Un coup de tonnerre vient bousculer le débat récurrent sur l’instauration du contrôle technique 2-roues motorisés : l’Association des constructeurs européens de motocycles (Acem) se prononce désormais pour cette éventualité. Jacques Compagne, son secrétaire général, explique pourquoi.
Quels arguments motivent la décision des constructeurs européens de demander un contrôle technique (CT) 2-roues motorisés ?
Auparavant, nous estimions que cela devait être à laissé l’initiative de chaque état membre de l’Union Européenne en fonction du profil et des besoins de leur parc circulant. Nous prônons désormais le CT moto à l’échelle européenne.
Cette évolution est stratégique. Nous militons, auprès des institutions européenes, pour une prise en compte des deux-roues motorisés (2RM) comme véhicule à intégrer dans la politique de transports de l’Union.
Ce n’est pas le cas jusqu’à présent. On voit mal pour quelle raison ce véhicule, devant faire partie intégrante d’un système de transport, serait exempté d’une disposition qui concerne l’ensemble des autres véhicules.
Si on veut faire partie du système, il est logique qu’on assume les contreparties.
à faire suivre Citation : Bonjour à tous, A la suite de la réception du communiqué de DEKRA relatif à leur présence sur le salon de la moto de Paris, Voici un texte que j’ai préparé à diffuser le plus largement possible… Ami(e)s motardes et motards Voici ci-dessous le lien du communiqué de DEKRA le (...)
Le revirement de l’ACEM est un coup dur. Nous restons persuadés que le contrôle technique moto est une mesure coûteuse et inefficace. Les principaux facteurs d’accidents des deux-roues motorisés sont des facteurs humains. Rappelons que les titulaires du permis moto doivent, lors de la formation et de l’examen au permis, savoir vérifier l’état de leur véhicule avant de prendre la route.
La corrélation entre l’état du véhicule et la survenance d’un accident n’a d’ailleurs jamais été démontrée. Les études démontrent plutôt l’inverse.
En France, aucune évaluation n’a jamais été faite du contrôle technique auto. On continue donc d’accumuler des strates de réglementation sans jamais en évaluer l’efficacité. C’est agaçant.
La seule justification d’un contrôle technique serait sur l’aspect environnemental. Or de ce point de vue, il existe une alternative : l’adoption de dispositifs de diagnostic embarqués, des normes accrues de durabilité des systèmes d’échappement ou des contrôles de conformité de la production.
Impensable pour l’industrie !
Elle préfère miser sur le contrôle technique, qui restera à la charge de l’usager, et pourrait stimuler leurs ventes… Désolant !
En ce qui concerne l’entretien des scooters par les jeunes utilisateurs, la FFMC prône l’éducation (et le met en pratique avec les interventions pédagogiques de ses militants dans les collèges), mais également l’implication des parents, voire l’engagement de leur responsabilité en ce qui concerne l’entretien d’un véhicule que souvent ils assurent.
8 pays de l’Union ont instauré un contrôle technique moto destiné à réduire les émissions polluantes. 15 pays ont instauré un contrôle technique moto destiné à réduire les risques routiers.
L’Acem propose que les motocyclettes neuves respectent les normes d’émissions polluantes Euro 4 en 2012 et Euro 5 en 2015. Les seuils précis relatifs à chaque polluant ne sont pas encore déterminés.
Estimez-vous qu’un contrôle technique favoriserait réellement la sécurité des 2 roues en circulation ? L’amélioration peut être significative pour une catégorie telle les 50 cc, mais aussi pour les véhicules urbains, en particulier les scooters. La moitié des immatriculations européennes de deux-roues concerne des scooters. Leurs propriétaires sont moins passionnés par le produit mais l’utilisent de manière intensive. Ils ne se préoccupent guère de l’entretien en marge du cycle des révisions. Pour les utilisateurs de motos, le CT représente une garantie supplémentaire de sécurité.
La sécurité est-elle l’unique motif de votre prise de position ? Non, l’aspect environnemental est également à prendre en compte. Nous discutons actuellement avec l’UE de l’évolution des normes antipollution des 2RM, qui devraient rejoindre celles de l’automobile en 2015. Un contrôle technique périodique permettrait de vérifier le taux d’émissions polluantes par machine durant son cycle de vie, et non seulement à l’achat du véhicule neuf.
Sur le problème de l’environnement, instaurer un contrôle technique n’est-il pas une manière pour les constructeurs de se défausser sur les utilisateurs ? C’est un point de vue. Le contrôle technique a été mis en place pour tous les autres véhicules, on voit mal comment le 2 roues pourrait échapper à une mesure qui permet de contrôler les niveaux d’émissions durant la vie du produit. C’est une évolution "naturelle" de la législation environnementale, qui prévoira une durabilité minimum des niveaux d’émission. Le maintient de ces caractéristiques est assuré à la fois par la conception (responsabilité du constructeur) et l’entretien (responsabilité de l’utilisateur). Les informations récupérées dans les pays de l’Union qui appliquent un contrôle technique moto (Italie, Espagne, Suède…) nous permettent d’observer qu’il n’y a pas eu d’impact négatif sur les ventes.
Serait-il envisageable d’intégrer le contrôle technique au cycle des révisions prévu sur tout véhicule neuf ? L’ACEM y est favorable mais ce n’est pas possible dans des pays comme la France, où l’on ne peut être juge et parti. En Italie, c’est le cas : un contrôle périodique est obligatoire pour les cyclomoteurs et les motocyclettes… Les concessionnaires peuvent être accrédités pour réaliser l’opération.
En France, on évoque que les pouvoirs publics envisageraient d’échanger la loi "100 chevaux" contre le contrôle technique moto. Qu’en pensez-vous ? Il s’agit d’un marchandage de bas niveau. Le règlement limitant la puissance des motocyclettes à 100 chevaux n’a eu absolument aucune incidence sur la sécurité routière. C’est une contrainte inutile qui n’a aucune raison de faire l’objet d’un "échange" avec le CT moto.
Quelle périodicité et quel coût préconisez-vous pour le contrôle technique 2RM ? Nous ne préconisons pas ce type de donnée, qui reste à l’appréciation des états membres. Dans les pays l’appliquant déjà, on a généralement instauré un contrôle tous les 2 ans après 3 ou 4 ans de vie du véhicule. L’opération n’excède pas 50 euros.
Avez-vous conscience qu’une telle position risque de braquer les usagers contre les constructeurs ? Je comprends les usagers organisés autour de la fédération européenne FEMA. Nous estimons qu’il existe deux catégories d’usagers en deux-roues distinctes. Il est tout à l’honneur des motocyclistes d’entretenir passionnément leur machine. Cependant, la moitié des propriétaires de 2RM est désormais composée de scootéristes, qui attachent moins d’importance à leur véhicule que leurs homologues motocyclistes.
Nicolas Grumel - 08/06/2009
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