En définitive, cette mesure est-elle applicable aux deux-roues ?
- Bien sûr que non ! C’est une procédure rédigée pour l’automobile. Les autorités n’ont pas pris la peine de consulter les spécialistes, ni de traduire les termes appropriés à l’automobile en deux-roues. On parle de fixations de sièges, de tableau de bord… On est à la limite du mépris.

- Les forces de l’ordre n’ont pas les compétences pour juger d’une présomption de dangerosité. L’arsenal législatif existe déjà, pourquoi rajouter encore une couche de répression ? Un officier de police ne peut se muer en expert technique.

Assainir le parc des deux-roues en circulation, c’est quand même une bonne idée, non ?
- Peut-être, mais on n’y arrivera pas comme cela. Les études sur les accidents des deux-roues sont formelles, les sinistres liés à l’entretien des véhicules ne représentent que 0,74 % du total des cas déclarés. Le facteur matériel n’est jamais cause d’accidents, contrairement au facteur humain qui est très important. Le parc des 2-roues motorisés est récent, la durée de vie est moindre qu’une automobile. Cette mesure ressemble à un contrôle technique déguisé.

Que demande le CNPA au gouvernement ?
- Nous demandons un moratoire de trois ans, afin que les spécialistes se mettent autour d’une table et réfléchissent ensemble à une mesure applicable sans pour autant nuire à l’utilisateur. C’est du bon sens !
Par exemple, nous sommes contre l’immobilisation de la carte grise en préfecture. Imaginez le temps perdu à aller à la préfecture et y retourner, sans véhicule de surcroît.

Cette confiance faite aux experts, vous la percevez comment ?
- Le législateur ne fait plus aucune confiance aux réparateurs professionnels, et transfère la responsabilité aux experts et aux forces de l’ordre. Je ne comprends pas car dans le système actuel, l’expertise tient déjà un rôle prépondérant et utile : après un accident, il est déterminant de savoir si le véhicule peut être remis en circulation. C’est à l’expert de le décider.

Pourquoi affirmez-vous qu’il s’agit d’un contrôle technique déguisé ?
- La Sécurité routière espère, grâce à cette mesure, détecter les motos bridées ou non à 100 chevaux. Et à 45 km/h pour les cyclomoteurs. Le même raisonnement qu’avec le contrôle technique, qu’elle a tenté d’instaurer il y a un an.

Quelles solutions préconisez-vous pour assainir le parc roulant ?
- En ce qui concerne les cyclomoteurs, nous demandons que les assureurs puissent vérifier la conformité du véhicule avant de l’assurer. Un contrôle gratuit, destiné à sensibiliser les parents au danger encouru par leur enfant. -Cette mesure permettrait également de déresponsabiliser les concessionnaires, très souvent poursuivis quand il y a présomption de débridage sur un cyclomoteur. Sur ce point, il serait bien de revoir la loi afin de porter la vitesse des 50 cm3 à 60 km/h et non à 45 km/h.

Quel écho recevez-vous de vos récentes entrevues au secrétariat d’État aux Transports ?
- Les politiques possèdent une méconnaissance totale de la pratique du deux-roues motorisés. Arc-boutés sur les chiffres d’accidents, ils nous prennent tous pour de dangereux suicidaires, alors que le marché a considérablement évolué ces dernières années. La sécurité des motos a évolué, l’âge des utilisateurs aussi, la répression a fait se calmer les motards. Et ils nous attaquent encore…

Propos recueillis par Nicolas Grumel

Cinquième partie du dossier : « Une avancée en termes de sécurité routière », interview de Philippe Ouvrard, vice-président de l’Alliance nationale des experts en automobile (ANEA). Il nie un contrôle technique déguisé, déplace le débat sur le terrain de la sécurité routière, mais occulte la contrainte économique pour l’usager.

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