La ville de Paris a expliqué, le 19 janvier, que l’abaissement à 70 km/h de la limitation sur le périphérique parisien, un an après son application, avait plusieurs effets positifs : elle constate une baisse du nombre d’accidents, ainsi qu’une amélioration de la fluidité de circulation et des émissions sonores pour les riverains.

Descendre à 50 km/h !
Ce bilan a donné des ailes à ceux qui voudraient voir disparaître l’anneau autoroutier ceinturant la capitale. Parmi lesquels l’écologiste Christophe Najdovski, adjoint au maire chargé des Transports. Dans Le Parisien du 20 janvier, il se prononçait en faveur d’une limitation à 50 km/h de la vitesse sur le périph’ entre 22h et 7h, et espérait une transformation de la ceinture en boulevard urbain (avec des feux tricolores, passages piétons…)..

Le soir même, l’entourage d’Anne Hidalgo, maire de Paris, répondait sur Lemonde.fr : « Il n’est pas du tout question de prendre une telle mesure », indiquait Mathias Vicherat, directeur de cabinet de Mme Hidalgo. « M. Najdovski est en dehors des clous ».

Fluidité : fini l’accordéon
Examinons donc ce bilan d’un an à 70 km/h. Sur le périphérique, d’après la ville de Paris et la préfecture de police, on constate en 2014 une amélioration des vitesses moyennes, qui permettent une plus grande fluidité du trafic. Aux heures de pointe du matin, la vitesse moyenne de circulation est passée de 32,6 km/h en 2013 à 38,4 km/h en 2014 (+18 %). Le soir, elle est passée de 30,3 km/h à 33,9 km/h (+12 %).

La vitesse rendue plus régulière entraîne une réduction de l’effet accordéon et facilite l’insertion des véhicules sur le périphérique. « Les automobilistes bénéficient ainsi d’un gain de temps de parcours d’environ 15 % le matin et de 5 % le soir », est-il expliqué sur Paris.fr.

Contre-étude
La société d’info trafic V-Traffic a, de son côté, réalisé une étude basée sur l’analyse des déplacements de 1,2 million de véhicules équipés d’un GPS, dont les résultats ont été en partie diffusés par Le Parisien du 20 janvier. Elle confirme que le nombre de kilomètres embouteillés a diminué de 8 % entre 2013 et 2014, dans toute l’Ile-de-France.

Mais n’apporte pas la même interprétation : « La tendance à l’amélioration étant générale en Ile-de-France, nous y voyons essentiellement les conséquences de la fin des grands travaux de rénovation des tunnels initiés en 2010 », souligne Philippe Goudal, directeur de l’innovation de Mediamobile, maison-mère de V-Traffic. « Il faut aussi prendre en compte la météo, qui a été plus clémente avec seulement deux jours de gel dans l’année à Paris contre 25 en 2013 ». Et V-Traffic de constater que les bouchons ont globalement augmenté de 13,8 % depuis 2010.

Accidents : plus de tués
« La limitation à 70 km/h a permis une baisse significative des accidents et des blessés sur le périphérique en 2014, est-il écrit sur Paris.fr. Le nombre d’accidents a diminué de 15,5 % par rapport à 2013, s’établissant à son plus bas niveau depuis 10 ans. Cette tendance favorable se traduit aussi par une diminution du nombre de blessés : 776 en 2014 contre 908 en 2013 ».

Mais le nombre de décès sur le périphérique a bondi entre 2013 et 2014, passant de 4 à 7. En 2010, on n’avait recensé qu’un tué sur le périphérique. Des drames qui touchent en majorité les usagers dénués de carrosserie. Les motards et scootéristes…

Infractions en hausse
Autre hausse, significative, les infractions à la vitesse constatées par les 16 radars fixes du périphérique : elles ont bondi de 138 138 en 2013 à 461 596 en 2014 (+334 %) ! S’il ne s’agissait que d’excès de vitesse inférieurs à 90 km/h (20 km/h d’écart par rapport à la limitation, ce qui engendre une amende de 3e classe à 68 €), ils auraient généré 9,3 millions d’euros de recettes en 2013, et 31,3 M€ en 2014. De quoi se féliciter de ce passage à 70 km/h ajouté au doublement du nombre de radars (à l’été 2013).

Bilan environnemental mitigé
Le volume des nuisances sonores émises sur le périphérique a diminué de 1,2 dBA la nuit et 0,5 dBA le jour. L’adjoint au maire de Paris chargé des transports s’en félicite et voudrait aller plus loin en réduisant la vitesse à 50 km/h. Mais 40 Millions d’Automobiliste estime qu’il s’agit « d’une évolution imperceptible pour l’oreille humaine selon les spécialistes ORL ».

Quant à l’impact sur les émissions polluantes, les ingénieurs de l’organisme de contrôle Airparif ne s’attendent qu’à « un impact limité à quelques pour cent sur le dioxyde d’azote et les particules ».

Il reste donc du travail, à la ville de Paris, pour trouver la meilleure politique de réduction des nuisances environnementales aux riverains du périphérique. Pas sûr que le choix arbitraire d’interdire les véhicules les plus anciens ait plus d’effets qu’une réduction de 10 km/h de la limitation de vitesse.

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