Essai

Judge (juge en français), voilà un nom de baptême dont le sens peut laisser perplexe. C’est que loin d’évoquer l’homme de loi, ce patronyme est en réalité celui de la première Pontiac de type muscle car qui a vu le jour à la toute fin des années 1960 aux États-Unis. Bref, du costaud au programme, a priori. Pour la firme du Minnesota, c’est un choix délibéré qui marque une rupture avec le style Ness (grand préparateur US) qui lui colle à la peau depuis sa création. Et l’exercice est réussi, la Judge intégrant une bonne et agréable dose de rondeurs à sa silhouette, quand les dessins précédents favorisaient angles et lignes tendues ; un gros clin d’œil aux codes esthétiques des voitures de sport des seventies. Roues de 16 pouces « american racing », petit phare rond, commandes « reculées » et selle à surpiqûre...

Ainsi habillée, la Judge se place dans le sillage de la Hammer S, le custom sport de la marque, dont elle reçoit l’efficace bouilleur maison : un gros V-twin de 1700 cm3 développant 94 ch à seulement 5 000 tr/ min. Elle s’en distingue en revanche par un « petit » pneumatique de 140 mm à l’arrière, au lieu du boudin de 250 mm de la Hammer. La partie-cycle, elle, n’est pas vraiment nouvelle, qui reprend les cotes des customs de la firme. Seul l’angle de colonne a été légèrement refermé pour accroître l’agilité.

Une fois en mouvement, le charme de la Judge opère. La position de conduite relativement sportive s’appuie sur un guidon au cintre plat et des commandes légèrement reculées, qui rappellent le Street Road Harley. Le buste est basculé sur l’avant, mais cette position reste vivable, d’autant que l’alchimie angle de chasse réduit-roue de petites tailles rend la Judge facile à incliner.

Outre son look aguicheur, c’est surtout sa généreuse mécanique qui la démarque de la concurrence. Certes, les échappements d’origine n’aident pas le twin à s’exprimer librement (nous avons eu l’occasion de tester des machines dotées d’échappements adaptables et ça change), mais le couple important délivré à des régimes très bas (avant 3 000 tr/min) agit comme une catapulte à l’ouverture des gaz. Chaque passage de rapport apporte alors son lot de sensations. La Judge n’est donc pas une usurpatrice et son ramage est réellement à la hauteur du plumage.

Nous l’avions déjà constaté lors de précédents essais, les Victory tiennent remarquablement le pavé. Cette dernière mouture n’échappe pas à la règle et offre une tenue de route plus que correcte en dépit de la faible garde au sol et du grip moyen des pneus Dunlop (surtout sur le mouillé). Mais une fois en mouvement, la Judge tient bien son cap et s’affranchit des cahots de la route sans démembrer celui ou celle qui la chevauche. Pour des raisons esthétiques (afin que les jantes spécifiques soient bien visibles), cette lourde machine ne possède qu’un disque de frein avant et la puissance de freinage reste modeste.

Verdict. À 14 490 €, la Judge vient habilement se placer entre l’impressionnante Hammer et l’exotique Vegas 8 Ball. Sans vraie rivale tant son style la différencie des productions actuelles, elle s’adresse aux amateurs de belles américaines des années 70, quand le litre de super valait franchement « peanuts ». Et à ceux qui recherchent avant tout à vivre la moto comme un moment de détente. Sous ces auspices, le 1700 cm3 distille de bonnes sensations, surtout à l’accélération.

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