Fabrice Miguet, dit « Le Mig », n’était, sauf en Normandie, pas le sportif moto le plus médiatisé. Il suffisait cependant de se trouver ce lundi 27 août, près du funérarium d’Argentan (61), pour mesurer sa popularité parmi les motards. En l’espace d’une heure, ce jour là, plus de six cent motos et huit cent motards venus de toute la France mais aussi de l’étranger (Belgique, Irlande, Angleterre…) envahissent le parking du cimetière et les ruelles adjacentes. Après quelques temps de retrouvailles et de recueillement, ils se rendent à Chambois (61) en un long cortège, digne et calme, mené par la gendarmerie, les pilotes et les machines de course du Team Optimark dont faisait partie Fabrice.

Popularité tous azimuts
« Nous nous étions rencontrés lors d’un tournage pendant les 24 heures du Mans Moto » raconte Hervé Lagaillarde, caméraman, qui a pris son lundi pour venir de Paris avec sa compagne. « C’était un gars à l’abord facile, très humble et qui savait aussi très bien faire la fête ». Racers, customs, trails, roadsters, trikes, sidecars, rat’s, scooters même, la grande diversité des montures prouve s’il le fallait encore, la sympathie dont bénéficiait Mig parmi les motocyclistes, toutes chapelles confondues. Parmi tous ces motards présents chacun ou presque l’a rencontré et a au moins une anecdote à raconter sur lui.

Les Voxan aussi
Sont venus aussi des bénévoles du Ducateam pour qui le Mig a couru à Spa (Belgique), et des membres du Voxan Club de France. Le Mig est l’un des rares pilotes à avoir piloté en course (et sur le Tourist Trophy qui plus est) une machine de cette marque française, si mal aidée par son pays d’origine. Généreux de lui même, Fabrice Miguet aimait les causes difficiles, relevait des challenges, aidait autant qu’il le pouvait. Un samedi, les amis et connaissances auraient peut être été plus nombreux encore. Mais rapatrier un corps de l’étranger n’est pas une simple formalité.

Une tristesse infinie
À Chambois, autour de l’église, bouchant même la rue principale, la foule est dense. Autour du cercueil exposé devant les marches de l’église, le silence s’est fait. Seul le bruit éloigné d’une moto retardataire le trouble, de temps à autres. Au total, plus de mille personnes, soutiennent maintenant ici la famille et les proches de Fabrice. Le Mig était fils unique. Le visage ravagé de ses parents, de sa mère surtout, crée chez tous les participants une tristesse infinie. Rendant l’ambiance plus poignante encore, une cornemuse sonne l’entrée du Mig dans l’édifice. À l’extérieur, une sono permet à tous de suivre la cérémonie religieuse. Elle est longue comme si l’on voulait encore retenir Fabrice parmi nous, comme s’il vivait encore, comme si tout à l’heure il n’allait pas finir définitivement dans un trou bétonné, une dalle gravée rappelant seule qu’il a, un temps, existé.

Une effigie en laine
À la sortie du cercueil, en haie d’honneur, les casques sont levés. Ils le resteront sur le passage du corbillard, qui, au pas, traverse le bourg endormi et ensoleillé. Dans un silence assourdissant plusieurs centaines de motocyclistes, suivent à pied, la famille et les proches. Le cortège passe devant le champ où les motos gronderont à nouveau tout à l’heure. Devant l’entrée le cercueil est encore exposé, chargé de quelques gerbes de fleurs synthétiques et d’une effigie naïve en laine tricotée représentant le Mig dans sa combinaison des 24 Heures du Mans, un cadeau fait main par un couple d’amis.

Amazing Grace
Seuls les plus intimes assistent à l’entrée du Mig dans son dernier domicile connu. Comme le bourg et l’église, le cimetière est petit. Perçant l’air estival, la cornemuse et la bombarde sonnent l’« Amazing grace ». Lentement ensuite, des dizaines de motardes et de motards viennent jeter quelques pétales, un dernier regard, quelques larmes à celui que nous ne reverrons plus, mais dont nous rechercherons instinctivement la présence au détour des paddocks ou d’un salon, sur une ligne de départ…

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