile de prise en main, assez confortable et économique à l’usage. À l’aise en cycle urbain en dessous de 6000 tr/min, agréable en balade et vigoureuse dans les tours, elle offre un panel de conduites adaptées à l’ensemble du réseau routier.

Reste un tarif pas forcément accessible à tous les budgets (11050 euros), mais qui vaut le "coût" au regard son équipement de série et de ses performances dans sa version A2. Pour ma part, elle est un investissement pertinent si l’on cherche une sportive pour débuter : le permis full obtenu, seul un coup de boitier à 129 euros en concession suffit pour passer la moto à 95 ch.

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De part son caractère sportif mais "accessible", l’Aprilia RS660 m’a apporté assurance et compétences de pilotage, si bien que je n’ai désormais qu’une hâte : passer au niveau supérieur en participant à un stage sur circuit !



Aprilia RS660 A2 : l’avis de Philippe Guillaume

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L’avis du vieux, c’est de reconnaître que cette machine, que j’ai découverte d’abord lors de son lancement presse en Italie, est une révélation. Car, avantage d’être vieux, moi j’ai eu une GPZ 600 R (une belle merde) et mes copains avaient des sportives mid-size (Honda VF 500 F2), bref des motos abordables, mais qui avaient quand même des aptitudes routières, là où les CBR 600 RR, GSX-R 750 et autres étaient déjà beaucoup plus exclusives et radicales à piloter. Autre problème : avec l’arrivée de l’électronique, même un débutant peut se sentir relativement en sécurité sur un missile de 200 chevaux ; dans ce contexte, les moyennes cylindrées perdaient en pertinence.

Aprilia a fait le pari contraire et à réussi parfaitement une moto à la fois gratifiante et facile, à la fois performante et exploitable. Certes, en cas d’usage piste hardcore, il manquera un peu de chevaux et surtout de réglages de suspension, mais pour découvrir les joies du pilotage, d’un châssis précis, d’un train avant chirurgical, on n’a pas mieux sur le marché !

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Fiche technique

Aprilia RS660 A2 : Fiche Technique

Moteur

  • Type : bicylindre à refroidissement liquide, 4T, 2 ACT, 4 soupapes par cylindre
  • Cylindrée (al. x cse) : 659 cm3 (81 x 63,93 mm)
  • Puissance maxi : 47,5 ch à NC tr/min (A2) / 95 ch à 10500 tr/min (full)
  • Couple maxi : NC (A2) / 67 Nm à 8500 tr/min (full)
  • Alim. / dépollution : injection / Euro 5

Transmission

  • Boîte de vitesses à 6 rapports (shifter de série)
  • Transmission par chaîne

Partie-cycle

  • Cadre : double poutre en aluminium
  • Frein Av (étrier à x pist.) : 2 disque Ø 320 mm (4 pistons), ABS
  • Frein Ar (étrier à x pist.) : 1 disque Ø 220 mm (2 piston), ABS
  • Pneu Av - pneu Ar : 120/70-17 - 180/55-17
  • Réservoir : 15 litres
  • Poids annoncé : 183 kg (tous pleins faits)
  • Hauteur de selle : 820 mm

Pratique

  • Coloris : jaune, noir/rouge, violet/rouge
  • Garantie : 2 ans
  • Prix de départ : 11050 euros

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