En cette période de rentrée scolaire, la Sécurité routière diffuse, à partir du 4 septembre, « un nouveau film de sensibilisation sur le téléphone au volant ». Ce film met en valeur l’importance de rester concentré sur la route : « Quand vous regardez votre téléphone, qui regarde la route ? »

« Un conducteur sur dix reconnaît lire ou écrire des messages en conduisant, explique la Sécurité routière. Cette pratique interdite nécessite de quitter au moins 5 secondes la route des yeux, soit une distance parcourue de 70 m en ville (à 50 km/h), et multiplie le risque d’accident par 23 ».

Vidéo : le film « La dernière classe » produit et diffusé par la Sécurité routière

La campagne de sensibilisation s’appuie également sur la diffusion de spots radios et d’affiches. La Sécurité routière essaie via ces médias de convaincre les conducteurs de stopper le smartphone durant l’ensemble de la phase de conduite (bouchons compris !).

C’est qu’il y a urgence : l’usage des distracteurs au volant devient l’une des causes majeures d’accidents de la route en France.

Le téléphone au volant, c’est vraiment risqué ?
Oui, les statistiques de la Sécurité routière le prouvent :
- Téléphoner au volant multiplie par 3 le risque d’accident.
- Près d’1 accident corporel sur 10 est lié à l’utilisation d’un téléphone portable en conduisant.
- Rédiger un message au volant multiplie le risque d’accident par 23.
- 30 % des Français utilisent leur téléphone au volant en 2016 (que ce soit avec ou sans kit mains-libres ou en connexion Bluetooth). Un comportement qui se généralise puisqu’ils étaient 18 % en 2004 (61% des moins de 42 ans).
- Les Français perçoivent de moins en moins le danger du téléphone au volant :
- 42 % des automobilistes déclarent utiliser leur téléphone (contre 25 % en 2015),
- 36 % déclarent utiliser leur téléphone portable pour passer/recevoir des appels (contre 25 % en 2015),
- 29 % utiliser leur téléphone portable pour envoyer / lire des textos ou des courriels (contre 15 % en 2015).
- 41 % des automobilistes déclarent utiliser un dispositif mains-libres intégré au véhicule, mais 37 % le tiennent à la main et 22 % utilisent des écouteurs, des oreillettes ou un casque audio.

Se distraire au volant, ça agit sur quoi ?
L’usage du distracteur a des conséquences sur le comportement du conducteur :
- 30 % d’informations sont enregistrées en moins par le cerveau d’une personne qui téléphone en conduisant avec ou sans kit mains libres.
- L’activité oculaire, notamment les mouvements horizontaux des yeux, se trouve réduite de 50 % par rapport à la conversation avec un passager ou en l’absence de conversation.
- La capacité de réaction d’une personne au téléphone se trouve amoindrie. À 130 km/h, la distance de décélération lorsque survient un événement se trouve allongée en moyenne de 100 mètres par rapport à la même situation sans conversation.
- Lire un message texte nécessite pour le conducteur de détourner les yeux de la route pendant environ 5 secondes.

L’avis de l’experte : « Il y a une forte pression sociale »
L’avis de Marie-Pierre Bruyas, chargée de recherche en psychologie cognitive à l’Ifsttar (établissement public français de recherche dans les domaines de la ville et les territoires).

Les conducteurs savent-ils que c’est dangereux ? Et si oui, pourquoi continuent-ils de le faire ?
Les campagnes de sensibilisation ont permis une certaine prise de conscience du risque lié à l’usage du téléphone au volant. Mais, il y a aujourd’hui une forte pression sociale liée à cet usage. Il est difficile de résister au besoin de rester connecté en permanence avec son entourage. Et puis, l’entourage n’est pas toujours prêt à accepter que quelqu’un ne réponde pas à une sollicitation téléphonique.

C’est très vrai dans le cadre professionnel, mais on l’observe également dans le cercle privé. Un conducteur doit parfois faire face à une double contrainte de la part de ses proches qui, d’une part, souhaitent qu’il ne prenne pas de risque en utilisant son téléphone lorsqu’il conduit et, d’autre part, ont du mal à accepter qu’il ne réponde pas à un appel, même s’il est au volant.

Qu’en pensent les usagers de la route ?
À première vue, le motard se montrera satisfait d’une telle campagne : il est d’autant plus concerné qu’en tant qu’usager vulnérable, il est souvent confronté aux réactions imprévisibles des automobilistes soumis à distraction.

« C’est bien de pointer les dangers réels, récurrents et de plus en plus inquiétants de la téléphonie en conduisant », constate un militant de la Fédération française des motards en colère (FFMC). Pour une fois, le motard n’est pas pointé du doigt et la vitesse n’est pas citée comme cause n°1 des accidents de la route.

Il reste que la Sécurité routière française poursuit sa logique de prévention sur un ton anxiogène et culpabilisant. « Or les études réalisées montrent que ça ne fonctionne pas, chacun continuant à se dire : c’est pas moi, c’est les autres », poursuit la FFMC.

« Mais surtout, une simple campagne de communication ne doit pas servir d’alibi à l’État pour masquer un réel manque de volonté d’agir contre l’usage des distracteurs : si le gouvernement était responsable, comme il le demande aux usagers de la route, il aurait pris des mesures pour freiner l’appétit des opérateurs mobiles… »

Quand il s’agit de généraliser un contrôle technique inutile en termes de sécurité mais qui aura une incidence sur des milliers de motards, on va plus vite en besogne que quand il est question de freiner l’expansion économique de quatre multinationales très influentes.

Rappel : ce qu’on risque
- Conformément à l’article R.412-6-1, tout conducteur doit se tenir constamment en état et en condition d’exécuter les manœuvres qui lui incombent.
- Depuis le 31 mars 2003, un décret sanctionne l’utilisation d’un téléphone portable tenu en main par une contravention de 2e classe (35 €) et un retrait de 2 points du permis de conduire. Cette peine a été alourdie en 2011 et s’élève désormais à 135 € et d’un retrait de 3 points du permis de conduire.
- Le fait de consulter ou manipuler son téléphone est également interdit et est passible des mêmes sanctions.
- De même, le fait de placer dans le champ de vision du conducteur d’un véhicule en circulation un appareil en fonctionnement doté d’un écran et ne constituant pas une aide à la conduite ou à la navigation est interdit. Cette infraction est sanctionnée d’une contravention de 5e classe d’un montant de 1 500 euros au maximum et d’un retrait de 3 points du permis de conduire. L’appareil peut être saisi par les forces de l’ordre et définitivement confisqué après condamnation du contrevenant par le tribunal.
- Depuis le 1er juillet 2015, il est interdit à tous les conducteurs (de voiture, de camion, de moto, de cyclo ou de vélo) de porter à l’oreille tout dispositif susceptible d’émettre du son (conversations téléphoniques, musique, radio).

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