Le mariage semble osé. La moto et le ballon ont pourtant donné naissance à un sport aussi confidentiel que spectaculaire : le moto-ball, pratiqué très sérieusement chaque week-end par 323 licenciés hexagonaux. Leur espoir : décrocher la Coupe ou le Trophée de France. Et pourquoi pas, un jour, une Coupe du monde ?
Difficile de trouver une explication à la confidentialité du moto-ball. Seulement connu des aficionados, ce sport a pourtant plus de 75 ans d’histoire au compteur. Si l’on ignore le nom de son inventeur, on est certain en revanche qu’il se pratiquait déjà au tout début des années 30. Pour certains, il serait anglais, pour d’autres, français. Mais qu’importe après tout, car la discipline est étonnante et méchamment spectaculaire.
Le moto-ball fait donc la synthèse entre la moto et le football auquel il emprunte beaucoup de règles… mais aussi de joueurs.
Parmi ses partisans, nombreux sont ceux à avoir débuté crampons aux pieds. Et c’est le plus souvent sur un terrain de foot traditionnel qu’ils se sont initiés aux arcanes du placement – attaque ou défense – et à la tactique de jeu.
Moi qui ait joué y a une dizaine d’année au foot en poussin et minime, je sais où je vais me recycler. Et pour que ma compagne ne s’inquiète pas comme a chaque fois que je vais faire du circuit avec ma R1, je pourrai toujours lui dire que je vais au foot ! J’aurai juste à remplacer les slick’s par (...)

Les dimensions du terrain (45 à 90 m de large x 90 à 120 m de long) et des cages (7,32 m de large x 2,44 m de haut) de moto-ball sont identiques à celles du football.
Les règles sont également très proches avec la possibilité de coups francs et de penaltys si un joueur touche le ballon de la main.
Pour ajouter du piquant au jeu (qui n’en manque déjà pas), il est interdit de partir de son camp et de remonter le terrain d’une traite jusqu’au but adverse.
Le joueur qui possède le ballon doit obligatoirement faire une passe sur la ligne médiane. Une feinte courante consiste à shooter dans le ballon afin de le faire rebondir sur la machine de son équipier et de le récupérer de l’autre côté de la médiane.
Lorsque la moto chute ou cale, le joueur doit se dessaisir du ballon. Enfin, pour des questions de sécurité, il existe une zone de hors-jeu devant les cages (la fameuse surface de réparation au foot) dont le goal ne peut sortir et dans laquelle les motards ne peuvent pénétrer.
Ceux qui ont bénéficié de cet apprentissage peuvent espérer accéder plus rapidement à un niveau respectable. Ils n’ont plus, alors, que le maniement de la moto à maîtriser, ce qui en soi constitue déjà un défi. La machine, au pedigree TT marqué, comporte quatre leviers, le moto-baller deux mains.
Armé de ses 10 doigts, il doit accélérer, freiner, embrayer – facile – mais aussi descendre et monter les deux seuls rapports. Tout cela sans se laisser déconcentrer par les à-coups de transmission et les cahots du terrain qui prêtent main-forte aux quatre joueurs de l’équipe adverse pour lui piquer le ballon coincé entre le cadre et sa malléole.
Aux dires des anciens, quatre années de pratique sont nécessaires pour cesser de se faire balader sur le terrain et commencer à glisser bien comme il faut. Avant, point de salut, ce qui explique qu’il existe même une catégorie cadet, et que ses joueurs atteignent la maturité à l’âge où leurs cousins footeux pensent retraite.
Les clubs déploient d’ailleurs une belle énergie pour conserver leurs troupes. Pour ne pas perdre les nouvelles recrues, (…) ils prennent à leur charge une grosse partie des dépenses dont l’achat des machines (4000 à 5000 € pièce), leur entretien, le carburant et les frais de déplacement.
Le moto-ball est de ce fait l’un des sports mécaniques les plus accessibles. Entre la licence et l’adhésion au club, il coûte à peine plus qu’une année de boxe ou de foot, soit 450 €.
Paradoxalement, ce sport ne fait pas courir beaucoup de risques physiques à ses adeptes. Leur niveau de protection minimaliste en atteste. Le casque intégral y est même prohibé, sauf autorisation préalable de l’arbitre. Chaque joueur se préserve bien de la demander : en bloquant la vision vers le bas, la mentonnière nuit au bon contrôle du ballon.
Les bottes ne s’attirent pas plus les faveurs de ces sportifs pour lesquels la souplesse de la cheville est fondamentale. Tous portent des chaussures de randonnées rehaussées de guêtres. (…)
« En 6 ans de foot, déclare Stéphane Baziret, le président du club versaillais, je me suis fait 5 entorses, en 9 ans de moto-ball, je me suis seulement cassé une clavicule. » (…)
Des 10 joueurs présents sur le terrain, les plus exposés sont incontestablement les deux gardiens. Bien qu’à pieds, ils se coiffent eux aussi de jet. Indispensable en regard des seules dimensions du ballon : un bon kilo pour 40 cm de diamètre contre 450 g et 20 cm pour son homologue footballistique.
Autant dire qu’il faut un peu de cran pour oser s’opposer à la percée de ce boulet dans lequel aura shooté un joueur pétaradant lancé à 70 km/h. Bien plus risquées que les chocs entre motos, les « gifles » que les joueurs se distribuent parfois. La sanction est alors immédiate. L’arbitre sort le carton rouge avec à la clé deux matchs de suspension et une amende (…).
Pour expliquer ces tensions sur le terrain, on évoque sa mauvaise qualité. « Le terrain est lourd. Ça fatigue plus, donc ça génère plus de tensions », analyse Serge Sanson.(…)
Pour mettre le holà aux incidents de ce type, les arbitres veillent. Les deux hommes, tout de blanc vêtus pour être plus facilement repérés par les joueurs (un argument qui perd de sa force au fil du match et de ses projections de boue), n’ont pas la tâche facile.
Non seulement ils doivent repérer l’éventuelle faute que commettrait un joueur dissimulé par le cadre de sa machine, mais aussi faire entendre leur sifflet par-dessus le bruit de huit 250 qui pétaradent de concert.
Guillaume Dayan - 17/12/2007
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