A l’Est de l’ancien mur de Berlin, l’ancien contribue au nouveau. Dans la circulation routière, Ampelmann fait un pied de nez à l’ennui. Un bonheur pour les voyageurs que chagrine l’uniformisation et la mondialisation de tout.
Pour qui souhaite faire un peu le mur pendant ses week-ends ou ses congés, Berlin-Est est une destination de balade à la mode en cette année commémorative 1989.
Ceux qui s’intéressent aussi à l’histoire des infrastructures routières à travers le monde y rencontrerons forcément Ampelmann, un drôle de petit bonhomme chargé de régir la circulation des piétons, et donc des motards qui s’arrêtent pour les laisser passer.
Même si l’on peut l’apercevoir de la selle de sa moto, mieux vaut laisser sa MZ ou sa Traby au parking si l’on veut pouvoir vraiment profiter des lumières de l’Ampelmann, sorte de « saint protecteur » des piétons dans toute l’ex RDA.
Toujours surmonté de son fameux petit chapeau, ce petit allemand rondouillard tour à tour rougit bras écartés pour interdire le passage aux piétons ou, dans un lumineux costume vert, mime la marche pour leur indiquer qu’ils peuvent passer.
Pour les mauvaises langues, il est juste un équivalent, différent, des personnages filiformes et uniformes sévissant partout ailleurs en Europe.

Pour les "Ostalgiques", c’est une autre « Histoire ». C’est en 1961 que l’allemand de l’est Karl Peglau crée les « Ampelmännchen » (Ampelmann au pluriel). Ayant pour mission de réduire les risques liés à la circulation routière, ce « psychologue de la route » (Verkehrspsychologue) estime qu’en proposant un personnage très expressif, les piétons seront plus réceptifs aux signaux et partant, moins inconscients ou kamikazes.
Dés ses débuts, Ampelmann devient une star et tiens la vedette dans des dessins animés de prévention routière destinés à conseiller les enfants. Après avoir investi Berlin-Est, il se répandit ensuite dans toute la RDA. Après la chute du mur en 1989, les autorités ayant autant souci d’uniformisation que de supprimer tout symbole fort de l’ex Allemagne de l’est commencèrent à les remplacer.
Mais il est resté tellement populaire de l’autre côté du « front de l’est » que ce remplacement fut contré par de très vigoureuses et nombreuses protestations. D’aucuns l’ont même érigé en symbole de "l’ostalgie", une nostalgie de l’Allemagne de l’est ou, la preuve en est, tout, était d’ailleurs loin d’être à jeter.
Des designers s’en sont emparés et l’ont encore plus popularisé par le biais d’objets artistiques. Des boutiques entières lui sont consacrées.
Au bout du compte l’Ampelmann est toujours omniprésent dans les quartiers de Berlin Est et de nombreuses villes de l’ex RDA.
En 2004 un ou une féministe à même créé « Ampelweibchen » le pendant féminin d’Ampelmann. Ce charmant petit bout de bonne femme avec sa jupette et ses tresses, sont utilisés, entre autres, sur les feux de la ville de Dresde.
Sources : Libération (9 novembre 1989)
Pascal Girardin - 19/11/2009
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