En 2006, la SAAQ, de concert avec le gouvernement libéral, a annoncé que le prix de l’assurance obligatoire serait indexé à la gravité des accidents de moto. La SAAQ ne tolère plus que les usagers de la route payent pour une catégorie fortement accidentogène… Elle a échelonné l’augmentation du tarif d’assurance sur trois ans.

Entre 2009 et 2010, c’est le coup de massue pour tous les motards, et encore plus pour les possesseurs de sportives. Entre 2007 et 2010, l’assurance double de 320 à 627 dollars (de 203 à 400 euros) pour les customs, et elle est multipliée quasiment par 5, de 320 à 1430 dollars (910 euros) pour les sportives !

Incohérence et irresponsabilité. Cette mesure démesurée s’avère complètement absurde à l’usage. Les motos de plus de 401 cm3 sont rangées dans les deux catégories « régulière » et « à risques », sans discernement. Ainsi, une Speed Triple est considérée comme régulière, pas une Daytona…

« Les fonctionnaires du ministère des Transports québécois n’y connaissent rien à la moto. Ils ont classé les modèles n’importe comment. Ils s’en fichent en fait. Leur but est qu’on roule le moins possible en bécane », constate un manifestant amer.

« Non seulement cette mesure n’a aucun sens, mais elle est en plus dangereuse », appuie Jean-Pierre Belmonte, président de la fondation Promocycle destinée à la recherche. « De plus en plus de jeunes, qui n’ont pas les moyens d’assumer les taxes, rouler sans assurance.
S’ils sont arrêtés par la police, ils prennent la fuite et risquent un grave accident »
. Les conducteurs sont poussés vers l’irrégularité.

Solidarité naissante. Les autorités québécoises méconnaissent tant les motards qu’elles ont sous-estimé la cohésion pouvant naître de ce mode de transport si particulier.
Sur un continent américain individualiste, une forme de solidarité naît de ce combat contre l’injustice. Depuis le début de l’été, Opération Escargot organise chaque semaine une manifestation, bloquant les voies d’accès dans une ville ou réalisant des opérations coup de poing lors des réunions où est présent Jean Charest, le Premier ministre de Québec, par ailleurs grand ami d’un certain Nicolas Sarkozy…

La coalition qui a organisé la grande manifestation des 19 et 20 septembre regroupe Opération Escargot mais aussi l’historique Comité d’Action Politique Motocycliste (CAPM) et la Fédération Québécoise de Motocyclisme.
Malgré leurs points de vue parfois divergents, tous sont soudés face à l’urgence. Certains regrettent que le mouvement n’ait pas réuni plus de motards. « On a déjà vu des rassemblements de 25.000 machines à Québec », souligne un observateur du haut de son Electra Glide.

Barouf, pas baroud d’honneur. Il n’empêche, les autorités québécoises ne s’attendaient pas à pareil barouf aux portes du parlement. « Ça sert à quelque chose de manifester », se réjouit Eric Lessard, coordinateur d’Opération Escargot. « On sent que ça se débloque dans nos rapports avec le ministère des Transports… Ils s’attendaient à ce qu’on remise sagement les motos à l’approche de l’hiver ! Alors, il faut rester mobiliser, continuer à se battre. Ils vont finir par reculer. »

Le danger de l’essoufflement à cause de l’hiver est réel : ils sont logiquement très peu à rouler par -10°C voir -30°c… « Mais nous avons aussi des voitures et nous pouvons organiser des blocages avec », menace Eric.
Le gouvernement québécois est prévenu : les motards ne lâcheront pas. Ils demandent un moratoire, puis une concertation sur le problème de la sécurité routière. Ils veulent être considérés comme des interlocuteurs responsables par les autorités.

Un parfum de révolte flotte chez les cousins. Un parfum qui rappelle aux historiques, de ce côté-ci de l’Atlantique, une révolte aux relents de victoire, voici trente ans. Giscard promettait une vignette aux motards. Il a dû faire volte-face. Monsieur Charest est prévenu, les motocyclistes sont des durs à cuir.

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