La 750 Honda de Rougerie-Urdich n’a pas la partie facile et elle doit repousser les attaques des trois 500 Kawasaki H1 qui étaient en embuscade. Ces trois machines étaient pilotées par les équipages Guénard-Morel (qui prirent un moment la tête, la nuit), Vasseur-Bargetzi et Huguet-Danzer. Les espoirs de victoire s’envolèrent pour les Kawasaki suite à de gros ennuis mécaniques. C’est finalement la jeunesse qui triompha. Jeunesse des pilotes (19 ans) et jeunesse de cette moto tout juste importée en France, qui allait devenir l’un des symboles du renouveau de la moto.

Pour la petite histoire, après sa victoire, Michel Rougerie est allé faire « le singe », pour Gérard Jumeaux (qui a lui aussi a couru le Bol, sur Guzzi), dans la course de side-cars qui doit clore ce week-end. Mais pas de chance, les deux amis terminèrent cette course en tonneau dans la ligne droite des stands !

L’histoire du Bol de Michel Rougerie …
La participation de Michel Rougerie au Bol 69 est due à trois coups de chance. D’abord sa rencontre avec Robert Assante. Ce dernier travaillait chez Jean Murit, et Michel l’a rencontré quand il venait y chercher des pièces racing pour son 305 Honda (Assante courrait lui aussi sur cette machine). Ils deviennent alors de très bons amis.
Ensuite Robert Assante devient le nouveau directeur commercial de Japauto et Michel est allé le voir pour de nouvelles pièces car il courrait les 1000 km du Mans, deux semaines avant le Bol d’Or. Lors de sa visite, il soumet une idée à son ami : convaincre M. Vilaséca (le patron) d’engager la nouvelle moto japonaise qui venait de sortir en Europe, la 750 Honda.

Il participe au 1000 km du Mans avec son copain Bibi, sur la 305 Honda, mais ils doivent abandonner sur casse. Ce jour-là c’est Ravel, sur H1R, qui gagne devant Urdich sur Honda 250 CB 72. Après la course Urdich passe chez Japauto pour rendre des pièces et il fait la même proposition que Michel concernant l’engagement de la 750 Honda. M. Vilaséca séduit par l’idée engage Urdich en 750, mais son coéquipier n’ayant qu’une licence junior (limitée à 250 cm3) ne peut pas lui aussi être engagé. Robert Assante pense aussitôt à Michel. C’est son 2e coup de chance.

La moto est rapidement et succinctement préparée (commandes reculées, bracelets, petit dosseret, pas de carénage mais une bulle, etc). Et Vilaséca la présente aux pilotes.
Le Jeudi précédant la course, le patron de Japauto entre dans l’atelier et dit à ses pilotes : « Demain, n’ayez pas l’air surpris quand vous verrez la moto !!! » Rougerie, Urdich et Assante se regardent, incrédules. La moto, ils la connaissent : c’est eux qui l’ont préparée et ils ne voient pas ce qui pourrait les surprendre.
Le lendemain, ils comprennent. Ce n’est plus la même moto qui est devant eux, mais la 750 Honda d’usine que M. Vilaséca a réussi à obtenir des Japonais.

C’est là que réside le troisième coup bol de Michel. En effet, la course se déroulant à Montlhéry, seuls les pilotes français peuvent y participer. Les pilotes d’usine étant anglais, l’usine décide donc de confier la machine à des Français. Tout le monde connaît la suite : Urdich et Rougerie gagnent la course.

Naissance d’un grand pilote
Pourtant tout ne fut pas si facile. Les deux pilotes manquaient cruellement d’expérience et Urdich refusa même un relais à la tombée de la nuit et sous la pluie. Il fallut l’intervention « musclée » de Mme Assante pour qu’il se décide à reprendre la piste. Mais paralysé par la peur, le pauvre Urdich est très lent. C’est une Kawasaki qui reprend alors la tête, celle pilotée par Guénard et Morel. Les Japonais de Honda demandent à Michel de reprendre le guidon et de tout faire pour repasser en tête.

Après un relais d’anthologie, Michel repasse en tête et, grâce à cet exploit et au jour qui revient, Urdich reprend confiance et l’équipage gardera la tête jusqu’au bout. Après cette course, Michel Rougerie prend une grave décision : il ne sera pas ingénieur en électronique, mais pilote de moto professionnel.

Vainqueurs du Bol d’Or 1969

- 250 cm3 : Michel Bétemps et Pierre Lacorre (Kawasaki),
7e du classement général de l’épreuve.

- 500 cm3 : Jean-Claude Guénard et Marcel Morel (Kawasaki),
2e du classement général de l’épreuve.

- Plus de 500 cm3 : Michel Rougerie et Daniel Urdich (750 Honda), vainqueurs du classement général de l’épreuve.

- Sidecars : Joseph Duhem / François Fernandez (BMW).
Course annexe disputée après l’arrivée du Bol d’Or.

La Honda Japauto officielle de Rougerie et Urdich
Favorites au départ du Bol 69, les deux Laverda ne pourront plus tenir tête à la Honda n°61, ennuis mécaniques obligent...

A lire également : Histoire du Bol d’Or (1re partie) : des débuts à 1969

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