Discrimination dans le sport moto ?
Thierry Pichon, un motard de la Sarthe, souhaite rouler en championnat de vitesse en side car, mais la FFM ne lui en a pas donné l’autorisation.
Thierry Pichon, habitant Aubigné-Racan (sud Sarthe) aimerait courir dans les épreuves sur piste avec son side-car.
Mais la Fédération française de motocyclisme (FFM) ne lui en a pas donné l’autorisation à cause de son handicap physique.
Pourtant, Thierry Pichon vient de clôturer sa seconde saison de course de côte en catégorie side-car.
L’histoire de Thierry Pichon commence quand un automobiliste lui refuse la priorité en 1991, alors qu’il est à moto.
Cela aurait pu stopper net sa vie, car il perd l’usage de ses jambes.
Mais notre homme, aujourd’hui âgé de 37 ans, décide de ne pas se laisser abattre.
Après une longue période de rééducation, il se raccroche à la vie en passant par le sport.
Avec une association handisport, notre homme cueille trois médailles de bronze en championnat de France de tir à l’arc, il participe à divers marathons à Berlin, en Floride, en Pologne, aux 20 km de Paris.
Salut gars Pich’, Dame bon d’là renvoie moi ton adresse E-Mail que j’ai perdue. Et pas dans 20 ans comme d’habitude !
Pour soutenir : Thierry Pichon
Voir le reportage sur les 10 ans de Handicaps Motards Solidarité à Magny-Cours
Voir les side-cars dans notre rubrique essai Les réactions
« La décision de la commission médicale est souveraine », explique Fernand Dieudonné, responsable des courses de la FFM. « Nous n’avons pas à nous immiscer dans une décision prise en toute impartialité par des médecins, qui déclarent qu’untel ou untel est apte ou pas. Donc nous ne délivrons une licence qu’en suivant l’avis qui nous est présenté ».
De plus, Fernand souligne un des pièges de la judiciarisation de la société. « En admettant que nous délivrions une licence et que par malheur il arrive un problème grave à M. Thierry Pichon, rien ne nous dit que les membres de la famille, ou les ayants droits, ne nous attaquent pas en justice pour avoir laissé un handicapé rouler sur circuit. »
Bien entendu, Thierry Pichon bénéficie du soutien de son président de club (le Team Banlieue Nord), Thierry Bourch’is. « Je suis d’avis de laisser rouler Thierry Pichon sur la piste avec son side-car. Car en cas de retournement du side, le pilote reste de toutes façons coincé dessous et ne peux s’en sortir que si les commissaires viennent l’aider, alors handicap ou pas c’est pareil... »
Anecdote
Il y a quelques années de cela, un pilote dénommé Martin avait réussi à rouler en championnat de France Open en catégorie side-car avec les deux jambes paralysées. « Tout simplement parce qu’il nous avait présenté un avis de son médecin de famille, le déclarant apte à la conduite sur piste », précise Fernand Dieudonné.
En 1995, grâce à une adaptation réalisée sur son side-car de route, il repasse son permis moto et reprend goût à ce satané virus de la moto. Le goût de la compétition le rattrape aussi, lorsqu’il découvre la discipline du side-car en championnat de France. L’achat d’un side de compétition suit rapidement mais l’engin est en mauvais état et les adaptations à son handicap sont longues à mettre en place. Entre temps, pour financer son projet, Thierry crée l’association Team 69 et se lance dans les courses de côte en championnat de ligue de Bretagne.
Mais il estime que la sécurité n’est pas réellement assurée en course de côte, et pense passer sur circuit. Mais le médecin de la FFM, Reinhard Kraenzler, lui répond que « les compétitions en circuit ne sont pas envisageables compte tenu des risques pour vous et les autres » .
Est-ce une précaution de bon sens, par exemple en cas de retournement du side-car ? « Mes bras sont bien plus puissants que n’importe quelle autre personne et je m’évacuerais plus facilement. D’autre part, sur les circuits il y a les commissaires qui assurent la sécurité. Ce qu’il n y a pas toujours en course de côte. »
Pour Thierry Pichon, il s’agit d’une discrimination car les pays voisins (la Belgique, l’Allemagne, l’Angleterre) acceptent ce type d’handicap et notre homme compte porter l’affaire devant les tribunaux. « Je vais essayer de rouler en Europe, puis en France. Et si l’on m’interdit de rouler sur les circuits, je porterai plainte pour discrimination. »
Pascal Corbin - correspondant 72
- 01/12/2006
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