Depuis ce 7 février, toutes les voitures mises sur le marché doivent disposer de "feux diurnes". Objectif : diminuer la sinistralité routière dans les 27 pays de l’Union européenne. Les associations de motards craignent une hausse des accidents de deux-roues.
Plusieurs études européennes seraient arrivées à la même conclusion : l’obligation de rouler avec les feux diurnes permettrait de réduire de 15 % le nombre de morts dus à des accidents de la route. Des études souvent menées dans les pays du nord de l’Europe, comme la Norvège où les feux de jour sont obligatoires depuis 1977, et sporadiquement ailleurs, comme en France, dans les Landes, entre 1999 et 2000.
« Le fait de ne pas avoir vu un autre usager intervient dans 50% des accidents de jour et même dans 80% des accidents de jour à des carrefours, explique Benoît Godart, porte-parole de l’IBSR (Institut belge pour la sécurité routière), interrogé ce jour par la RTBF. Et donc ces feux de roulage diurnes vont permettre aux automobilistes de mieux évaluer la distance à laquelle se trouvent les autres voitures et également la vitesse à laquelle ces voitures roulent et donc à terme ça permettra d’éviter bien des accidents notamment aux intersections. »
J’annonce : si les feux diurnes passent, je me fais monter une corne de brume de paquebot-cargo sur ma moto pour me signaler aux autres usagers de la route encore plus efficacement.
Cette loi, avalisée par la Commission européenne, est basée sur un avis du Forum mondial pour l’harmonisation des équipements des véhicules, sous l’égide de l’ONU. Belle harmonisation, en vérité, qui risque plutôt de créer pour tous les usagers une confusion de points lumineux dans laquelle nul ne pourra plus se reconnaître.
Pour le moment, seuls les motocyclistes et les cyclomotoristes sont tenus d’allumer leurs feux de croisement lors de leur circulation diurne. Les automobilistes n’y sont tenus que par mauvais temps (pluie, brouillard) ou faible visibilité.
La loi en question ne sera applicable qu’aux véhicules légers (voitures et utilitaires) mis en circulation après le 1er janvier 2010. Aucun véhicule antérieur (sauf deux–roues) ne sera en obligation de circuler en plein jour et par temps clair avec un éclairage allumé, qu’il soit pourvu de feux dédiés ou pas.
P.G.
Dans les pays nordiques, la période de luminosité est une partie de l’année plus réduite que sous nos latitudes. Logiquement, les feux de jours y ont fait leur preuve. « En Suède, où ça a été implémenté depuis 1977 et aussi dans les pays nordiques, il fait noir plus vite et plus tôt. Donc, le fait de rendre [les feux diurnes automatiques] accentue encore le fait d’améliorer la visibilité du véhicule », confirme René Aerts, porte-parole chez Volvo Belgique.
Mais ce qui est vrai au nord ne l’est pas forcément plus au sud. En France, on a envisagé l’allumage des feux de croisement (les « codes ») pour tous. De juin 1999 à juin 2000, les pouvoirs publics ont donc tenté une expérimentation dans le département des Landes. Le 3 février 2002, Jean-Claude Gayssot, alors ministre des Transports, annonçait à l’Assemblée nationale que « la disposition (…) n’a pas été retenue par le Conseil, l’efficacité n’ayant pas été établie tant du point de vue de la sécurité routière que de la consommation d’énergie ».
Cela n’a pas empêché le gouvernement de remettre les feux de jour sur le bitume en 2005. Mesure finalement abandonnée après la mobilisation des motards à l’appel de la Fédération française des motards en colère, et des arguments de cette dernière. La FFMC craignait en effet que les motards, qui doivent rouler le feu allumé depuis 1976 pour être mieux perçus sur la route, soient noyés dans un flot lumineux constant.
En 2008, on nous annonçait l’arrivée du « compromis idéal » : les feux diurnes, d’une puissance maximum de 21 W au lieu des 55 W des codes. « Piétons, cyclistes, cyclomotoristes et motards, la problématique reste entière pour les usagers les plus vulnérables », estimait alors Éric Thiollier, délégué général de la FFMC. « On va rendre plus visibles ceux qui le sont déjà beaucoup avec tous les risques de confusion que cela induit. »
L’œil percevant avant tout une source de lumière et non sa densité, les différents constructeurs automobiles n’utilisant pas les mêmes types de feux diurnes (les leds « flashent » plus que les ampoules classiques), il risque effectivement d’y avoir quelques confusions dont les usagers les plus fragiles feront les frais. En août 2012, ce sont les poids lourds et les bus neufs qui devront être équipés. L’occasion de rendre l’utilisation des feux de jours obligatoire ?
Grégoire Acerra - 07/02/2011
Alors que la Commission européenne vient de confirmer la généralisation de l’installation de feux dédiés sur tous les véhicules, la FFMC rappelle son opposition à cette mesure dangereuse pour les usagers vulnérables. Elle déplore une décision unilatérale… et définitive.
La FFMC et les motards français avaient réussi à faire plier le gouvernement, qui avait abandonné l’idée d’imposer à tous les véhicules l’allumage, de jour, des feux. C’était sans compter sur « l’harmonisation européenne » : dès 2011, toutes les voitures neuves devront être équipées de feux dédiés diurnes.
Dénoncés par les motards, conspués par les écologistes, et au final boycottés par les automobilistes censés les expérimenter, les feux de jour – pardon, feux dédiés – seront obligatoires en 2010 pour les voitures neuves.