Une troisième « fédération française » liée à la moto a vu le jour, le 5 juin 2012 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), à l’initiative de Philippe Vassard, son secrétaire général, ex-pilote de rallyes raid et ex-DG des magasins Cardy.

Près de 100 ans après la création de la Fédération française de motocyclisme (FFM) qui s’occupe de sport, plus de 30 ans après la création de la Fédération française des motards en colère (FFMC) qui défend les usagers à deux-roues motorisés, la FF2RM va donc tenter de faire entendre la voix de professionnels et commerçants malmenés par la stagnation du marché (-3,36 % de ventes de 2RM entre 2010 et 2011, toutes catégories confondues) et en recherche de nouveaux business.

Place à part
« Nous sommes des usagers qui ne trouvent pas leur place dans les associations existantes », soulignait Philippe Vassard, secrétaire général de la FF2RM. « Nous voulons réhabiliter le 2RM auprès des médias et des pouvoirs publics, loin de tout mouvement contestataire et revendicatif. Chacune des associations est indispensable à la défense de sa catégorie : la FFM s’occupe du sport ; la FFMC, des motards passionnés. Personne n’est là pour défendre les usagers urbains, issus du monde de l’automobile. »

La FF2RM souhaite s’y atteler
Elle mise sur l’union de professionnels du secteur non impliqués dans les deux fédérations déjà existantes. Parmi ses adhérents figurent :

  • un distributeur de scooters ; le président de la fédération, Joël Tudal, est inscrit au patrimoine de Mondial City, et des sites internet Scooters-Infos et Moto-infos.com (groupe Roadmédia).
  • un fabricant de scooters (Peugeot Motocycles).
  • un courtier en assurance (April Moto).
  • un fabricant de gilets airbag pour conducteur de 2RM (Hit Air France).
  • un concepteur de systèmes antivol (ICA Security).

12 propositions
La FF2RM défendra, auprès des pouvoirs publics, 12 propositions. Les plus emblématiques :

  • La création d’un contrôle technique 2-roues. « La majorité des usagers vient de l’automobile, elle est habituée au contrôle technique », justifie Philippe Vassard qui, aveuglé par la perspective d’un marché prometteur, occulte le refus unilatéral des conducteurs de 2RM à voir apparaître le racket d’un CT 2RM. Ces derniers, grâce à leur mobilisation derrière la FFMC, ont fait reculer le gouvernement, qui prévoyait de promulguer cette mesure en 2010, pour les 50 cm3 au début.
  • L’abrogation de la formation obligatoire de 7 heures à la conduite d’un 125/tricycle. Une mesure pourtant pleine de bon sens (celui de la sécurité routière par la pédagogie) irrite les vendeurs de scooters. Ces derniers lui attribuent la chute des ventes de machines. Chute marquée depuis 2008 d’après les indicateurs, alors que la mesure a vu le jour en janvier 2011 !
  • L’obligation du port d’un blouson et d’une paire de gants. On comprend là l’intérêt des fabricants de textiles. Pourtant, s’il est logique d’inciter les motards à s’équiper, la notion d’obligation revêt un caractère répressif, que ni Moto Magazine ni la FFMC ne défendent. Cette dernière préfère demander aux pouvoirs publics des incitations fiscales à l’acquisition d’équipements de sécurité. Des professionnels du secteur, tels l’assureur spécialiste qu’est la Mutuelle des Motards, proposent déjà des incitations financières à l’équipement. Pourquoi tous les autres ne leur emboîteraient pas le pas ?
  • La légalisation de la circulation inter-files, la suppression des zones Zapa et l’amélioration des infrastructures routières. Sur ces points, la FF2RM rejoint le combat que la FFMC mène depuis plusieurs années auprès des pouvoirs publics.

Lobbying policé ?
Il se murmure dans les couloirs feutrés que la Sécurité routière voit d’un bon œil l’arrivée de la FF2RM, une entité aux contours plus policés que celle des Motards en Colère, dont la force réside dans la capacité de mobilisation quand les revendications n’aboutissent pas par le lobbying.

La FF2RM saura-t-elle fédérer ?
Les usagers urbains utilitaires, issus de l’automobile, n’ont pas le même idéal de solidarité que les motards. Si les professionnels de la moto savent s’unir en son sein, la FF2RM sera peut-être capable d’attraper quelques-uns de ces conducteurs volatils, attirés par le miel des réductions ici sur un équipement, là sur un accessoire. Le ticket d’entrée (20 euros à l’année) n’est pas élevé.

Et dans la durée ?
Sera-ce suffisant pour compter dans le concert médiatique ? On a vu dans un passé récent une « association » aux desseins mercantiles (Axa-Club 14) se placer auprès de pouvoirs publics ignorant tout du monde motard. Dans un monde libéral, c’est possible. Mais cela ne dure pas longtemps. Il faut du temps pour aboutir à des revendications durables sur la pratique du 2-roues motorisé.

Tout dépendra, donc, de la capacité de mobilisation des professionnels. Ils devront être beaucoup plus que la dizaine de départ, et savoir dépasser leurs intérêts souvent concurrentiels. Etre solidaires, en somme. Comme le sont les motards passionnés militant à la FFMC... c’est loin d’être gagné.

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