Jusqu’où ira l’État en matière de casse du service public ? En annonçant la délégation de voitures-radar à des sociétés privées, le gouvernement poursuit la privatisation de la sécurité routière… qui devient toujours un peu plus « rentière ».

« La chasse aux profits est lancée, avec les usagers de la route en guise de gibier », dénonce la Fédération française des motards en colère (FFMC). Dans cette interview à Motomag.com, France Wolf, porte-parole de son bureau national, regrette que le fossé se creuse ainsi encore un peu plus entre la Sécurité routière et l’usager.

Avec ces nouvelles voitures-radar, la Sécurité routière met un doigt de plus dans l’engrenage de la privatisation. Qu’en pense l’association qui défend les motards ?
La FFMC dénonce l’automatisation des contrôles de vitesse et de la sanction depuis ses débuts, et là l’État les privatise ! On annonce 2 milliards d’euros de « rentrées »… Après avoir vendu nos autoroutes à des sociétés toujours plus avides d’année en année, c’est au tour des contrôles de vitesse au moyen de voitures-radar.

Les bien-pensants diront que cela ne change rien pour les bons conducteurs, nous affirmons que cela change tout : brader les prérogatives de l’État (la Sécurité routière dépend du ministère de l’Intérieur !) pour le profit d’entreprises dont le bénéfice est le seul but, c’est dénaturer un peu plus un message de sécurité routière que les usagers peinent pourtant déjà à s’approprier.

C’est aussi un moyen de renforcer plus encore les contrôles routiers centrés sur la vitesse. Les résultats sont-ils au rendez-vous ?
Oui, la « grande » idée de la sécurité routière est encore réduite à la vitesse et son contrôle… Or le résultat de cette politique est paradoxal : on constate toujours plus de radars et de contrôles en tous genres mais la mortalité sur nos routes remonte.

Dès lors, comment justifier cette surenchère ? Les piétons et les cyclistes sont particulièrement touchés et ne seront pas concernés par ces radars privatisés…

À la FFMC, pense-t-on que les radars sauvent des vies ?
Non. Ce sont les médecins, les pompiers, les urgentistes qui sauvent des vies sur les routes, pas les radars. Comment ces contrôles supplémentaires vont-ils infléchir l’augmentation de blessés et de tués chez les usagers fragiles ? Les radars et toute la communication faite autour d’eux ont sans doute contribué à une prise de conscience des usagers.

Mais les radars ne servent pas à sortir les délinquants routiers de la circulation. La majorité des infractions relevées ne concerne que de petits excès de vitesse et l’usager se sent piégé, traqué. Avant au moins son argent allait à l’État alors que maintenant, il va de plus contribuer à enrichir des sociétés privées.

Ces contrôles furtifs apportent-ils une dimension pédagogique ? Parviendra-t-on à « zéro infraction » comme l’affirme la Sécurité routière ?
Qui ne commet jamais d’erreur ? La perfection n’est pas humaine… Est-ce que « zéro infraction » signifierait « zéro accident » et donc « zéro tué » ? Non bien sûr. La dimension pédagogique de la sanction n’existe que si le dialogue avec l’agent verbalisateur ou avec un juge existe.

On ne peut pas discuter avec une machine, comprendre pourquoi on est verbalisé. En déshumanisant le traitement de l’infraction, la Sécurité routière se prive de faire comprendre pourquoi elle sanctionne et elle dénature ainsi tout cet aspect pédagogique. Elle compromet également ce qui pourrait rendre acceptables tous ces contrôles et toutes ces sanctions…

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