Le 24 novembre 2004, l’ACEM a rendu public une étude européenne approfondie sur les accidents des deux-roues à moteur. Leurs conclusions sont édifiantes.
La vitesse est loin d’être seule en cause...
Le 24 novembre 2004 à Bruxelles, L’A.C.E.M. (l’Association des constructeurs européens de motocycles) a rendu public son rapport sur l’accidentologie des deux-roues intitulé MAIDS (Motorcycle accidents in depth study, étude approfondie des accidents de moto en français).
C’est un rapport colossal, mais très attendu car il va enfin permettre aux spécialistes d’analyser avec précision les causes des accidents de la route impliquant une moto.
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Le président de l’Association des constructeurs européens de motocycles (ACEM), Herbert Diess, l’a donc présenté aux membres de la commission Transports de l’Europe.
Cette étude de l’ACEM a été menée avec le soutien de la Commission européenne sur les années 1999 et 2000. 921 accidents ont été passés au crible, dans 5 régions tests de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays Bas et d’Espagne, près de 2000 données ont été enregistrées et passées au crible.
Dans le cadre de cette étude, les accidents ont été reconstitués complètement, les véhicules ont été inspectés et les témoins ont été interrogés. C’est dire le sérieux de cette enquête.
La vitesse n’est pas seule en cause
La vitesse est rarement mise en cause, puisque lors de l’impact, elle est inférieure à 50 km/h dans 70% des cas. 18 % des accidents impliquant un deux-roues motorisés sont survenus à une vitesse sensiblement supérieure à celle de la circulation. Les conducteurs de deux-roues ont en grande majorité tenté d’éviter la collision, mais ce faisant 32 % n’ont réussit qu’à perdre le contrôle de leur engin. La vitesse n’est donc pas un facteur déterminant. L’objet percuté lors de ces accidents par le deux-roues est le plus souvent une voiture particulière (60% des cas), dans un environnement urbain.
Dans la majorité des cas étudiés, la cause de l’accident est l’erreur humaine. Si 37% des erreurs sont imputables au conducteur du deux-roues, 50% sont à l’actif des conducteurs de voiture. Dans cette même proportion d’usagers de véhicules à quatre roues, 70% n’ont pas décelé la présence du deux-roues à moteur.
Les fréquentes infractions au code de la route sont génératrices d’accidents pour les conducteurs de deux-roues. Mais ceux-ci ne représentent que 8% des cas, alors que cette proportion grimpe à 18% pour les conducteurs de voitures particulières.
Le mauvais état de la chaussée n’est à mettre en cause que dans 3,6% des cas, tout comme les conditions météo qui sont la cause directe d’accident que dans 7,4% des cas. Par contre, les barrières placées sur le bord des routes présentent un danger ’substantiel’ pour les deux-roues. Ces dernières sont la cause de graves blessures aux jambes, ainsi que de lésions vertébrales et crâniennes. Encore un terrain à défricher pour la protection des conducteurs de 2-roues.
Par contre le port du casque contribue efficacement à la réduction des lésions crâniennes, puisque porté par 90,4% des usagers de deux-roues à moteur. Mais un détail reste à améliorer puisque 9,1% de ces mêmes casques se sont détachés, soit à la suite d’une mauvaise fixation soit à la suite d’une détérioration de la fixation au moment de la chute.
Conclusions : De Robien fait fausse route
À la lumière de cette étude, il apparaît donc clairement que l’instauration des radars automatiques, sur les voies rapides et les autoroutes, est inefficace en terme de lutte contre l’accidentologie, puisque la majorité des accidents entre les deux-roues et les voitures a lieu en ville ! Enfin, les motards ont raison de dénoncer l’allumage des feux de jour, puisque la principale cause de collision entre les conducteurs de deux-roues motorisés et les voitures, est la non perception du deux-roues par l’automobiliste !
L’Europe est avertie
« Nous réalisons que les deux-roues motorisés peuvent contribuer à une plus grande mobilité sur les routes européennes », commentait mercredi le professeur Paolo Costa, représentant de la Commission européenne. « Nous devons prendre en compte l’augmentation du nombre de ces véhicules pour maintenir la sécurité dans les rues de nos villes. » C’est l’un des effets positifs de MAIDS : il permettra peut-être à l’Europe de mieux appréhender la problématique moto dans l’organisation de sa politique de sécurité routière. D’autant que l’initiative a également eu le mérite de fédérer les différents maillons de la chaîne moto européenne, puisque la fédération européenne des usagers motards (la FEMA) et la Fédération internationale de moto (FIM) en sont partenaires.
Plan d’action des constructeurs
L’ACEM a profité de cette présentation pour annoncer un plan d’actions destiné à rendre nos machines plus sûres. Un plan timoré, quand on lit que l’une des mesures est la généralisation de l’allumage automatique des phares des motos... Mieux être vu, c’est bien, mais est-ce suffisant ? Plus intéressant, les constructeurs de l’ACEM s’engagent à équiper la majorité des modèles de route de systèmes de freinage avancés, d’ici à 2010. Autre axe de recherche, un système d’alerte qui se déclencherait pour prévenir les secours en cas de problème survenu alors que le conducteur est seul. L’airbag moto fait lui aussi l’objet d’études.
MAIDS constitue une base de donnée d’une richesse incomparable. Gageons que l’Europe et le gouvernement français, mais aussi les constructeurs de motos, en tiendront compte pour améliorer la sécurité des conducteurs.
Nicolas Grumel et Thierry Leconte
- 02/12/2004
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