Dans un contexte statistique plutôt positif, la Sécurité Routière a annoncé qu’elle allait concentrer ses efforts en 2005 sur les motards, les 18-24 ans et les trajets de proximité. Mais au fait, quels efforts ?
C’était jour d’autosatisfaction au ministère des Transport, hier mardi 10 mai 2005, lors de la présentation à la presse du nombre des accidents de la route survenus en France en 2004.
Le ministre des Transports Gilles de Robien a dressé un bilan positif, puisque le nombre de tués sur les routes est passé de 5.731 en 2003 à 5.232 l’année suivante.
Motard : voilà tes dix commandements : 1. Dans les embouteillages coincé tu resteras ! 2. Des places pour te garer tu ne trouveras pas et comme les quatre roues en ville tu galèreras ! 3. Sur ta route des obstacles dangereux on parsèmera et sur eux tu t’accidenteras ! 4. Ta mauvaise réputation on (...)
Interprétation douteuse

Les statisticiens du ministère des Transports ont constaté que la pratique du deux-roues était deux fois et demi moins dangereuse en Allemagne qu’en France. Et forcément, cela les fait cogiter... « L’équipement entre certainement en ligne de compte », commente Rémy Heitz, son directeur. « Mais il demeure aussi en France un problème de la vitesse. Si les motards français modifiaient leur comportement, le nombre de tués diminuerait. » Monsieur Heitz culpabilise une fois encore une fois les motards. Il ne tient toujours pas compte de l’enquête MAIDS sur l’accidentologie moto (lire Moto Magazine n°214, p 54), qui énonce notamment que dans 50 % des accidents étudiés, la première cause est une erreur humaine du conducteur de l’autre véhicule...
Copier-Coller

Chaque année, la Sécurité routière édite un livret cartonné destiné au grand public et baptisé "Les grandes données de l’accidentologie". Dedans, des extrapolations sont faites des résultats. Au chapitre moto, on constate que les statisticiens se sont contentés d’un simple "copier-coller" entre le livret 2003 et 2004. Ils ont juste changé les chiffres, pas les commentaires, évidemment anti-moto ! Une manière bien hâtive de colporter les idées reçues...
Cependant, De Robien le maintient haut et fort, « la pression n’a pas baissé sur la sécurité routière ! » Il reste que l’on est loin des fastes de 2002-2003, où le gouvernement remplissait des salles de spectacle pour organiser la lutte contre ces chauffards traités de criminels, après l’appel de Chirac sur ce qui était qualifié de grand chantier national, et la récupération de Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, s’appropriant la paternité des radars automatiques.
Répression maintenue
On poursuit donc dans la répression. Les boîtes métalliques continuent d’être installées sur le bord des routes (il y en aura bien 1 000 fin 2005) et les points d’être enlevés sur les permis (5 millions de permis n’ont plus tous leurs points, sur 36 millions de conducteurs !), mais à part ça, les fonctionnaires du ministère semblent bien en panne d’idée pour raviver la flamme : aucune mesure d’envergure n’a été présentée pour 2005. Surtout pas un renforcement de l’éducation routière à l’école, une quelconque réforme du programme des permis de conduire ou bien l’instauration d’un véritable contrôle médical avant l’examen.
Motocyclistes et jeunes dans le collimateur
On continue bien de jeter l’opprobre sur les motards et les jeunes de 18-24 ans, mais même là c’est sans grande conviction. Il faut dire que les chiffres ne sont pas des plus alarmants. Un motard de plus est décédé en 2004 par rapport à 2003 (814 contre 813). Même si ce décompte macabre fait toujours froid dans le dos, on est loin d’une inflation à deux chiffres. Le nombre de blessés chute de 15 816 à 15 724 entre ces deux années, et notamment le nombre de blessés graves, qui diminue de 145 victimes. Qu’importe, c’est moins bien que pour les voitures, alors « Nous allons organiser des états généraux avec les motards à la rentrée, a expliqué le ministre. Nos relations, notamment avec certains d’entre eux (ceux qui sont "en colère", ndlr), ont été difficiles en 2004. Ils ont eu le sentiment de ne pas être écoutés, notamment sur la mesure feux de jour. Nous ne voulons pas d’incompréhension avec les motards, aussi nous discuterons, échangerons, écouterons les propositions, notamment venues d’autres pays. »
Communiquer, voilà l’idée phare... En 2004, une table ronde « moto et sécurité routière » organisée en mai avait débouché sur quoi ? Pas grand-chose, si ce n’est la promesse de rendre les circuits accessibles au plus grand nombre, pour que chacun puisse épancher sa soif de vitesse et de sensations en milieu sécurisé. Le ministère des Sports en fit son cheval de bataille... Il n’a réussi à faire ouvrir que trois circuits en octobre 2004, dont Carole (en Seine-Saint-Denis), qui est déjà gratuit tous les week-ends !
Feux de jour : décision en novembre
Sur l’obligation faite aux automobilistes d’allumer leurs phares de jour, Gilles de Robien a confirmé qu’une décision « serait prise début novembre prochain, à la fin de l’évaluation de la période de test. Nous n’avons pas de préjugés, on abandonnera la mesure si elle ne sert à rien, ou bien on rendra l’allumage obligatoire toute l’année, ou bien seulement l’hiver et pas l’été. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi les motards se sont mis en colère. Nous ne voulons pas nuire à leur sécurité. » Il faudra continuer à leur expliquer lors de ces fameux états généraux à la rentrée...
Nicolas Grumel - 11/05/2005
La procédure VE, c’est pour le 15 avril 2009. Elle constitue notamment un retour déguisé du contrôle technique des 2-roues motorisés. La FFMC, la Mutuelle des motards, le CNPA et la FFM demandent un aménagement pour qu’elle ne puisse être déclenchée arbitrairement, comme le texte le prévoit actuellement.
Ça y est ! depuis le 1er janvier, les titulaires du seul permis B obtenu depuis janvier 2007 doivent suivre une formation de 3 heures pour conduire un 125. Formation rendue obligatoire par décret en 2006, son contenu n’est connu que depuis décembre 2008. Pour la FFMC, ce délai trop court la rend irréaliste et inapplicable.
Jean-Louis Borloo a lancé avant les fêtes une campagne de comm’ destinée à sensibiliser les conducteurs aux dangers de l’alcool sur la route. Une initiative positive, mais pas suffisante…
Sorti par la porte, le contrôle technique des motos se repointe par la fenêtre, pour janvier 2009. Invitée par la DSCR (Direction de la sécurité et la circulation routière), le 9 décembre, à une réunion de « présentation » de la procédure « véhicules endommagés » (VE), la FFMC a, aux côtés de la Mutuelle des motards, pointé les dysfonctionnements et aberrations engendrés par celle-ci.
Au 1er janvier 2009, tout détenteur du permis auto depuis plus de deux ans devra suivre trois heures de formation obligatoire pour pouvoir conduire un 125 cm3. « Totalement irréaliste et inapplicable » selon la FFMC et de l’Assurance mutuelle des motards.