L’accident de Vienne de vendredi dernier a ému nombre de motards. Mais, pour les besoins de la communication, le verdict a été rendu en moins de trois jours. Il élude les vraies questions à se poser autour d’un tel drame.
Dans l’effroyable accident qui a eu lieu à Vienne (Isère), le 18 avril à 4h30 du matin, deux motards circulant sur une Suzuki 600 sont morts. Sur la nationale 407, ils ont percuté un camion faisant demi-tour alors que c’était interdit.
Ces deux hommes étaient des policiers, ils se rendaient à leur travail au commissariat de Vénissieux (Rhône).
En civil, donc « simples » motards
Aussitôt après l’accident, la machine médiatique s’est mise en branle. Tous les motards en ont été émus. Le risque de percuter un véhicule faisant demi-tour, ou tournant à gauche sans prévenir, ils l’ont croisé au moins une fois.
Mais si les médias s’adressant au grand public ont réagi, ce n’est pas parce que deux motards sont morts. Cet événement ordinaire ne fait qu’un entrefilet dans la rubrique « faits divers » de la presse régionale.
accuser un motard d’aller trop vite....quel hypocrisie (peut -être parce qu’il est policier ?!). Quand j’ai passé mon permis, il fallait faire montre d’assurance et rouler près de 10 km/h plus vite que les limitations... Un jour j’ai été fauché à 40 km/h (en ville) par un caisseux (ivre). La vitesse ?? (...)
Là, il s’agissait de policiers. Au début, vu la tournure des dépêches d’agences de presse, on a même cru que les motards étaient en fonction… Sensationnel. Mme le ministre de l’Intérieur y est même allée de son hommage. Pour un accident de la circulation.
La justice sur le même tempo
La justice a embrayé. Expéditive. Le verdict frappe les esprits. Le conducteur du camion a pris cinq ans de prison dont deux fermes. Ce livreur professionnel est interdit de permis pendant trois ans. Il a commis une infraction grave. Il roulait avec un taux d’alcool deux fois supérieur à celui autorisé. À 4h30, son organisme n’avait pas évacué le trop plein de la soirée. Il aurait du le savoir, il est coupable, il devait être puni.
Mais le tribunal n’a pas examiné tous les points du dossier. Au vu des photos de la machine et du camion, on doute que le motard roulait à 50 km/h, vitesse autorisée. L’avocat de la défense a demandé qu’on examine ce point. Niet du tribunal. D’ordinaire les juges incriminent le motard pour moins que ça. « Il roulait trop vite »…
La communication prime sur la réflexion
Pour évacuer le drame on aurait préféré, à une justice rapide, de vraies réponses. Pourquoi la formation aux permis automobile et poids-lourds n’intègre pas la perception des deux-roues dans le champ visuel des rétroviseurs ? Et puis à cet endroit, la N407 est visiblement dangereuse. Personne n’a remis en cause l’infrastructure. On aurait pu conclure à la nécessité de faire des travaux. Mais non, il fallait aller vite.
Ce drame est effroyable mais, au nom de la communication, on a décidé de ne pas en tirer les conclusions essentielles. D’autres motards se tueront peut être sur la N407. Mais on n’en fera pas autant.
Nicolas Grumel - 25/04/2008
Comme si elle souhaitait atténuer la colère des motards, qui promettent d’être très nombreux dans la rue le 13 mars, la Sécurité routière leur attribue un bon point dans son baromètre d’un mois de février "polaire". Pour mieux les brosser dans le sens du poil ?
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